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Vous y trouverez le texte de mes prédications.
Ces textes sont livrés presque "brut de décoffrage" aussi : soyez indulgents ! Ils sont souvent circonstanciels, sans grande prétention théologique.
Mon souhait est simplement qu'ils puissent alimenter, même modestement, votre méditation de la Bible et qu'ils attisent votre appétit de cette Parole vivante, inépuisable, que Dieu adresse à chacun d'entre nous.

lundi 4 janvier 2016

Prédication du dimanche 3 janvier 2016 - Psaume 90 : Apprendre à bien compter nos jours



L’année 2016 comme un grand calendrier de l’Avent ! 


Intro : entendu à la radio, un extrait audio de film : « les gens vont à l'Eglise parce qu'ils ont peur ». 



Qu’en pensez-vous ? 
Etes vous ici parce que vous avez peur ? De la vie, de la mort, de votre ombre… ? 

Si l’auteur du film dit cela, c’est clairement pour décrédibiliser la « religion », et en faire une béquille pour les faibles. On sent de la condescendance pour ces « vieux » pas assez forts pour affronter la vie tout seuls…

Soyons un peu provocateurs : et après tout, si c’était vrai ? Si nous sommes ici, c’est peut être que nous sommes conscients de notre fragilité, de notre besoin de Dieu pour affronter la vie. 

Mais si l’inquiétude ou l’angoisse peuvent nous pousser à chercher Dieu, ce n’est pas pour fuir la vie, et remplacer le réel par l’illusion, mais pour vivre vraiment, au contraire

Vivre vraiment, intensément. On parle beaucoup de l’importance de « profiter ». « Cette année, on va profiter de la vie ». 

Sans doute que l’auteur de cet extrait pense que les gens qui vont à l’Eglise ne savent pas « profiter », et son film prône au contraire le plaisir sans contraintes aucune. Discours bien connu. Il y a une façon de « profiter » qui est une fuite - dans l’instant, dans le plaisir… Mais l’expérience montre que cette fuite-là nous éloigne en réalité du bonheur. 

La Bible nous enseigne au contraire une « sagesse de vivre » qui consiste à bien « profiter » dans la lucidité sur ce que nous sommes, sur la la brièveté de notre vie.
Une formule résume cette sagesse : « bien compter nos jours ». Nous trouvons cette expression dans le psaume 90. 

Lecture du Psaume 90 :

1. Seigneur, de génération en génération 
c’est toi qui a été notre sécurité.
2. Avant que soient nées les montagnes, 
avant même que le monde ait vu le jour,
depuis toujours, c’est toi qui est Dieu, et tu le resteras toujours.

3. Tu fais revenir les humains à la poussière, 
tu leur dis : « retournez d’où vous êtes venus. »
4. Pour toi, mille ans sont aussi brefs 
que la journée d’hier, déjà passée, 
ou quelques heures de la nuit.
5. Tu mets fin à la vie humaine ; 
elle passe comme le sommeil du matin. 
Comme l’herbe qui pousse, 
6. le matin elle fleurit, elle grandit ; 
le soir, elle se fane, elle est sèche. 

7. Oui, ta colère nous balaie, 
ton indignation nous terrifie. 
8. Tu mets nos fautes au grand jour, 
ta lumière éclaire tous nos secrets. 
9. Sous l’effet de ta colère, notre vie décline ; 
le temps d’un soupir, elle arrive à sa fin. 
10. Elle peut durer soixante-dix ans, 
ou quatre-vingt pour les plus vigoureux, 
mais nous n’en retirons que peine et malheur. 
La vie passe vite et nous volons vers la mort. 
11. Qui reconnait la force de ta colère ? 
Qui te respecte assez pour en tenir compte ? 
12. Fais-nous comprendre que nos jours sont comptés, 
Alors nous acquerrons un coeur sage. 

13. Seigneur, nous en voudras-tu longtemps encore ? 
Tourne-toi vers nous, 
aie pitié de nous, tes serviteurs. 
14. Dès le matin, comble-nous de ta bonté, 
alors toute notre vie, nous crierons de joie
15. Pendant longtemps tu nous as humiliés. 
Donne nous maintenant autant d’années de joie
que nous en avons eu de malheur. 
16. Que nous puissions te voir agir, 
et que nos descendants découvrent ta grandeur ! 
17. Seigneur, notre Dieu, accorde-nous ton amitié, 
et donne à nos travaux un résultat durable ; 
oui, donne à nos travaux un résultat durable. 



« 12Enseigne-nous à bien compter nos jours, que nous conduisions notre cœur avec sagesse.
14Rassasie-nous dès le matin de ta fidélité, nous crierons de joie durant tous nos jours ».

Ces versets sont chers au coeur de nombre d’entre nous, j’en suis sûr. 
Ils résument la pensée qui est au coeur de ce texte : pour être heureux, bien compter nos jours sous le regard de Dieu ! 

Qu’est-ce que cela signifie ? 

  1. Bien compter nos jours, c’est d’abord accepter lucidement la brièveté de notre vie

Reconnaissons déjà que ce psaume est une sacrée réponse à ceux qui pensent que la foi est une fuite du réel. Au contraire, quelle terrible lucidité ici ! 
La sagesse biblique commence par la confrontation de notre faiblesse humaine avec l’éternité de Dieu.
« Reconnaître l'autorité du Seigneur est l'a b c de la sagesse », dit le livre des Proverbes (1.7)

Cette autorité apparaît déjà dans sa grandeur insondable. Voilà pourquoi l’auteur du psaume, Moïse, à qui Dieu s’est révélé comme « celui qui est, qui était et qui sera », n’a pas de mots pour dire cette grandeur de l’Eternel :

« Avant que soient nées les montagnes, avant même que le monde ait vu le jour,depuis toujours, c’est toi qui est Dieu, et tu le resteras toujours ».
« Pour toi, mille ans sont aussi brefs  que la journée d’hier, déjà passée, ou quelques heures de la nuit ».

