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Vous y trouverez le texte de mes prédications.
Ces textes sont livrés presque "brut de décoffrage" aussi : soyez indulgents ! Ils sont souvent circonstanciels, sans grande prétention théologique.
Mon souhait est simplement qu'ils puissent alimenter, même modestement, votre méditation de la Bible et qu'ils attisent votre appétit de cette Parole vivante, inépuisable, que Dieu adresse à chacun d'entre nous.

lundi 16 février 2015

Prédication du 8 février 2015 - Marc 1.9-28

Texte biblique et questions :
Marc 1. 9-28

9En ces jours-là Jésus vint, de Nazareth de Galilée, et il reçut de Jean le baptême dans le Jourdain. 10Dès qu'il remonta de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit descendre vers lui comme une colombe. 11Et une voix survint des cieux : Tu es mon Fils bien-aimé ; c'est en toi que j'ai pris plaisir.

12Aussitôt l'Esprit le chasse au désert. 13Il passa quarante jours dans le désert, mis à l'épreuve par le Satan. Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient.

14Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée ; il proclamait la bonne nouvelle de Dieu 15et disait : Le temps est accompli et le règne de Dieu s'est approché. Changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle.

16En passant au bord de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient leurs filets dans la mer — car ils étaient pêcheurs. 17Jésus leur dit : Venez à ma suite, et je vous ferai devenir pêcheurs d'humains. 18Aussitôt ils laissèrent leurs filets et le suivirent. 19En allant un peu plus loin, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui étaient aussi dans leur bateau, à réparer les filets. 20Aussitôt il les appela ; ils laissèrent leur père Zébédée dans le bateau avec les employés, et ils s'en allèrent à sa suite.

21Ils entrent dans Capharnaüm. S'étant rendu à la synagogue le jour du sabbat, il se mit à enseigner. 22Ils étaient ébahis de son enseignement ; car il enseignait comme quelqu'un qui a de l'autorité, et non pas comme les scribes.

23Il se trouvait justement dans leur synagogue un homme possédé d'un esprit impur, qui s'écria : 24Pourquoi te mêles-tu de nos affaires, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu pour notre perte ? Je sais bien qui tu es : le Saint de Dieu ! 25Jésus le rabroua, en disant : Tais-toi et sors de cet homme. 26L'esprit impur sortit de lui en le secouant violemment et en poussant un grand cri. 27Tous furent effrayés ; ils débattaient entre eux : Qu'est-ce donc ? Un enseignement nouveau, et quelle autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent ! 28Et sa renommée se répandit aussitôt dans toute la Galilée.

Questions :


[Comprendre]
1. v. 14 : comment résumeriez-vous la « Bonne Nouvelle » annoncée par Jésus ?
2. v. 15 : qu'est-ce que ce Règne de Dieu dont parle Jésus ?
3. Comment ce que Jésus annonce au v. 15 se vérifie-t-il dans les événements racontés ensuite par Marc ?
- quelle est la priorité de Jésus (v. 15 ; v. 38-39) ? Pourquoi ?
- quel effet ses paroles et ses actions ont-elles sur les personnes ?
[Appliquer]
4. Comment ce texte façonne-t-il... :
...ma compréhension de Jésus ?
...ma vie quotidienne ?
...mes priorités, en tant que disciple de Jésus ?


Prédication du 8 février 2015
Marc 1.9-28
Le règne de Dieu s'est approché, changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle.


[Accroche : Video Euromillions : « le gagnant »]
Et si votre vie devenait infiniment plus riche ?

Reconnaissons-le, un tel slogan est une véritable provocation pour un pasteur !

Voilà donc le rêve qui pousse les gens à faire la queue jusque dans la rue, même par -1°, chaque fois que l'Euromillion du mardi approche. Parce qu'ils espèrent gagner et ainsi, changer de vie. Etre soudain riches ! Et heureux. Ils ne sont pas les seuls : rien qu'en 2015, 21 millions de grilles d'Euromillion ont déjà été vendues. Est-ce tout ce qui reste à nos sociétés pour garder espoir ?

