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Vous y trouverez le texte de mes prédications.
Ces textes sont livrés presque "brut de décoffrage" aussi : soyez indulgents ! Ils sont souvent circonstanciels, sans grande prétention théologique.
Mon souhait est simplement qu'ils puissent alimenter, même modestement, votre méditation de la Bible et qu'ils attisent votre appétit de cette Parole vivante, inépuisable, que Dieu adresse à chacun d'entre nous.

lundi 6 juillet 2015

Prédication du 25.01.15


Matthieu 6.5-8
La prière, une entrée dans l'intimité du Père



Prière introductive  

« Seigneur notre Dieu,
Tu es le Père Céleste.
Dans ta toute puissance, tu sais déjà ce dont nous avons besoin,
aussi nous voulons commencer cette méditation de Ta parole en te louant, pour ton amour, ta compassion, ta grâce qui nous rejoint, chacun.
Par ton Esprit, ouvre nos cœurs à ce que tu veux nous dire, rapproche-nous de toi.
Dans le nom de Jésus
Amen ».


Il faut l'avouer, prier n'est pas si facile.
Prier vraiment, devrais-je dire.

C'est paradoxal, car il y a peu de choses qui soient aussi universelles que la prière - toutes les religions ont leur forme, leur compréhension de la chose, leurs traditions.

Et si la plupart des religions enseignent à leur fidèles comment prier - précisant la position, les paroles à prononcer, le nombre de fois... aussi surprenant que cela puisse paraître, il y a peu d'enseignements sur tout cela dans la Bible.

Du moins jusqu'à la venue de Jésus.
Dans le sermon sur la montagne, en effet, le Seigneur dit en quelques mots l'essentiel à savoir pour prier vraiment.
Cet enseignement, souvent lu dans les églises, mérite une méditation régulière.
C'est à quoi je vous invite ce matin, nous lirons en Matthieu 6.5-8.

Lecture
5Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui se plaisent à prier debout dans les synagogues et aux coins des grandes rues, pour se montrer aux gens. Amen, je vous le dis, ils tiennent là leur récompense. 6Mais toi, quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.

7En priant, ne multipliez pas les paroles, comme les non-Juifs, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. 8Ne faites pas comme eux, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez.


Ce passage se situe juste avant le « Notre Père ». Jésus s'adresse à des gens pour qui la prière fait partie de la vie, même sociale. Mais ces juifs pieux, certainement, appliqués à suivre fidèlement la loi de Moïse, Jésus est venu les amener plus loin, vers une prière qui glorifie vraiment Dieu.

Et pour cela, il commence par leur dire ce que la prière n'est pas : « ne soyez pas comme les hypocrites » qui aiment prier ostensiblement devant tout le monde, pour qu'on les voie. Ne multipliez pas les paroles, ne répétez pas sans les penser vraiment des formules toutes faites, ou des incantations. Ce sont là finalement deux travers que tout le monde peut avoir !

Si Jésus commence ainsi par pointer du doigt des dérives fréquentes, c'est pour dire quelque chose de très important : la prière, en réalité, est plus qu'un acte, que des paroles, même justes et sincères, même inspirées par une sagesse millénaire - elle est relation vivante avec le Dieu vivant. C'est la disposition de cœur que Dieu honore, avant le contenu des paroles elles-mêmes.

Et si vous voulez entrer vraiment en relation avec ce Dieu par la prière, dit Jésus, il vous faut aller au delà de la forme, et sortir de tout cela pour vous tourner entièrement vers Dieu. En cela, la prière est un déplacement vers Dieu.
Dans ce déplacement il y a des obstacles, que nous allons évoquer rapidement, avec le moyen de les surmonter. Mais, dit Jésus, le Père vous appelle et vous attend. Et sa présence est le seul but, et la plus grande récompense de la prière.

Parcourons ensemble ces trois étapes.

D'abord, nous dit Jésus ici, la prière est un déplacement vers Dieu.
« Toi, quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret ».
Il faut mesurer quelle mise en garde ces mots contiennent.
Les prières dans les synagogues étaient conduites par un membre qui restait debout devant l'assemblée ; une invitation à conduire la prière était donc un signe de considération, de respect. C'était valorisant pour l'ego. De même pour la prière de l'après-midi, qu'on pouvait s'arranger pour faire aux endroits bien passants, histoire d'être bien vus de tous !
Le danger alors n'est-il pas d'oublier qu'on s'adresse à Dieu, et de rester centré sur soi ? On prie pour exister sous le regard des autres, ou sous notre propre regard - mais plus sous celui de Dieu. Notre piété évangélique n'est pas à l'abri non plus de ce genre de choses, qu'on peut faire inconsciemment.

Mais Jésus demande de s'éloigner de tout cela  : quand tu pries, déplace-toi, laisse-toi déplacer, sors de cet univers de paraître dans lequel tu es en contrôle, en maîtrise, pour venir près de Dieu, dans ta fragilité.
« Quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée »... Certes, le conseil est de bon sens : pour prier, bien sûr, il vaut mieux être au calme, pour ne pas être distrait. Trouver un lieu dans lequel on est bien, un lieu paisible, spécialement dédié à la prière - ce n'est pas très « protestant », peut-être, mais c'est bénéfique ! Sans écrans, sans distractions ! Il suffit juste parfois de tourner le fauteuil de son bureau dans une direction particulière, ou un coin du canapé le matin, un coin de table de cuisine... Dieu est partout, bien sûr.
Cependant Jésus ici fait explicitement allusion à une pièce qu'on trouvait dans la plupart des maisons de l'époque, une pièce souvent sans fenêtres et qui était la seule à fermer à clé. On y mettait ce qu'on avait de plus précieux.
Une façon de dire aussi qu'entrer dans la présence de Dieu, cela se vit au cœur de la vie, et qu'il faut s'y préparer, en quelque sorte - un peu comme on se prépare à un rendez-vous, auquel on se rend dans une certaine disposition de cœur.
Jésus lui-même a donné l'exemple. Il éprouvait régulièrement le besoin de partir seul dans la montagne, pour prier intensément. Bien sûr le silence du recueillement en soi ne suffit pas. Aujourd'hui, beaucoup de gens méditent, font silence, etc. sans aucune recherche du Père Celeste. Le souci de Jésus ici est surtout d'amener à une vraie prière qui s'oppose aux pratiques superficielles.