Le chiffre « mille »  ici est une façon d’exprimer ce qui ne peut plus être compté - au delà des capacités de nos super-calculateurs. Le temps n’est pas une limite pour Dieu, qui l’a créé. 

Devant un tel Dieu, il s’agit aussi de bien prendre conscience de ce que nous sommes vraiment, et de regarder en face combien notre vie passe vite, combien elle est fragile. 

Voilà pourquoi Moïse insiste : « Tu mets fin à la vie humaine ; elle passe comme le sommeil du matin. Comme l’herbe qui pousse, le matin elle fleurit, elle grandit ; le soir, elle se fane, elle est sèche ». 
«9. Sous l’effet de ta colère, notre vie décline ; le temps d’un soupir, elle arrive à sa fin. 
10. Elle peut durer soixante-dix ans, ou quatre-vingt pour les plus vigoureux, mais nous n’en retirons que peine et malheur. 
La vie passe vite et nous volons vers la mort. » 

C’est peut-être difficile à entendre ? En effet. Epicure disait qu’il y a deux choses qu’on ne peut pas regarder en face : le soleil… et la mort. 
La mort à la fois tellement présente dans notre culture - mort violente des séries policières, des films d’action, mort des infos, du terrorisme…   
Et en même temps, tout est fait pour que nous ne pensions pas à notre propre fin, puisque rien n’a été laissé qui permette de l’aborder paisiblement  ! 

La Bible rejoint ici les sagesses de l’Antiquité, et déclare sans ambiguïté que fuir cette réalité, c’est pourtant s’empêcher de vivre vraiment. 

Un dernier mot sur ce point : Cf exposition au musée des Confluences : « immortalités »
« Avoir conscience de sa propre finitude n’est pas un état mais une recherche de sérénité.
En comprenant que nous allons mourir, nous nous révélons à une existence plus authentique. Accepter sa fin, c’est accepter la vulnérabilité et la fragilité que nous partageons tous ».

« Bien compter nos jours », voilà donc un premier pas vers une meilleure compréhension de la vie, vers une certaine sagesse. 
Bien. Etre lucide, d’accord, mais ensuite ? Que fait-on de cette prise de conscience ? 
b. Bien compter nos jours, du coup, c’est recevoir cette vie si fragile comme un don de Dieu. 

Qu’elle nous permette de mieux nous tourner vers Dieu, pour voir chaque jour non comme un dû ou quelque chose que nous maîtrisons, mais comme un don d’amour que Dieu nous fait. 

Quelqu’un disait : « la grande illusion de l’homme est de vouloir maitriser sa vie… or la vie est un don de qui échappe à sa nature même à toute tentative de la maitriser ». 
La Bible combat en permanence cette illusion qui nous ferme à la vie que Dieu veut nous donner.
Cette illusion que finalement, nous pouvons parvenir à une certaine prise sur notre existence. 

Comme cet homme, Elias, qui le jour de ses 70 ans décide de changer complètement de vie pour vivre plus longtemps. Il se soumet à un régime strict, fait du jogging et du vélo, prend un coach. En l’espace de trois mois, Elias perd 13 kilos, augmente ses pectoraux et réduit son ventre. Mince et bronzé, il décide de couronner le tout en s’offrant une nouvelle coupe de cheveux. 
Mais un bus le renverse juste lorsqu’il sort de chez le coiffeur.
Allongé sur le sol, mourant, il s’écrie : « ô Dieu, comment peux-tu me faire ça, à moi ? »
Et une voix venue du ciel lui répond : « A vrai dire, Elias, je ne t’avais pas reconnu ». 

Nous qui avons tant de mal à maitriser nos corps et nos pensées, quel contrôle avons nous sur notre souffle de vie ? 
« Tu fais revenir les humains à la poussière, tu leur dis : « retournez d’où vous êtes venus. 


c. Bien compter nos jours, c’est réfléchir à nos choix, à ce que nous faisons de notre vie

Cette prise de conscience que nous dépendons totalement de Dieu devrait nous rendre humbles, et nous inciter à écouter davantage les conseils de Dieu dans les choix que nous avons à faire. 

« Vous qui dites : « Aujourd'hui ou demain nous irons dans telle ville, nous y passerons une année, nous ferons du commerce et nous gagnerons de l'argent. » 14Eh bien, vous ne savez pas ce que votre vie sera demain ! Vous êtes, en effet, comme un léger brouillard qui apparaît pour un instant et disparaît ensuite. 15Voici bien plutôt ce que vous devriez dire : « Si le Seigneur le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela. » - Jacques 4.13

Jésus, lui, raconte l’histoire de cet homme à l’aise qui fait de grands projets d’extension chez lui, pour stocker ses biens, développer son business. « Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.” Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?”

De la même façon, combien de fois, à des moments où nous aménagions notre maison, avons-nous dit : quand on aura fait ça, là on sera bien. Quand on aura acheté un nouveau four, on pourra « profiter »…

Une vie confortable qui défile paisiblement est un cadeau de Dieu, et il ne s’agit pas de vivre en permanence dans la conscience de notre condition tragique ! Mais nous sommes invités à garder un sain équilibre, afin de bien orienter nos choix, de poser des actions qui aient du sens. 
« Le temps passe vite, et nous nous envolons ». Qui sait si nous serons là demain ? 
Pourquoi attendre alors pour faire le bien, pour aller enfin me réconcilier avec … ? 
Et au final, pourquoi attendre pour faire la paix avec Dieu ? Notre destin éternel dépend de nos choix d’aujourd’hui. 
« A quoi sert-il à un homme de gagner le monde entier, s’il perd sa vie ? » dit Jésus. 