En tous cas, ce changement-là, combien en rêvent - même parmi nous, peut-être ? Ce changement fracassant qui fait sortir du quotidien et vous place au dessus du sort habituel des hommes.
En somme, vous gagnez au loto et vous voilà le roi du monde, de votre monde où vous devenez, comme Dieu, tout puissant.
Attirant... mais nous savons au fond que ce n'est pas cela dont nous avons besoin. Avec ça on reste en surface, on rate l'essentiel : le cœur.

Où est l'amour là dedans ?

Ce qui est juste, c'est ce sentiment que la vie n'est pas vraiment ce qu'elle devrait être, qu'une vie meilleure est possible, la Bible ne cesse d'en parler. C'est même le premier message que Jésus a proclamé, au début de son ministère : oui, un changement est nécessaire. (j'éviterai : « le changement c'est maintenant »...). Oui, il y a autre chose à vivre.
Mais cela ne viendra pas des circonstances, surtout pas de l'argent : c'est notre cœur qui doit changer.
Voilà précisément ce que Jésus annonce, dès le début de son ministère : que le changement doit intervenir en priorité à l'intérieur- et qu'il est venu pour permettre cela : nous rejoindre dans notre faiblesse, et ouvrir nos vies à l'amour puissant de Dieu - un amour qui transforme, rayonne et nous tourne vers Dieu et vers les autres.

Lisons en Marc 1.9-28

Avez vous perçu le mouvement extraordinaire qui, en quelques versets, conduit de l'arrivée presque inaperçue d'un homme d'apparence banale - « Jésus vint, de Nazareth de Galilée »- jusqu'à la révélation de la puissance qui l'accompagne - « Sa renommée se répandit aussitôt dans toute la Galilée » ?
Voici donc la nouvelle que Marc veut partager : avec la venue de Jésus, soudain, dans l'histoire des hommes, quelque chose de vraiment nouveau s'est passé. Et l'explication de l'événement, c'est Jésus lui-même qui la donne au retour du désert où il a affronté le Tentateur (15) : « le temps est accompli et le règne de Dieu s'est approché. Changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle ».

« Le règne de Dieu s'est approché » - ou « s'est rendu proche », selon les traductions. Et c'est cela qui permet un changement radical.
Mais quel est ce « règne de Dieu », et de quel changement Jésus parle-t'il ?

Ce règne de Dieu d'abord, était attendu par tous les juifs de l'époque. Et l'expression
« le temps est accompli » fait référence à toutes les prophéties de l'AT qui annonçaient le moment où Dieu interviendrait pour libérer son peuple, comme il l'avait fait avec Moïse, en Egypte.
Certes, les prêtres en place autour du temple de Jérusalem ou bien les Pharisiens estimaient représenter eux ce règne de Dieu sur la terre, mais des mouvements type « fin du monde » attendaient eux une intervention fracassante et miraculeuse de Dieu, que les eaux du Jourdain se séparent en deux comme au temps de Josué par exemple. Et Jean-Baptiste, dont Marc parle juste avant, est le dernier représentant de cette tradition qui annonce aussi un règne imminent de Dieu - « le royaume de Dieu est proche » dit-il aussi. Et Jean annonce déjà que ce règne va être différent - ouvert à tous sans exception, et nécessitant pour y entrer la repentance et la purification, symbolisées par le baptême.
En réalité, contre toute attente, ce règne est venu de façon presque banale au départ, par Jésus de Nazareth.
Voilà qu'un jour, dit Marc, « Jésus vint de Nazareth ». Un obscur charpentier quitte son atelier, marche jusqu'au bord du Jourdain pour se faire baptiser par Jean. Il n'a rien de particulier au départ, et pourtant il est lui-même le Roi promis, qui vient délivrer son peuple.
Par lui, le Règne de Dieu se rend proche. En Jésus, comme on le voit à son baptême, aux versets 9-11, c'est le Dieu trinitaire en personne qui vient marcher au milieu de son peuple.
Quelle nouvelle !!
Du coup, il faut bien mesurer la portée provocatrice de l'affirmation de Jésus ici : en disant « le règne de Dieu s'est approché », il affirme qu'il est lui-même le Roi promis. Et qu'avec lui le royaume de Dieu n'est donc plus à attendre, il est déjà présent.
En quoi est-ce une bonne nouvelle ?