Prier donc implique de se déplacer physiquement parfois, pour mieux être déplacé intérieurement vers Dieu. Détourner les yeux de nous-mêmes et de nos occupations et préoccupations pour regarder vers Dieu. La Bible utilise des expressions variées pour dire cela : « aspirer » à la présence de Dieu, « chercher sa face », « entrer dans sa présence ». « Se mettre à l'écart », comme on le fait pour souffler un peu au milieu de trop d'activités.
La volonté tout entière tournée vers le Père.
Un grand homme de foi du Moyen-Age disait ainsi : « prier, c'est se transporter soi-même dans le cœur et la volonté du Père »1.

Ca fait envie, n'est-ce pas ? Et pourtant nous savons bien que ce n'est pas facile à mettre en pratique, et que de nombreux obstacles peuvent entraver ce déplacement vers Dieu. Une fois la porte fermée, le plus difficile... c'est de prier !
D'abord parce que nous pouvons avoir du mal à discipliner notre cerveau, et le premier obstacle à la prière ce sont nos pensées vagabondes. « Tiens, il faut que je pense à acheter du jambon »... « Génial, qu'est-ce que je suis spirituel ! J'ai fait des progrès quand même, avant je n'arrivais pas comme ça à me lever à 6h du matin pour prier... ». Ou bien : « je dois faire ceci ou cela », « je dois dire tels mots... ».
« Ferme la porte », dit Jésus. Voilà un grand défi de la prière personnelle. Il faut délibérément laisser passer toutes ces pensées sans nous y arrêter, sans les laisser nous emporter avec elles - et penser à Dieu. Nous détourner de nous-mêmes pour le chercher, lui.
Nous sommes ainsi faits, nous pauvres humains limités, qu'un rien nous distrait de l'essentiel. En tant qu'enseignant, j'ai ainsi pu expérimenter la puissance dévastatrice d'une simple mouche qui se ballade en bourdonnant dans la classe - quelques millimètres cubes capables de pulvériser en un instant la belle explication de texte que vous avez eu tant de mal à préparer !
Mais c'est bien à nous, qui sommes faits de cette pâte-là, que Dieu s'adresse, pas à des surhommes. La prière est pour tous, elle est faite justement pour les gens les moins spirituels, pour qu'eux qu'ils cherchent sincèrement Dieu.


Une fois que nous sommes tournés vers Dieu, un autre obstacle peut se dresser, fait de fausses idées héritées, inconscientes, comme celle que nous aurions quelque chose à « faire » pour avoir droit à l'intimité de Dieu. Ces images d'un Dieu juge impitoyable, d'un Dieu distant et exigeant des sacrifices et des autoflagellations de notre part pour daigner nous accepter dans sa présence.

Et bien sûr, il y a la véritable culpabilité - quand le Saint-Esprit, activant en nous la connaissance de la Parole de Dieu, nous révèle un péché réel, qui nous sépare du Père. Comment alors nous approcher de Dieu si nos mains sont sales, notre conscience inquiète ?

Jésus ici nous indique le moyen : par la foi dans la grâce de Dieu, dans son pardon. Entrer dans la pièce le cœur vraiment repentant, confiant en ce Dieu qui pardonne.
Cette grâce est sous entendue dans ces paroles de Jésus : « quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte ».. Cette parole fait référence à un passage d'Esaïe (26.20), une allusion qui n'a pas dû échapper aux auditeurs de l'époque, tant la connaissance de l'Ecriture était poussée. Jésus cite Esaïe : « Va mon peuple, entre dans les chambres, et ferme tes portes derrière toi ».
« La référence est riche de sens, dit H. Blocher. Le prophète annonce le passage du jugement et la grâce que Dieu fera prévaloir pour les siens, à travers ce jugement. Il évoque le première Pâque, Israël sauvé du fléau en entrant dans ses chambres, couvert par le sang de l'agneau, badigeonné sur le linteau des portes »2.
En somme, Jésus dit ici : oui, tu mérites le jugement, mais à cause de la grâce de Dieu, « sous couvert du sang de l'agneau » càd de mon sacrifice pour tes péchés, tu ne seras pas rejeté. Au contraire, tu as le droit d'entrer dans l'intimité du Père. L'accès t'est ouvert, sans limites, pour peu que tu reconnaisses tes fautes et acceptes le pardon de Dieu ».
C'est cela, prier « au nom de Jésus » - avec son autorisation. Rien ne peut plus nous faire obstacle.

Le but de la prière : un cœur à cœur avec Dieu

Et cela nous amène au but de la prière : l'entrée dans la présence même de Dieu.
« Ton Père est là, dans le secret », dit Jésus.  C'est donc d'abord une promesse, que Dieu a faite depuis longtemps à son peuple : « je me laisserai trouver par vous » (Jérémie 29.14).