Cette vie, Dieu veut nous la donner lui-même, « abondante », éternelle, par Jésus-Christ. 
Il est mort, lui aussi, à notre place, mais il est ressuscité, et si nous lui accordons notre confiance, il va faire mourir la mort en nous, dès cette vie, peu à peu ! 

d. Bien compter nos jours, enfin, c’est vivre chaque instant avec Dieu. 

Voilà comment Dieu veut nous combler, nous « rassasier », comme le demande justement Moïse dans ce psaume. 
« Rassasie-nous dès le matin de ta fidélité, nous crierons de joie durant tous nos jours ».
« Rassasie nous chaque matin » : Rassasie-nous, comble-nous ! Nous avons faim de bonheur, n’est-ce pas ? 

En se faisant homme, en vivant notre temps et notre existence et en mourant pour nous, Dieu a prouvé que son désir le plus profond était de nous « rassasier » de vie ! 
Mais il ne peut le faire vraiment que si nous cessons de vouloir la maitriser, que si nous lui disons librement et sincèrement « oui » jour après jour, pour vivre en paix et être heureux. 

C’est chaque matin, chaque jour que cela se vit avec Dieu.  

« Chaque matin » : ainsi la Parole de Dieu nous invite à déguster cette année 2016 comme un grand calendrier de l’Avent : chaque jour, une petite case, un petit cadeau…


Voilà donc à quoi je voudrais vous encourager en ce début d’année : à ne pas voir cette nouvelle année qui commence comme un grand planning, mais comme une succession de matins, tous nouveaux - autant de cases dans le calendrier, autant de jours à recevoir non comme un dû mais comme des dons d’amour de Dieu. 
Des jours à vivre non dans la peur et l’inquiétude, mais dans la paix de sa présence, dans son amour, à son écoute. 
Il s’agit pour nous de choisir de croire en la puissance de Dieu et en sa capacité à faire surgir du neuf dans notre vie. Oser croire que « chaque matin » il a quelque chose de nouveau - et de beau ! - à nous faire vivre, lui qui nous offre sans cesse de nouveaux commencements, même au cœur des ténèbres.

C’est un beau remède contre l’angoisse du temps qui passe que nous indique ce psaume : se tourner vers Dieu « chaque matin », pour vivre « sous son regard tout au long de nos jours », car c’est un regard d’amour, de miséricorde et de bénédiction, qui nous conduit vers la vie éternelle. 

Chaque jour, retrouver le bonheur simple qu’il y a à se placer dans la prière, dans la douce sécurité de la présence de notre Père éternel. 
Même brièvement, parce qu’il faut partir travailler et préparer les enfants et aussi… 
Juste se poser un instant au moins, et recevoir de Dieu cette journée qui commence. Préserver ce « moment sacré » avec lui. 

Un café, une Bible… une joie profonde à recevoir. 

Si nous cherchons à vivre nos journées dans sa présence, en nous appuyant sur lui, en nous basent sur Sa Parole, nous pouvons en être assurés : il affermira l’oeuvre de nos mains, nous le verrons agir, et sa grâce sera sur nous.

Et même au coeur des plus profondes ténèbres, il nous permettra de trouver encore la joie… en ouvrant les cases de ce grand calendrier de l’Avent : chaque jour comme un cadeau, dans l’attente de la venue de Jésus…

Alors - c’est ma prière ! - pendant cette année 2016 nous pourrons venir à l’Eglise, non pas seulement parce que nous avons peur, que nous sommes faibles, mais aussi pour louer le Seigneur de tous ces cadeaux de vie qu’il nous aura accordés, jour après jour ! 

Voilà une prière pour 2016, individuellement et en Eglise : 
16. Que nous puissions te voir agir, 
et que nos descendants découvrent ta grandeur ! 

17. Seigneur, notre Dieu, accorde-nous ton amitié, 
et donne à nos travaux un résultat durable ; 
oui, donne à nos travaux un résultat durable.
Amen 


mardi 22 décembre 2015

Prédication du dimanche 20 décembre 2015 : Luc 1. 5-25 : une histoire de fidélité(s)



Un théologien contemporain1 affirme : « nous nous posons (généralement) la question : « quelle place Dieu a t’il dans ma vie ? », mais la vraie question n’est-elle pas plutôt : « quelle place ma petite vie a-t’elle dans la grande histoire écrite par Dieu ? ».
Une petite vie, pourtant si importante dans le grand plan de Dieu : c’est bien de cela que nous parle Luc, quand il évoque l’histoire d’Elisabeth et Zacharie.
La petite histoire de fidélité de ce couple dans la grande histoire de la fidélité de Dieu.
Ce récit dit la portée bien plus grande que ce que nous croyons de nos petits fidélités de chaque jour. Comment Dieu agit par nos forces mais aussi nos faiblesses ; malgré nos faiblesses ; par nos faiblesses ; parfois grâce à nos faiblesses. Par nous, et aussi malgré nous - mais toujours pour nous.



A. Ce récit est d’abord l’histoire de la fidélité d’Elisabeth et Zacharie malgré l’épreuve

« Aux jours d'Hérode, roi de Judée, il y eut un prêtre nommé Zacharie, de la classe d'Abiya ; sa femme était une descendante d'Aaron, et son nom était Elisabeth. 6Tous deux étaient justes devant Dieu et suivaient d'une manière irréprochable tous les commandements et les ordonnances du Seigneur. 7 Mais ils n'avaient pas d'enfant, parce qu'Elisabeth était stérile, et ils étaient l'un et l'autre avancés en âge ».
En quelques mots, Luc esquisse l’histoire d’une vie de consécration à Dieu, mais une vie marquée aussi par une lourde épreuve : les années passent, et aucun enfant. Aujourd’hui c’est une douleur profonde, à l’époque c’est aussi une honte. On est mis de coté, mal vu, mal jugé, car les juifs croyaient que la stérilité était due à un péché.
Elisabeth porte cela, chaque jour, quand elle aborde des groupes de femmes, quand elle retrouve sa famille, et on imagine les ragots, et aussi les questions murmurées, lourdes et comme autant de pointes dans son coeur : « alors ? toujours rien ? ».
Douleur lancinante, espérance maintes fois déçue ; et les années passent, rendant l’espoir plus maigre chaque jour.
Pourtant, dit Luc, cet homme et cet femme « marchaient devant Dieu fidèlement ». 

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Elisabeth et Zacharie aiment Dieu, et veulent lui plaire. L’expression utilisée est fréquente dans la Bible. Ainsi Abraham a « marché devant Dieu ». Ainsi Elisabeth et Zacharie marchent ensemble - « tous les deux », insiste le texte grec. « En couple ».
Le voyez vous, ce petit couple discret qui sert le Seigneur, tous les jours, alors même qu’il ne répond pas leur prière la plus chère ? Bien sûr, ils ne comprennent pas pourquoi leurs prières restent sans réponse. A chaque déception, on peut imaginer Zacharie qui serre Elisabeth tendrement, ils sont ensemble, malgré tout, malgré le silence de Dieu.
Et ils marchent devant lui.

Marcher devant lui a un sens éthique : cela signifie respecter ses commandements, ne pas suivre une « morale élastique » qui s’adapte à nos envies et nos désirs, mais rester au plus près des commandements que Dieu donne dans Sa Parole, pour nous protéger et nous conduire vers la liberté. Fuir le mal sous toutes ses formes.

Mais c’est aussi une disposition du coeur. Ce couple « suivaient d’une manière irréprochable tous les commandements et les ordonnances du Seigneur ». Irréprochable ici, cela ne signifie pas qu’ils ne commettent aucun péché, aucun écart. Ce qui les rend irréprochable c’est l’honnêteté de leur coeur. Est irréprochable celui qui dit « oui » à Dieu chaque jour et qui demande pardon à Dieu quand il se trompe, et qui continue d’essayer de plaire à Dieu, profondément et en persévérant, dans la durée.
Pour nous, pas besoin d’être « à plein temps » dans un service pour l’Eglise pour marcher fidèlement devant Dieu. En Jésus-Christ, nous sommes appelés à « marcher selon l’Esprit » (Galates 5.25). Ephésiens 5.1 parle « d’imiter Dieu », de « vivre dans l’amour, tout comme le Christ aussi nous a aimés ». De laisser le Saint Esprit produire en nous « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, confiance, douceur, maitrise de soi... ».
Comme Elisabeth et Zacharie, placer notre confiance en Dieu, tout espérer de lui, chercher sa présence, sa voix, dans la prière et la méditation de sa Parole, en ne résistant pas au Saint Esprit : voilà ce qui fait de nous des prêtres pour Dieu, comme ils l’étaient eux aussi, chacun à sa façon - tous deux issus de la grande famille d’Aaron, frère de Moïse, le premier prêtre institué par Dieu. Zacharie est prêtre lui-même, c’est sa fonction dans la société - servir Dieu. Et il le fait le mieux possible, de servir ce Dieu qui pourtant ne répond pas à sa prière.

Même leur nom évoque Dieu : Elisabeth, « Dieu a fait serment », Zacharie : « L’Eternel s’est souvenu »... ! L’espérance est inscrite dans leur identité la plus intime ! On pourrait presque trouver cela ironique, voire cruel - mais Dieu, effectivement, va se souvenir de sa promesse, au jour prévu par lui, au bon moment.
Et c’est là que la petite histoire de la fidélité de ce couple rejoint la grande histoire du Salut.
Derrière leur destin anonyme apparaît soudain la présence agissante de ce Dieu qui a promis de sauver les hommes.

B. Ce récit rapporte aussi la grande histoire de la fidélité de Dieu pour son peuple

a. Un Dieu qui dirige les évènements, selon son calendrier

Cela apparaît d’abord à travers un « hasard » plutôt étonnant : Zacharie est tiré au sort pour aller au coeur du Temple offrir de l’encens. Quelques explications pour nous aider à mesurer la
« chance » de Zacharie ici : deux fois par an, un seul prêtre a le droit d’entrer aussi loin dans le Temple pour offrir ce sacrifice. Il est tiré au sort parmi les 24 classes de prêtres comportant chacune un grand nombre de personnes, ce qui faisait qu’on n’avait généralement une seule occasion dans sa vie de le faire. Je vous laisse calculer les probabilités, faites-vous plaisir !
Comme par hasard, le sort désigne Zacharie, et le voilà qui peut s’approcher une fois au plus près du Saint des Saints, le coeur du Temple de Jérusalem, là où se tient la présence de Dieu...
Ainsi Dieu est agissant, Dieu dirige les choses pour qu’elles arrivent « au moment fixé ». A vues humaines, rien ne laisse soupçonner que c’est le moment. Mais lorsque le temps fixé par lui arrive alors Dieu rejoint Zacharie, par l’intermédiaire d’un ange.
Zacharie effrayé ne s’attendait pas à cette rencontre. Mais ce que lui annonce l’ange a de quoi le remettre d’aplomb : « ta prière a été exaucée. Ta femme, Elisabeth, te donnera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jean »(1.13).