Dans ce lieu secret, Dieu nous devance, nous attend et nous appelle.
Est-ce que nous avons conscience ainsi que notre prière n'est qu'une réponse à celle de Dieu, qui nous prie le premier d'entrer ? L'histoire d'Israël est ponctuée de ces appels déchirants de Dieu qui supplie son peuple de revenir à lui, car tout est pardonné, car un nouveau départ est possible.
« Ton Père est là ».
« Ton Père qui est dans le secret », dit Jésus, exprimant aussi cette intimité. Dans la prière, je me place devant celui qui me connait parfaitement. Voilà pourquoi il est inutile de multiplier les paroles (le mot grec évoque un « bavardage inutile », un « babillage ») : verset 8 : « votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous lui demandiez ».
Surprenant, non ? Mais alors... pourquoi prier si Dieu sait déjà tout ? Parce que prier, c'est plus que faire sa liste de courses à Dieu. N'a-t'on pas terriblement tendance à limiter la prière à cela ? L'expression de nos craintes, de nos problèmes, de nos désirs - « Seigneur, si tu pouvais me donner ce que mon cœur désire... et de préférence le modèle avec 4G intégrée... ».
En provoquant un peu, on peut dire que ce type de prière n'est pas vraiment différent de celui des païens ! En tout cas, Jésus le dit : « ne soyez pas comme les païens » - des gens pour qui les rapports au divin se limitent à des requêtes. Des prières sans déplacement, centrées sur soi - mes besoins, mes envies...
Mais... est-ce qu'on n'a pas le droit, comme on dit, de « remettre à Dieu » nos problèmes ? Si, bien sûr. Dieu est un Père qui prend soin de ses enfants, et il est patient, indulgent. Mais ce n'est qu'un premier pas vers lui. La vraie réponse à nos besoins, ce n'est pas les délivrances que Dieu voudra bien nous accorder, les consolations qu'il nous donnera par son Esprit - c'est Lui. C'est sa simple présence. C'est être avec lui, dans la communion d'un enfant avec son père.

Si quelqu'un vous dit « tu es vraiment mon meilleur ami », et qu'il ne vient vous trouver que pour vous demander des services, sans jamais vous écouter, sans prendre de temps avec vous... que pensez-vous de sa soi-disant amitié ?

Quand on aime quelqu'un, on veut juste être avec lui, ça suffit. Pas forcément besoin de parler. On a confiance, on est bien ensemble.
Le Père céleste nous offre cela, il l'attend.

Et il nous l'offre par son Esprit. C'est le dernier point de cette méditation.
« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » : ce Dieu qui nous appelle et nous attend nous attire aussi à lui, par le Saint Esprit.
Parfois on n'ose pas prier parce qu'on ne sait pas trop quoi dire. Certes en fréquentant une église on apprend vite les formules qui vont bien, et parfois elles sont une aide précieuse, un support pour commencer. Les Psaumes nous donnent aussi des mots pour nous adresser à Dieu. Mais pas besoin de parler non plus, redisons-le.
On peut déjà, dans un premier temps, se placer devant Dieu dans le silence, se concentrer sur qui il est, et qui nous sommes devant lui. De « qui » à « qui », dit la tradition chrétienne. Et le louer, l'adorer - « Seigneur, tu es grand... ».

En outre, quel que soit notre état intérieur, Dieu nous promet l'aide de son Esprit.
L'apôtre Paul dit ainsi en Romains 8.26-27 : « l'Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les cœurs sait à quoi tend l'Esprit : c'est selon Dieu qu'il intercède en faveur des saints ».
Voilà jusqu'où va la grâce de ce Dieu qui nous porte dans son amour : quand nous nous tournons vers Lui, sincèrement par la foi, c'est Jésus lui-même qui prie en nous, par son Esprit, afin que nous puissions entrer plus profondément dans la communion avec le Père !


Conclusion :

Tel est donc le chemin que Jésus nous invite à suivre ici. En somme, il nous invite ici à passer de la religiosité à une foi vivante dans le Dieu vivant. Selon la formule de Marion Muller-Colard, « d'une religion de système - système d'idées irrationnelles construit juste pour nous rassurer - d'une croyance un peu floue, héritée de nos parents peut-être, ou un un peu perdue de vue - passer donc d'un rapport à Dieu un peu vague à une foi de relation »3 - relation personnelle, relation vivante avec le Dieu vivant, qui nous accueille par grâce, sans que nous méritions quoi que ce soit.
Déjà, Jésus ici annonce l'Evangile, qui est la Bonne Nouvelle que non seulement Dieu nous cherche, mais qu'en plus il nous ouvre lui-même l'accès à sa présence, par la foi en Jésus. Il efface lui-même les péchés qui nous séparent de lui, il enlève les cailloux sur le chemin. Par son Esprit, il appelle nos cœurs, il nous donne les mots, nous inspire les prières...
Quel amour ! « Le Père est là, dans le secret ».
Qu'attendons-nous pour le rejoindre, avec confiance ?
Que nous puissions persévérer dans la prière, tenir ferme et nous rendre avec joie à ce RDV avec Dieu et avec Sa Parole, afin que sa présence irradie nos journées, et qu'ainsi son amour nous remplisse, remplisse nos vies, et déborde sur les autres autour de nous.

Amen

Prière :
Père Céleste,
Tu m'invites auprès de toi, en Jésus.
C'est bien par lui que j'ai accès à toi, dans la prière, ô Eternel.
Non seulement grâce à sa Parole de vie, mais aussi par sa mort.
J'en prends encore conscience, aujourd'hui.
Sois loué pour ce cadeau extraordinaire que tu nous fais.
Dans le nom de ton Fils. Amen.




1S. Eck, Initiation à Jean Tauler, p.70, le Cerf
2H. Blocher, in Jésus au quotidien, LLB, 42e jour.

3Marion Muller-Colard, L'Autre Dieu, p. 66-67

Prédication du 14 juin 2015



Galates 5
Marcher par l’Esprit


Il y a une phrase qui a fait bien plus de dégâts dans les Églises et dans le monde qu’aucune autre phrase…
C’est « Dieu m’a dit que… ».
On connait le potentiel d’une telle parole : que répondre à cela ?! « Dieu m’a dit que je devais prendre la direction de cette Eglise ! » ; « Dieu m’a dit que tu devais te marier avec moi ». Dieu m’a dit qu’il fallait bouter les Anglais hors de France… ! 
Tellement de dégâts que pour certains, méfiance et fermeture à ce qui vient de l’Esprit. 