b. Un Dieu qui prépare l’arrivée de son Fils

La description que fait l’ange de ce que sera cet enfant préfigure déjà ce qui sera annoncé à Marie peu après, la naissance d’un enfant au destin exceptionnel.
« il sera grand devant le Seigneur... il sera rempli d'Esprit saint depuis le ventre de sa mère 16et il ramènera beaucoup d'Israélites au Seigneur, leur Dieu. 17 Il ira devant lui avec l'esprit et la puissance d’Elie, afin de ramener le cœur des pères vers les enfants et les rebelles à l'intelligence des justes, et de former pour le Seigneur un peuple préparé ».
Cette « Annonciation » révèle aussi que Dieu dirige les événements, qu’il est en train de tenir ses promesses, au delà même de toutes les attentes !
Dieu est aux commandes. En donnant le nom de l’enfant, Dieu prend la place du père, dont c’était le rôle, et c’est pour cela que l’enfant lui sera entièrement consacré (« il ne boira ni vin ni boisson alcoolisée »).
Une autre façon de dire que cet enfant, comme toutes choses, lui appartient. « Nos enfants ne sont pas nos enfants », dit l’écrivain Khalil Gibran, et comme tout ce que nous avons, ils appartiennent à Dieu, qui en prend soin, et qui nous les confie. De même pour tout ce que nous croyons posséder.
Zacharie est placé en même temps devant cette réalité, et devant l’affirmation de l’amour de Dieu pour lui. Dieu veut son bien : cet enfant sera pour lui « un sujet de joie et de très grand bonheur ». Il sera béni, « rempli il sera rempli d'Esprit saint depuis le ventre de sa mère... » et accomplira une mission importante : « ramener beaucoup d'Israélites au Seigneur, leur Dieu », avec « l'esprit et la puissance d’Elie, afin de ramener le cœur des pères vers les enfants et les rebelles à l'intelligence des justes, et de former pour le Seigneur un peuple préparé ».
Mission de réconciliation, de reconstruction, et annonce d’une bonne nouvelle.
Beau projet d’orientation !
On imagine mal Zacharie ergoter devant un tel projet : « euh, Seigneur, est-ce qu’il ne
pourrait pas plutôt devenir charpentier  ? Ou entrer dans la fonction publique ? C’est moins risqué !...».

Oui, Dieu dirige, et prépare par ce couple, grâce à leur fidélité, la venue de son Fils : ce n’est pas rien !
Ainsi, Elisabeth devenue mère miraculeusement va pouvoir soutenir et accompagner Marie qui vivra la même chose peu après. C’est Elisabeth qui confirmera à Marie sa grossesse, quand Jean- Baptiste, rempli de l’Esprit, « tressaillira » dans le ventre d’Elisabeth à la rencontre de Marie.
Dans l’accomplissement de sa promesse, Dieu prend soin de chacun, et ne laisse seul ni Zacharie, ni Elisabeth, ni Marie, ni Joseph, ni son peuple.

C. Dans la petite histoire de ce couple, enfin, c’est la grande histoire d’une grâce à recevoir pour eux, pour le peuple et pour nous qui est racontée.

Le nom de l’enfant, Jean, signifie précisément : « Dieu fait grâce ». Le but de sa vie, c’est de « préparer le chemin » pour la venue de Jésus, afin que le peuple ne soit pas pris au dépourvu par l’irruption soudaine de la grâce de Dieu après tous ces siècles d’attente !

Grâce de Dieu bien sûr pour ce couple, qui se découvre connu de Dieu (« ta femme, Elisabeth»), écouté et aimé, exaucé au delà de ses attentes.
L’accomplissement de la prière du couple ne peut être accueilli comme un droit mais juste comme un bienfait immérité. Elisabeth reconnaît cela et l’accepte avec confiance : « voilà ce que le Seigneur a fait pour moi au temps où il a décidé de retirer ma honte parmi les humains ».
Reconnaissance de l’action libre de Dieu envers elle, et reconnaissance/gratitude : au temps fixé, au temps juste, au bon moment. « Mes paroles s'accompliront en leur temps », dit l’ange.
Dieu a décidé, librement, mais par amour, de façon totalement imméritée.

Grâce de Dieu enfin pour l’humanité, pour nous.
L’ange annonce aussi indirectement l’accomplissement d’une espérance fidèle pour l’humanité perdue.
« Cette espérance, née d’une parole mystérieuse appelant Abraham loin de son pays et de la maison de ses pères sans savoir où il allait »(2), espérance réaffirmée au peuple hébreu, à David, mise
en jeu à chaque génération pendant plusieurs milliers d’années, maintenue à travers la nuit la plus complète, les déceptions les plus amères - cette espérance arrive enfin, et malgré tout, à son but : « il vous est né un sauveur, il est le Christ, le Seigneur », diront les anges aux bergers peu après, la nuit de Noël.

Oui, Dieu intervient dans nos vies humaines. Et d’une certaine manière, il intervient au moment où Zacharie et Elisabeth ne peuvent faire autre chose que reconnaître leur impuissance - ils sont maintenant trop âgés pour avoir un enfant.

Ils doivent aussi reconnaître aussi leur manque de foi. Voyez Zacharie répondant à l’ange :
« A quoi le saurai-je ? Car, moi, je suis vieux, et ma femme est avancée en âge » - ce qui va lui valoir d’être rendu muet pendant tout le temps de la grossesse.

Zacharie doute, pourtant il reste « irréprochable » car humble, cherchant Dieu sincèrement, et Dieu répond quand même à sa prière.
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C’est pareil pour nous. Dieu agit pour nous et par nous, et il le peut d’autant plus quand nous ne pouvons plus faire autre chose que reconnaitre notre fragilité, notre manque de foi aussi, et que nous le laissons vraiment s’occuper de nous et de ce qui nous travaille.
Comme Dieu l’a dit à l’apôtre Paul, « Ma grâce te suffit. Ma puissance se manifeste précisément quand tu es faible », quand tu ne résistes plus à mon amour, à mon Esprit. Quand tu cesses de te débattre et de t’agiter.
Alors, je peux prendre soin de toi, et tu peux recevoir les belles choses que je veux te donner.


Ainsi donc, quelle place nos petites vies ont-elles dans la grande histoire écrite par Dieu ?