Pourtant, ce désir d’être dirigé par le Saint-Esprit dans tous les aspects de notre vie… est légitime, pour nous chrétiens. C’est peut-être maladroitement orienté - manque de sagesse parfois - mais c’est légitime. 
L’apôtre Paul lui-même nous exhorte à être conduits dans notre vie par le Saint-Esprit. Il appelle cela : « marcher par l’Esprit ».
Etonnant, mystérieux, abstrait ? 
Peut-être parce que nous connaissons mal le Saint Esprit. Sommes-nous de ces chrétiens  chrétiens dont quelqu’un a dit : « ils sont convaincus que le Saint-Esprit existe, mais ils ont autant de contact avec que j’en ai avec mon hypophyse : je suis reconnaissant d’en avoir une, je sais qu’elle a une raison d’être, et je ne voudrais surtout pas la perdre… mais je n’ai aucune relation avec ! »
Pourtant, sans l’Esprit de Christ, notre foi est une religion sans vie. Nos efforts pour connaitre Dieu sont vains. Et nos tentatives pour faire ce qu’il nous demande sont vouées à l’échec. 
Voilà pourquoi Paul écrit aux Galates : 
« Marchez par l’Esprit »

Il faut dire que chez les Galates, le bilan est plutôt inquiétant. C’est une jeune communauté, qui a pas mal de problèmes. Paul les a évangélisés, mais il est arrivé ensuite, un certain nombre de missionnaires qui les ont convaincus de ne pas rompre avec le Judaïsme, de continuer à suivre la loi juive, les fêtes, les interdits alimentaires, et surtout la circoncision. On ne sait jamais, en matière de salut, deux sécurités valent mieux qu'une. 
Toujours est-il que l’Eglise de Galatie est divisée, en plein conflit, travaillée par des luttes de pouvoir, des rivalités, et toutes sortes de dérives. 
Alors Paul vient à leur secours, en leur expliquant que ce qui leur manque justement, c’est d’être conduits par l’Esprit…

Lisons en Galates 5.1-25

On le voit, quand Paul parle du Saint Esprit, il n'en parle pas du tout à partir de « réalités qui planent ». Il en parle à partir du comportement de la communauté à laquelle il s’adresse. Parce que la présence ou l’absence du Saint-Esprit se manifeste d’abord par ce que nous manifestons dans nos paroles et notre attitude ! Paul appelle cela « le fruit de l’Esprit ». 

  Si les Galates sont dans cette situation douloureuse, dit l’apôtre, c’est qu’après avoir cru en Jésus et reçu le St Esprit, ils continuent à vouloir plaire à Dieu par des pratiques religieuses, en comptant sur leurs propres forces. Et ça ne marche pas, au contraire : ils se piègent eux-mêmes ; ils « se remettent sous le joug de l’esclavage » dit Paul, car les résistances à Dieu qui se trouvent en eux les entraînent vers le mal.  C’est là que le combat doit être mené, pas dans des histoire des rites extérieurs. 


I. L’opposition chair/Esprit 
Paul met ainsi des mots sur cette tension qui existe dans la vie intérieure de chacun d’entre nous, en parlant de « chair » opposée à l’Esprit. 
Sans rentrer dans la caricature du petit ange et du petit démon juchés sur l’épaule, il y a là un vrai conflit d’ordre spirituel qui nous dépasse (dure depuis Adam) mais qui trouve un écho profond dans notre vie.
En nous, deux « lois » opposées : « la chair a des désirs contraires à l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à la chair ».

Ce n’est pas la tension entre le Ying et le Yang. L’Esprit de Christ qui agit en nous n’est pas une force, pas une énergie ou une puissance, mais une des personnes de la Trinité - Dieu présent en nous, d’une façon mystérieuse que Jésus compare à l’action du vent.
Mais quelque chose en nous lui résiste, que Paul appelle « la chair ». Il ne s’agit en aucun cas de notre corps, comme si Paul opposait le spirituel, qui serait bon, au corps humain, qui serait mauvais. On a fait dire cela à Paul, mais c’est totalement faux. Notre personne n’est pas séparée en deux, nous sommes corps et esprit en une seule unité. 
La chair, c’est un autre mot pour dire « le péché ». C’est notre tendance profonde, héritée d’Adam, de nous aimer nous-même au lieu d’aimer Dieu et les autres. Et donc « accomplir la convoitise de la chair », c’est simplement se laisser aller à cette pente naturelle qui a conduit certains philosophes à dire que « l’homme était un loup pour l’homme », que « l’enfer c’est les autres », etc.
  Le mot clé ici c’est : égoïsme et désir d’indépendance envers Dieu. Je suis moi-même Dieu, le centre du monde. Je fais ce que je veux, quand je veux. 
Pas besoin de vous faire un dessin sur les conséquences d’un tel état d’esprit, nous les connaissons bien et elles sont décrites au verset 24 : « les oeuvres de la chair … inconduite sexuelle, débauche… ». 
En entendant cette liste, certains se disent peut-être : « ouf ! je ne suis pas concerné ! je suis quelqu’un de bien, moi ! ». 
Pourtant nous sommes tous concernés par cette tension, et il y a un risque à  minimiser cette lutte intérieure, comme l’on fait les Galates. 
Par exemple, j’ai longtemps cru que la liste du verset 22, c’était une liste des choses à acquérir pour faire plaisir à Dieu. Un peu comme ces évaluations par compétence où on doit cocher: je sais apprendre… Et là on a une liste de points à améliorer : amour : insuffisant. Joie : c’est bon. Paix : peut mieux faire, etc. Et on se dit : je suis pas si mauvais, finalement. Je pourrais bien arriver à vivre tout cela à force d’efforts et de patience. 
Mais croire cela nous garde « arrêtés » (v.7), nous empêche de grandir en sainteté à la ressemblance de Jésus comme Dieu nous y a appelés. Nous restons limités dans notre capacité à avancer, et peut-être même : empêtrés dans nos enfermements, et découragés à force de retomber sans arrêt pour les mêmes péchés - on n’y croit plus, on se dit qu’après tout, personne n’est parfait… et Dieu ne peut plus agir en nous pour nous amener à l’épanouissement. Et le pire, c’est qu’on risque de l’accuser, lui, de ne pas répondre, alors que c’est nous qui sommes fermés à sa présence ! 
La seule voie, c’est de comprendre que nous ne pouvons rien faire hors d’une dépendance totale à Dieu et nous laisser guider par son Esprit qui nous rend libres. 
Libres, comment ça ? 
La tension entre la chair et l’Esprit n’est pas une question de pourcentage : être à 60% de Saint Esprit et 40% de « chair ». Les deux tendances, les deux impulsions cohabiteront en nous jusqu’à notre mort.
Mais par la puissance de l’Esprit de Jésus-Christ, nous avons maintenant la liberté de choisir d’écouter l’une ou l’autre. En mourant sur la croix, Jésus a vaincu toutes ces puissances qui sont plus fortes que nous et contre lesquelles nous sommes toujours perdants.
Nous sommes donc libres de choisir notre camp : user de notre liberté pour ou contre Dieu. Pour le laisser agir ou freiner son action en nous. 
Paul met en garde ceux qui voudrait utiliser leur liberté pour faire n’importe quoi, et ceux comme les Galates qui se remettraient sous l’esclavage du légalisme(au choix, « un vrai chrétien… parle en langues, est responsable d’un groupe, lit le grec, connait le Louiscope par coeur (journal de l’Eglise)…). 
Encore une fois, le seul bon usage de cette liberté c’est : choisir de nous laisser conduire par l’Esprit. Renoncer complètement à notre pouvoir sur notre vie pour obéir à l’Esprit de Dieu.
C’est le fameux « décentrement » …


II. Marcher par l’Esprit 

Et c’est là qu’on en arrive à LA grande question que je sens flotter là, dans l’assistance : marcher par l’Esprit, comment ça se passe, concrètement ? 

Il n’y a rien là de « magique ». Cela ne se passe pas seulement par des intuitions surnaturelles et des révélations fracassantes. Il y a un chemin entre celui qui prend tout ce qui lui passe dans la tête pour des « désirs » de l’Esprit et celui qui reste fermé à ce qui vient de Dieu par peur de dériver.

Marcher par l’Esprit… on peut dire déjà que c’est un état d’esprit (!). C’est choisir, de mettre Dieu au centre de nos choix, de nos aspirations et de dépendre de lui. C’est « chercher Dieu » sincèrement (J’aime cette expression).  Chercher à être plus proche de lui. 
L’un des rôles de l’Esprit Saint est précisément de manifester la présence de Dieu à nos côtés, et de nous donner la soif de Dieu !  En Jean 14.15-17,  Jésus dit ainsi qu’il ne nous  laisse pas seul s « comme des orphelins », qu’il nous donne « un autre défenseur pour qu’il soit avec nous pour toujours, l’Esprit de la vérité ». « C’est le Défenseur, l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout et vous rappeler tout ce que moi, je vous ai dit » (14.26)
Ainsi, il vient habiter dans le coeur de ceux qui acceptent le salut offert par Jésus-Christ. Mais il est déjà à l’oeuvre dans le coeur de ceux qui cherchent Jésus, c’est lui qui nous rend capables de croire. 
La Bible dit même que personne ne peut dire (sincèrement) « Jésus est seigneur » si le Saint Esprit n’agit pas en lui. « Tout esprit qui reconnaît Jésus-Christ venu en chair est de Dieu », dit Jean (1 Jn 4.2). Si nous croyons en Jésus fils de Dieu, mort et ressuscité pour notre salut, cela signifie que nous avons reçu le Saint-Esprit et que nous sommes déjà en marche avec lui.

En somme, si nous le cherchons c’est qu’il est déjà là. Mais il faut apprendre à le connaître, à l’écouter et lui laisser la place ! 

Marcher par l’Esprit, c’est alors vouloir être instruit par lui, à travers la méditation de la Bible
Nous le répétons souvent, Dieu nous parle personnellement à travers la Bible. On dit que l’Esprit « éclaire » notre intelligence et notre coeur quand nous méditons la Bible. Cela implique d’être attentif, à l’écoute, disponible et humble. 
Il est important de garder en tête que l’Esprit ne dit jamais autre chose que la Bible, qu’il a inspirée.
Le Saint-Esprit est un enseignant qui nous rappelle les enseignements de Jésus. Marcher par l’Esprit, c’est donc aussi apprendre à connaître ces enseignements, pour que l’Esprit non seulement nous permette de les comprendre, mais aussi nous rende capable d’y obéir. L’Esprit pourra nous remettre en mémoire un verset précis, par ex. Il parlera à travers les autres chrétiens : quant un frère vous dit juste la parole dont vous aviez besoin ; quand un verset lu pendant le temps de prière annonce la prédication ; quant un SMS arrive pile au bon moment…
La foi qu’il inspire aux autres nous aide aussi à croire, j’en ai fait l’expérience. 
De manière générale, toutes les paroles inspirées de la Bible qui nous rejoignent et nous éclairent viennent de lui ! 
Rappelons nous alors que ce n’est pas la quantité de Bible qui compte, mais la qualité ! Mieux vaut repenser à un seul verset toute une semaine que lire trois pages et de tout oublier ensuite. 

Le Saint-Esprit peut aussi nous parler à travers notre ressenti : le NT parle ainsi de la « tristesse selon l’Esprit » ; « n’attristez pas l’Esprit » : Il nous aime tellement qu’il peut être attristé par ce que nous faisons, et on peut ressentir cette tristesse parfois quand nous péchons volontairement, quand nous nous éloignons… Mais cette tristesse est un murmure d’amour pour que nous revenions à lui, simplement dans la repentance. 
Au contraire, ce qui vient nous troubler pour nous éloigner de Dieu et des autres, ne vient pas de Dieu. « Cette persuasion ne vient pas de celui qui vous a appelés », écrit Paul. 