On pourrait dire : la réponse est différente pour chacun, car chaque vie est unique. C’est vrai.
Comme Elisabeth et Zacharie, cependant, nous sommes tous appelés à marcher simplement, humblement et fidèlement, avec ce Dieu qui nous connait personnellement et nous aime.
Même si on n’y voit pas clair et qu’on a le sentiment de ne pas être entendu, ou pas à la hauteur, ou de ne pas en faire assez.
Il nous accorde la grâce de participer, là où nous sommes, à la grande histoire de son intervention en faveur de l’humanité. De briller « comme des flambeaux dans le monde », comme des témoins de son amour, de sa présence agissante aujourd’hui encore.
Il voit au delà de nos horizons, il a pour nous « des projets de bonheur, non de malheur », pour nous « donner un avenir à espérer ». (Jerémie 29.11)
Finir par cantique de Zacharie, prière inspirée par Dieu au moment de la naissance de Jean- Baptiste, quand Zacharie retrouvera la parole pour dire ceci :

Que par Jésus, Dieu nous accorde « 74après avoir été délivrés des ennemis, de pouvoir sans crainte lui rendre un culte75dans la sainteté et la justice, devant lui, tout au long de nos jours ».
Voilà la Bonne Nouvelle reçue en Jésus-Christ, et qui est pour nous aussi en cette fin 2015 : « la connaissance du salut par le pardon de nos péchés, 78grâce à la tendre compassion de notre Dieu.

C'est par elle (par cet amour, cette compassion) que le soleil levant brillera sur nous d'en haut 79pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort et pour diriger nos pas vers le chemin de la paix ».
Que nous puissions nous laisser diriger sur ce chemin de paix, et vers la joie de Noël, par Jésus-Christ.
Amen

(1) C. Wright, La mission de Dieu, p.632
(2)  Gollwitzer, luc, p.14

lundi 7 décembre 2015

Prédication du dimanche 6 décembre 2015 - Luc 22. 14-19 - La Cène, un moment de joie et de reconnaissance - à partager !


Ce matin, je voudrais prendre le temps de méditer avec vous le sens de ce rite que Jésus a institué, la veille de sa mort. 
On pourrait dire bien des choses sur le sens de cette « Cène », qu’on appelle aussi « communion » ou  « eucharistie ». Je ne ferai pas le tour des questions théologiques sur le sujet, ce matin.
Souvenons-nous avant toutes choses que la Cène est un rite, et qu’un rite est fait pour signifier justement ce qui ne peut pas être dit avec des mots. Son sens dépasse toujours les discours qu’on peut faire dessus. Comme dit A. Nouïs, « il est des temps où il est plus important de célébrer que d’expliquer ». C’est le cas pour la Cène, qui est à vivre, pas à commenter !  
Mais pour bien la vivre, il est important de mieux la comprendre ! 

Pour commencer, une question : si vous saviez que vous allez mourir dans moins de douze heures, que feriez-vous ? 
Moins de douze heures avant sa mort, Jésus, lui, réunit ses plus proches disciples pour le repas de la pâques juive. La scène se passe au début du premier siècle, à Jérusalem.


Il faut imaginer quelle ambiance électrique règne à Jérusalem ce jour-là. Dans la ville sainte, c’est bien pire que la Fête des Lumières : des foules innombrables de pèlerins Juifs du monde entier sont venus pour la fête de Pâques -  une fête très importante : lors d’un repas au rituel immuable, on se souvient de cette nuit ancienne où Dieu a libéré les Israélites de l’esclavage en Egypte, par l’intermédiaire de Moïse. 


On raconte comment Dieu a fait d’eux un peuple libre, et comment ensuite, au mont Sinaï, il leur a donné la Loi qui fait à la fois la religion et l’identité d’Israël. 
Le repas de Pâque, c’est donc un moment de joie et de reconnaissance envers Dieu ! Cette fête dit aussi que Dieu est le libérateur aujourd’hui encore - et ça résonne très fort dans cette ville occupée par les Romains, ces païens qui n’hésitent pas à profaner le Temple, provoquant la colère des juifs. 
Ainsi, l’ambiance est à la fois joyeuse et tendue. Pire qu’à la Part-Dieu la veille de Noël. Ce soir-là, partout dans Jérusalem, on se retrouve en famille, comme pour le réveillon de Noël, et l’on se prépare à sacrifier un agneau, en souvenir de ceux dont le sang marquant les portes des maisons des Israélites les a protégés de la mort, au moment de la libération d’Egypte. 



Jésus, en juif fidèle, a fait préparer le repas lui aussi. Luc insiste là-dessus : c’est Jésus qui a tout organisé, il a choisi une grande chambre, à l’étage d’une maison, et fait acheter le nécessaire. 
Là, il s’assoit à table avec ses proches, et comme tous les juifs les voilà qui commencent les festivités. 
Mais la soirée va prendre une tournure inattendue…

Lisons le récit de ce moment étonnant. 

Lecture : Luc 22.14-19


Une chose me frappe : pendant les trois années passées avec ces hommes,  Jésus a accompli des choses vraiment plus extraordinaires - marcher sur l’eau, changer de l’eau en vin, rendre la vie à des morts !
Pourtant ce qu’il transmet ce soir là est étonnement simple. Ce sont ces gestes que nous allons faire tout à l’heure : partager du pain et boire du vin dans la même coupe. 
Voilà ce qu’il a estimé important de faire, avant de mourir. 
Pourquoi ? 
Pourquoi Jésus laisse-t’il ces gestes à ses disciples, et à nous aujourd’hui ? Et qu’attend-il de nous en retour - quelle disposition de coeur, quelle attitude ? 