Contre les « tendances » de notre « chair », l’Esprit nous mettra aussi à coeur des « aspirations », des envies, des impulsions à faire la volonté de Dieu ! Je l’ai dit, il crée la soif !! 
Bien sûr, il fait être prudent avec le fameux « je me suis senti poussé à… ». Etre poussé par l’Esprit, cela arrive, mais il nous faut donc être extrêmement vigilants et toujours confronter ce que l’Esprit semble nous dire à ce qu’Il dit aux membres de notre église, et toujours dans la soumission aux Écritures.
Dieu agira et parlera toujours pour  que grandissent l’amour, la joie, la paix… pour l’annonce de l’Evangile et la croissance du Royaume de Dieu. 

En somme, la présence de l’Esprit de Dieu est une présence discrète, mais réelle et agissante. Comme le vent, on la devine plus par ce qu’elle produit que par notre propre ressenti. Au fruit qu’elle fera pousser.
Je dirai même que pour nous préserver de l’orgueil, l’Esprit agira souvent en nous à notre insu. Si nous souhaitons sincèrement faire la volonté de Dieu, il agira, et nous apprendrons peut-être un jour que telle ou telle de nos paroles, tel ou tel de nos actes, donc nous n’avons même pas le souvenir, a touché quelqu’un et l’a rapproché de Dieu. 
Pour moi, l’un des signes que l’Esprit agit dans ma vie, c’est que jour après jour je continue à chercher Dieu, à avoir faim et soif de lui. Je sens bien que ma volonté n’y est pour rien, au contraire. 

Oui, il nous guidera, nous pouvons lui faire confiance. 

Pour finir, j’ai envie de dire que se laisser diriger par l’Esprit, c’est entrer dans le repos de Dieu. Avancer en tenant la main de ce Père attentif, de ce Dieu qui est amour, et lui permettre d’agir vraiment en nous, par sa puissance, pour que son amour nous remplisse.
« parce que vous êtes des fils, Dieu a envoyé dans notre cœur l'Esprit de son Fils, qui crie : « Abba ! Père ! » 7Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils ».  (Gal. 3 6)
A cause de notre nature abîmée, c’est pas évident de se laisser aimer par Dieu. Nous sommes dans une certaine mesure montés à l’envers. 

Mais le Saint-Esprit veut aussi nous ouvrir à cet amour. C’est lui qui le « déverse dans nos coeurs », dit Paul. Par lui, je peux accepter d’être aimé comme je suis, sans avoir rien à mériter, rien à cacher, rien à prouver. Souvent ça prend du temps. 
Oui, marcher par l’Esprit c’est se reposer sur Dieu. Sous la pression du stress, je vais commencer à paniquer, à m’agiter. Mais Dieu est là…Par le Saint-Esprit, je peux choisir de laisser Dieu « combattre pour moi », comme il l’a fait pour le peuple d’Israël..
Dans la douleur et la tristesse, je me replie sur moi-même, j’ai l’impression que Dieu m’a abandonné.. mais il habite en moi, et je peux le laisser me consoler. 
Je voudrais conclure en relisant le v.22 , pour que nous en pesions chaque mot ; essayez de visualiser ce que ça donnerait dans notre vie quotidienne, et dites-vous : Dieu veut produire cela en moi par le Saint-Esprit : « quant au fruit de l’Esprit, c’est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi… ». 
Que cet amour nous remplisse, tous ensemble, en tant que communauté, en tant qu’individu, qu’employé, que voisin, que parents…


Amen 

Prédication du 31 mai 2015


Deutéronome 4.32-40
Laisser Dieu être Dieu 



Une question pour commencer  : avez-vous déjà été surpris par l’action de Dieu dans votre vie ou autour de vous ? 
Avez déjà été surpris par exemple que Dieu réponde à l’une de vos prières ? 
Je dois avouer que personnellement, devant des actions manifestes de Dieu dans ma vie ou celle des autres, je me suis souvent surpris à m’exclamer : « incroyable ! ».
Incroyable - comme si le fait que Dieu agisse ou parle vraiment était devenu tellement improbable qu’on n’osait même plus l’espérer. 
Cela m’interroge : est-ce que nos vies ne seraient pas totalement différentes si nous croyions vraiment que Dieu… est Dieu ? Vraiment Dieu ? Pleinement Dieu ? 
Est-ce que nous n’avons pas besoin de nous rappeler que Dieu… est Dieu ?
Belle évidence à proclamer dans une église, me direz-vous ! Certes, nous confessons que Dieu est Père, qu'il est Fils en Jésus-Christ et présent et actif parmi nous par le Saint-Esprit. C’est vrai, nous le croyons et nous sommes capables certainement de dire là dessus bien des choses très intéressantes. Et pourtant, face aux enjeux de la vie quotidienne, quand le problème est là, que l’idéal se heurte au réel - … que la foi est mise à l’épreuve… en quel Dieu croyons-nous ? 
Et au-delà de nos connaissances sur Dieu, est-ce que nous n’avons pas besoin de laisser Dieu être vraiment Dieu dans notre vie  ? 
Laisser Dieu être Dieu. L’expression peut vous surprendre, mais laissez-moi la creuser avec vous. Et nous méditerons pour cela un passage du Deutéronome, 4.32-40. 

Quelques mots de contexte d’abord. C’est un discours que Dieu adresse au peuple hébreu, qui après avoir été miraculeusement délivré d'Egypte, après avoir été conduit à travers le désert, arrive en vue de la Terre que Dieu lui a promis. 
Le peuple est là, perdu au milieu du désert de Moab. Devant lui s'étend la Terre Promise, avec tous ces peuples puissants qui y habitent. La chaleur du désert, la fatigue, les armes des autres en face, tout cela est bien concret. Mais Dieu  ? Est-ce qu'ils ont en eux assez de Dieu pour aller de l'avant  - assez de confiance, de connaissance, d’expérience... pour qu'il soit plus qu'une réalité lointaine, et vraiment leur Dieu, leur force ? 
En somme, est-ce que Dieu est vraiment Dieu pour eux  ? 
Lisons ensemble les paroles que Dieu leur adresse alors : 

Lecture 

Ce qui m’a frappé ici, c’est que pour encourager son peuple à se saisir de cette terre de Canaan qu'il va lui donner, et qui est là, sous ses yeux, Dieu lui rappelle avant tout sa grandeur : comme si les Israélites n’avaient pas seulement besoin d’entendre que Dieu les a choisis, et qu’il les aime (ce que prouve son action passée dans l’histoire d’Israël), mais surtout que le Dieu dans lequel ils ont placé leur confiance est vraiment Dieu (v.35), «  il n'y en a pas d'autre que lui  ». Un Dieu agissant, vivant, tout puissant.  
Ainsi le peuple est replacé devant la grandeur de Celui qui le dépasse - «  informe toi... sur les jours qui t'ont précédé  » - sous-entendu  : tu ne résumes pas le monde à toi tout seul ! Dieu se rappelle à lui comme celui qui est pleinement Dieu, dans tous ses attributs - le Créateur de l'univers et de l'humanité, éternel  (sens du nom YHWH), omnipotent - il parle et agit dans l'histoire humaine «  au moyen d'épreuves, de signes, de prodiges et de combats, d'une main forte, d'un bras étendu, par des interventions grandes et redoutables   omniprésent,  «  Dieu dans le ciel, en haut, et sur la terre, en bas »…
Le peuple d'Israël a pourtant vu et vécu des choses bien plus extraordinaires que nous tous réunis: la mer qui s'ouvre ; la manne ; Dieu qui parle au mont Horeb, etc. 
Mais il a besoin de « réfléchir » à qui est Dieu, de le remettre au centre, et de le prendre au sérieux.  Voilà pourquoi Dieu se rappelle à lui comme un Dieu proche, qui parle et qui agit vraiment dans ce monde. 

Ainsi, laisser Dieu être Dieu, c’est premièrement croire qu’il n’a pas perdu la parole - de fait, l’AT ironise beaucoup sur les idoles muettes, ces statues devant lesquelles tout le monde se prosterne. Mais notre Dieu, lui, parle à ses enfants - « Un peuple a-t-il jamais entendu la voix de Dieu parlant du milieu du feu, comme tu l’as entendue ? (Dt 4:33)
Et il nous parle encore aujourd’hui. Voilà pourquoi il est vital de lire la Bible, et de le faire pour se mettre à l’écoute de Dieu. 
J’ai envie de dire : écouter la Bible au lieu de la faire parler !  C’est que nous les Protestants, nous avons vite tendance à faire de la Bible notre «  chose  » - on la lit (parfois !), on en débat, on donne son avis dessus, on y cherche des arguments pour soutenir telle ou telle position éthique (comme dans les débats autour des questions de sexualité)... Mais en fin de compte, le danger est de ne plus la lire que de notre propre point de vue, pour y trouver ce que nous y cherchons. Alors on en relativise le propos - selon la culture d'une époque, les circonstances... Bien sûr, on peut voir dans les débats de l'Eglise Protestante Unie autour de la bénédiction des couples de même sexe apparaître ce type d’approche de la Bible (Eglise Unise qui est, j’insiste sur ce point, loin d’être « unie » sur ce sujet, ne soyons pas caricaturaux) - mais cette tentation de subordonner la Bible à nos idées est celle de tous, sur des modes différents. 
Au contraire, laissons la Bible être cette Parole de Dieu qui déplace et nourrit, et par laquelle nous devons être « éclairés », comme dit le texte : « tu as été éclairé » - littéralement, « on t’a montré pour que tu saches ». 
Prier et écouter. Laisser Dieu être Dieu, c'est encore prendre au sérieux ce qu'il nous demande, et ne pas oublier qu’écouter ou non la Parole de Dieu c'est une question de vie ou de mort  ! « Tu observeras ses prescriptions et ses commandements, tels que je les institue aujourd’hui, afin que tu sois heureux, toi et tes fils après toi, et que tu prolonges tes jours… » (v.40).
Ecouter pour vivre et être heureux ! Le peuple dans le désert de Moab le sait bien - combien dans son sein ont perdu la vie de n'avoir pas écouté ce que Dieu leur disait  ? 
Dans cette écoute, nous avons besoin du Saint-Esprit, l’Esprit de Christ qui est Dieu lui-même venant éclairer notre intelligence et toucher notre sensibilité, quand nous lisons avec le coeur et les oreille et pas seulement avec la tête. Il nous « montre », pour nous diriger, nous reprendre. Alors en lisant, priez que le Saint-Esprit vous touche, qu'il vous montre ce que Dieu veut nous dire personnellement. En somme, « priez » la Bible- pour ensuite faire la volonté de Dieu, vivre et être heureux. 