1. Un repas - repas de Pâques.

Commençons par une évidence : la cène est un repas ! Pas une cérémonie religieuse placée hors de la vie quotidienne. Et même si ce repas est un repas spécial, les gestes que fait Jésus ici sont ordinaires pour des juifs de l’époque : au début de chaque repas, le maître de maison priait ainsi pour exprimer sa reconnaissance à Dieu : « Bénis sois-tu, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui fournis le pain de la terre ». Le pain doit alors être rompu et partagé entre les convives, c’est l’usage avant chaque repas. 
Et à la fin, on fait pareil avec la coupe de vin. 
C’est précisément là, au coeur des habitudes quotidiennes, que Dieu veut rejoindre ses disciples ce soir-là, et au delà, nous rejoindre. 
Il est ce Dieu qui, en Jésus, s’assoit là, à notre table, et pour nous parler de réalités qui nous dépassent, il prend un langage qu’on connait bien : manger, boire. 

Manger du pain, symbole de vie. Boire du vin, signe de la fête et de la joie partagée. 

Ainsi, même si l’heure est grave, Jésus commence par placer le repas sous le signe de la reconnaissance envers Dieu ! Et c’est cela doit rester la note dominante de la cène : la reconnaissance envers Dieu pour ce qu’il fait pour nous. La confiance en lui. La joie ! 


En grec, le terme utilisé dans l’expression « il rendit grâce », « il exprima sa reconnaissance », son « merci » c’est eucharisteo, qui a donné le nom traditionnel de la cène, l’eucharistie. 
Eucharistie : dire merci, exprimer sa reconnaissance. 
Chara : la joie
Charis : la grâce
Tout cela se mêle dans ce repas.
Jésus y réaffirme donc sa reconnaissance et sa confiance dans le Père. Il sait quel projet de vie extraordinaire il va accomplir à travers sa mort. Il sait quelle joie, quelle grâce pour nous découleront de sa mort, douze heures après. 

2. Un repas d’adieux 
Mais il annonce aussi qu’il va mourir. Et en même temps que la joie de fêter un Dieu qui libère, au delà de la reconnaissance envers ce Dieu fidèle, pour Jésus il y a la gravité et l’émotion, car c’est aussi son repas d’adieux aux disciples. 

Comment ne pas être frappé par l’insistance de Jésus sur le fait qu’après cela il ne boira plus de vin, il ne mangera plus de pain ? On le sent ému. « J’ai vivement désiré manger cette pâque avec vous, avant de souffrir… ». 

Peut-on imaginer ce qu’a dû ressentir Jésus en sentant le pain se déchirer entre ses mains, alors qu’il disait « ceci, mon corps, qui est donné pour vous » ? Certainement il pense à ce qui va lui arriver dans quelques heures seulement, quand ce sera lui qui sera brisé, torturé. Il doit lutter intérieurement contre l’angoisse, l’envie de fuir cela.
En cette heure difficile, Jésus a besoin de la présence de ses amis et de leur chaleur pour affronter ce qui l’attend. 

Jésus sait aussi que ses disciples vont être désorientés par sa mort, aussi leur laisse-t’il ces gestes simples pour les rassurer, et parce qu’ils seront un repère, une aide, un lien entre eux et lui quand il aura été crucifié et qu’il ne sera plus là.

Voilà pourquoi, avant même de les quitter, il leur donne ce rite qui redit l’espérance et la confiance en Dieu, et qui va exprimer, par des symboles simples, le magnifique projet de vie que Dieu a pour eux. 

3. Un repas de Pâques détourné

Ce projet, Jésus l’explique alors en détournant le sens du repas traditionnel de Pâques. 
Ainsi, alors que tout a commencé selon la tradition, voilà qu’en plein milieu, Jésus casse le rituel, change le sens des gestes en prononçant des paroles incroyables : au lieu de dire, selon l’usage, « ceci est la pâque », il déclare « ceci est mon corps ». Par ces mots, il donne une signification nouvelle à ce repas : il le relie à lui-même, à sa mort proche, à sa résurrection à venir. « Mon corps, mon sang… donnés pour vous » : Jésus ne va être simplement exécuté, il va donner sa vie pour faire vivre ceux qui le reçoivent. 
Et Jésus va même plus loin : il parle de « nouvelle alliance » ! Il faut imaginer le choc pour les disciples, dont toute la compréhension du monde est basée sur l’alliance établie par Dieu avec Moïse.
Qu’est-ce qu’ils ont réellement compris ce soir-là ? Au moins, que l’heure était grave, mais qu’il y a avait de l’espoir, car Jésus parle de boire à nouveau le vin avec eux, dans l’avenir. 

Mais plus tard, ils comprendront aussi que Jésus, par sa mort sur la croix, a établi une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes. Dans cette alliance, il ne s’agit plus d’offrir des sacrifices d’animaux pour être acquitté par Dieu : en partageant le pain et le vin, Jésus est en train d’expliquer que l’agneau de pâque, cette fois, c’est lui. 

En effet, le lendemain, sur la croix, il va donner sa vie en sacrifice - un seul sacrifice suffisant pour le pardon de tous les péchés passés, présente et à venir. Un sacrifice parfait parce que Jésus Fils de Dieu est parfait. Un sacrifice suffisant donc pour effacer toutes les horreurs commises par les hommes - de Dachau à Daesh, et au delà. 
Jésus va donner sa vie une fois pour toutes à la place de la nôtre. C’est lui qui va être condamné, pour que nous soyons libres. C’est lui qui va subir la honte et le rejet loin de Dieu, pour que nous puissions relever la tête et être réconciliés avec Dieu. 

Dans cette « nouvelle alliance », sa mort et sa résurrection occupent la place qu’occupait la sortie d’Egypte dans l’ancienne, et ses enseignements deviennent la nouvelle loi. Quand à la Terre Promise vers laquelle il conduit ceux qui lui font confiance, c’est le Royaume de paix que Dieu établira lorsqu’il reviendra. 


Cette alliance, enfin, est scellée, garantie, par le don du Saint-Esprit, comme l’explique la lettre aux Hébreux (10) : « Par une seule offrande (Jésus) a conduit à la perfection pour toujours ceux qu'il rend saints. C'est ce que le Saint- Esprit nous atteste aussi, car après avoir dit: Voici l'alliance que je ferai avec eux après ces jours- là, dit le Seigneur : je mettrai mes lois dans leur cœur et je les écrirai dans leur esprit, il ajoute : Je ne me souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs fautes ».

Voilà ce que dit ce repas, cette « cène ». 

La Cène est donc un repas symbolique, qui n’a pas de pouvoir en lui-même. 
Ce n’est pas « une cérémonie religieuse sacrée qui nous sort de la réalité terrestre pour nous faire accéder aux sphères célestes ». Il ne s’agit donc pas de prendre le pain et le vin comme s’ils étaient efficaces pour nous purifier, nous rendre plus saints, etc. 
Il ne s’agit pas non plus de prendre ce repas pour être pardonné, comme si c’était un rituel de purification. De tels rituels sont désormais inutiles : la mort de Jésus a effacé définitivement tout ce qui nous sépare de Dieu, sans que nous ayons quoi que ce soit à faire - si ce n’est croire, lui faire confiance. Ce qui est important, donc, dans la Cène, c’est notre foi - une foi qui doit être sincère et authentique.


4. Dans quel état d’esprit prendre ce repas ? 

« Il prit une coupe, remercia Dieu… ». « Il prit du pain, remercia Dieu… ». 
« J’ai vivement désiré manger cette Pâque avec vous, avant de mourir ». 
Gravité et reconnaissance, tristesse et joie, confiance et espérance : tout cela est présent en même temps dans ce rite - mais la reconnaissance domine. 
Le Christ ressuscité nous invite à cette table, et nous pouvons nous en approcher en disant pardon, mais surtout : merci ! 

En disant pardon, bien sûr. Gravité et sérieux sont de rigueur. 
Ainsi, Paul demande à chacun d’examiner sincèrement sa relation au Seigneur, et de lui demander pardon le cas échéant. 
Gravité et sérieux devant ce que Dieu a dû faire pour nous sortir de nos esclavages, de notre orgueil, de notre aveuglement, pour nous ramener à lui. 

Mais attention ! On a parfois l’habitude de prendre la Cène en restant centré sur soi-même, en pensant qu’il nous faut surtout, à ce moment-là, examiner notre conscience, et pour mériter d’une certaine façon de prendre le repas, vite demander pardon pour tous les péchés que nous avons en tête ! Alors - ouf ! - nous pouvons participer dignement. 

Peut-être certains ont-ils connu des cultes où la menace plane sous la forme de cet avertissement donné par Paul dans la première lettre aux Corinthiens : « celui qui mange et boit sans discerner le corps de Christ mange et boit un jugement contre lui-même »
Je me souviens dans ma jeunesse d’un homme qui appuyait cela d’un air terrible et avec un regard particulièrement noir ! 

Mais si Paul nous invite à « nous examiner nous-mêmes » devant Dieu, ce n’est pas pour rester écrasé par nos infidélités : c’est pour nous ouvrir à l’amour de Dieu et à l’amour des autres ! 
Car en réalité, ce que Paul reprochait aux Corinthiens, qui ne « discernaient pas le corps », c’était de prendre la Cène sans communion, chacun dans son coin. Il y avait même des conflits et du mauvais esprit entre eux, des tensions, des jalousies. C’était chacun pour soi, chacun sur soi. 
Au contraire, la Cène est un moment centré sur Jésus et tourné vers nos frères et soeurs. 
En participant à ce repas, nous confessons ensemble notre foi dans le Christ mort et ressuscité pour nous - une confession à la fois personnelle et communautaire. 

Communautaire, parce que Jésus lui-même nous tend le pain et le vin et nous dit : « « Prenez ceci et partagez-le entre vous ». Il nous invite à la reconnaissance et à la joie ensemble : « Eucharisteo » ! 

En partageant le pain et le vin, nous proclamons que c’est le Christ qui nous unit. Nous reconnaissons que notre unité a pour base, source et fondement la mort du Seigneur pour nous. 
Autour de la table, nous sommes tous des pauvres, mais accueillis ensemble dans le Royaume de Dieu, invités à sa table. 
Nous partageons cette même espérance que le Seigneur va revenir nous prendre avec lui. 
Alors, dans l’attente de son retour, réjouissons-nous ensemble, et passons-nous la coupe et le pain comme des frères et soeurs qui partagent un même cadeau, en portant les uns sur les autres le même regard d’amour et de grâce que le Seigneur porte sur nous en ce moment. 

Enfin, il y a aussi une confession personnelle de notre foi dans la Cène : en participant à ce repas, nous nous approprions tout à nouveau les bienfaits du sacrifice de Jésus en notre faveur : le pardon de nos fautes, la réconciliation avec Dieu. Nous confirmons que le Christ est pour nous le « pain de vie », celui qui nous nourrit parfaitement. 
Du coup, si l’on ne partage pas cette foi… il faut s’abstenir de participer. On n’est pas en communion avec Dieu, comment prendre la « communion » ? 


En revanche, c’est peut-être le moment de saisir la main que Dieu vous tend. Pourquoi ne pas accueillir Jésus, maintenant, si vous ne l’avez pas déjà fait ? Lui remettre votre vie. Pendant le moment qui va suivre, pourquoi ne pas prendre la décision de lui faire confiance ? Vous pouvez le prier simplement de vous éclairer, de vous guider vers lui. 

Nous allons maintenant partager (joyeusement !) la Cène. Mais qu’en quittant ces lieux, tout à l’heure, nous ne laissions pas ici, sur un banc, la joie et la reconnaissance ! 
Dans sa simplicité, la Cène nous invite à placer toute notre vie, chacun de nos jours, sous le signe d’eucharisteo : louange, confiance et reconnaissance envers celui qui prend soin de nous au quotidien, et nous accompagnera encore demain, lundi, et mardi, et mercredi… jusqu’à la fin des temps ! 
S. Guiton