Ecouter Dieu nous parler, donc. Mais pas seulement. 
Laisser Dieu être Dieu, c’est aussi croire qu’il agit dans ce monde sans aucunes limites. 
On l’a vu, Dieu se révèle aussi à Israël comme un Dieu vivant, qui agit. Voyez comment Moïse insiste sur cette action fidèle et bien concrète de Dieu dans l’histoire de son peuple  : « un Dieu, dit-il, a-t-il jamais essayé de venir prendre pour lui une nation du sein d’une autre nation, au moyen d’épreuves, de signes, de prodiges et de combats, à main forte et à bras étendu, et avec des (interventions) très redoutables, comme tout ce qu’a fait pour vous l’Éternel, votre Dieu, en Égypte sous tes yeux ? (Deutéronome 4:34)
L’une des grandes tentations d’Israël dans l’AT, c’est l’idolâtrie, savez vous pourquoi ? A cause de cette tendance que nous avons tous à chercher des dieux « domestiques », apprivoisés, prévisibles et contrôlés. Mais le Dieu qui fait trembler le mont Horeb, déloge les esclaves hébreux de leur confort pour les pousser à la liberté, il est incontrôlable ! C’est un vrai Dieu ! Et les humains pécheurs que nous sommes aiment contrôler.
Et puis, je crois que la peur nous pousse aussi à mettre Dieu en boîte. Majoritairement, notre vie se déroule dans la sécurité illusoire de la banalité, de la « vie de tous les jours », ce monde rationnel où rien ne doit dépasser. Nous rangeons Dieu quelque part là dedans, alors découvrir tout à coup que, comme aime le dire l’un d’entre nous, « on n’est jamais à l’abri d’un miracle », qu’une guérison inexpliquée ou une intervention divine non inscrite sur le planning sont possibles… ça peut faire peur ! Certains jeunes chrétiens ont peur comme ça que Dieu les envoie en mission au bout du monde contre leur gré !! 
Mais Dieu n’est ni lointain, ni imprévisible, et je crois que nous avons peur parce que nous comprenons mal à quel point il nous aime.  
Alors nous nous fermons, et nous limitons son action dans nos vies - surtout, ne me change pas ! 
J'aime bien la façon dont Louis Schweitzer décrit cela. Il dit  : «  nous imaginons un Dieu sympa qui nous protège plus ou moins (je dis plus ou moins, parce que cela ne marche pas à tous les coups). En gros, il ne nous embête pas trop, nous laisser mener assez tranquillement notre petite vie et nous espérons qu'il répondra quand nous aurons besoin de lui  ? Il le fait d'ailleurs de temps en temps. Certains en rendent témoignage le dimanche. Mais nous savons bien que parfois il ne répond pas, et nous ne faisons donc appel à lui qu'en désespoir de cause  »...

Aux Israélites, Dieu rappelle au contraire tous les actes extraordinaires qu'il a accomplis pour eux. Tout cela a vraiment eu lieu : or, nous qui confessons ce Dieu tout puissant venu sauver son peuple  : croyons nous que Dieu peut agir de la même façon dans notre histoire ? le laissons nous agir dans notre vie  ? Ne limitons nous pas son intervention aux problèmes... aux grandes décisions  ? 
Que seraient nos vies si nous lui faisions vraiment confiance  ? Si nous lui abandonnions vraiment nos problèmes  ? 

Ainsi, il est clair que la profondeur et la force de notre foi dépendent de l’image que nous faisons de Dieu. Petit Dieu, petite foi, petites perspectives. Soyons assurés que l’Adversaire n’attend qu’une chose : que nous restions sagement inactifs, tenus hors du combat par une petite foi en un petit Dieu, qui n’est pas le Dieu de Jésus-Christ. 

Ce Dieu-là dépassera toujours ce que nous pouvons en comprendre. Ne l’enfermons pas dans l’expérience que nous en avons eu dans notre famille, notre Eglise, notre expérience personnelle. 
Et surtout ne décidons pas a priori de ce qu’il peut faire ou pas ! Apprenons plutôt à connaître ce que nous ne sommes pas capables de faire - nos propres limites
Car plus nous saurons reconnaître notre faiblesse, plus le Saint-Esprit pourra agir en nous - avec une puissance toujours pleinement agissante, pour révéler Dieu, libérer et guérir. Pour nous surprendre et nous faire avancer !  
Qui aurait cru que le Fils de Dieu viendrait lui-même mourir pour nous sauver de la condamnation que nous méritions pour nos péchés ? 
Qui aurait pensé que Dieu viendrait ainsi manger, marcher, pleurer et rire avec nous, et donner sa vie pour que nous devenions à notre tour des enfants de Dieu, remplis de son Esprit tout puissant ? 
Pourtant, il l’a fait - et nous allons le commémorer par la Sainte Cène - en devenant pleinement homme, le Fils de Dieu pleinement Dieu a révélé parfaitement Dieu, en paroles et en actes. 
Pleinement révélé son amour et sa puissance sans limites. 

Alors pour finir, j’ai envie de dire : au nom de Jésus, osons
Osons demander à Dieu de nous parler, par le St Esprit
Osons demander à Dieu d’agir dans nos vies, par le Saint-Esprit
Osons demander à Dieu de nous remplir du Saint-Esprit, et de manifester sa gloire dans notre vie. 


Et si vous voulez bien, nous allons prier ensemble pour demander cela à Dieu.
Mais juste avant, je voudrais vous suggérer quelque chose de très simple qui aide à rester disponibles à ce que Dieu nous dit et accomplit pour nous : tenir un « journal spirituel ». Noter dans un carnet les versets qui nous touchent. Les réponses aux prières. Les événements qui nous interpellent ou nous questionnent. Nos incompréhensions. Nos prières. Et y revenir de temps en temps. 
Vous verrez certainement avec le recul l'incroyable pertinence de nombre de ces paroles pour votre cheminement personnel, et la présence fidèle de Dieu sur votre parcours.

Je vous invite à prier - (prière inspirée par Ephésiens 3, 17b-20)

Père Eternel, 
nous  te reconnaissons comme le Dieu tout Puissant, Créateur du Ciel et de la terre,
Père, Fils et Saint-Esprit, 
Au nom de ce que ton Fils  Jésus, a accompli, nous te demandons de nous remplir de ton Esprit Saint, afin qu’il éclaire pour nous Ta Parole, qu’il nous dirige et produise en nous des fruits de justice et d’amour. 
Que le Christ habite dans nos coeurs par la foi
Enracine-nous dans l’amour.
Rends-nous capables de comprendre combien cet amour est étendu, large, haut et profond. 
Fais nous connaître l’amour du Christ qui dépasse toute connaissance, 
Afin que nous manifestions ta gloire.
Au nom de Jésus

Amen