C'est une bonne nouvelle parce que Jésus révèle que le règne de Dieu, c'est celui de l'amour et de la vie, de la restauration des cœurs brisés : et lui-même est un roi serviteur

Cf Luc 4 : discours « programme » de Jésus - son discours du Bourget :

18L'Esprit du Seigneur est sur moi,
parce qu'il m'a conféré l'onction
pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ;
il m'a envoyé
pour proclamer aux captifs la délivrance,
et aux aveugles le retour à la vue,
pour renvoyer libres les opprimés,
19pour proclamer une année d'accueil de la part du Seigneur.

C'est une bonne nouvelle parce que désormais, Dieu est accessible à tous, et il se montre comme un Dieu proche des « pauvres », des « opprimés », des plus petits, un Dieu attentif, un Dieu d'amour.
Le Roi lui-même s'est fait proche, venant nous rejoindre au cœur de la vie ordinaire, se mettant au niveau de tous - surtout des plus simples - ce qui signifie que tout le monde peut accéder à la vie nouvelle. C'est elle qui vient sur notre chemin.
Jésus est un roi qui ne pratique pas l'élitisme. Ici, pas de ticket gagnant réservé à un seul ; tout le monde peut entrer dans ce royaume, et devenir l'un des acteurs de cette révolution qui commence. Tout le monde... notamment les faibles, et ceux qui reconnaissent leur fragilité et leur besoin de Dieu (ceux que Jésus nomme les « petits »).
Voilà pourquoi Jésus choisit ses premiers disciples parmi les classes sociales les moins élevées de la société. Pas beaucoup de winner parmi eux, et pourtant il les appelle : « venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'hommes ».

Enfin, c'est une bonne nouvelle parce que Jésus annonce que la libération, le changement tant attendu ne dépendent pas de nos propres forces : en Jésus c'est Dieu lui-même qui intervient avec puissance pour nous libérer des forces de mort qui nous tiennent ( « libérer les captif, rendre la vue aux aveugles... »).

La suite de ce premier chapitre de Marc montre ainsi que la royauté de Jésus se vérifie immédiatement, dans son enseignement, et dans le premier de ses miracles à Capharnaüm. Tout de suite les gens sont frappés par la puissance qui émane de cet homme inconnu jusque là : « ils étaient ébahis de son enseignement : car il enseignait comme quelqu'un qui a de l'autorité, et non pas comme les scribes » (v.22). « qu'est-ce donc ? Un enseignement nouveau, et quelle autorité ! » (v.27)
Le grec traduit par « autorité » ici (exousia) exprime vraiment la puissance spirituelle - pas le seul charisme personnel. On sent que Jésus est investi d'une autorité qui dépasse ce qu'on connaît.
D'ailleurs, c'est l'ennemi lui-même qui souligne le combat spirituel de ce qui se joue-là. « Pourquoi te mêles-tu de nos affaires, Jésus le Nazaréen ? dit le démon. Es-tu venu pour notre perte ? ». Jésus, qui a surmonté la tentation au désert, a pris le pas sur l'adversaire, et vient maintenant déranger son petit business - révélant du même coup tout ce qu'il y a de spirituel dans les luttes de la vie humaine.
Marc montre qu'en Jésus, Dieu vient manifester sa puissance de salut sur la terre des hommes. Et tout le reste de la vie de Jésus va révéler cela : Il va chasser partout les démons, les maladies. Il va aimer même ceux que tous rejettent, aimer les pécheurs et changer leurs vies pour les ramener au Père céleste. Et par son sacrifice, il va réconcilier le monde avec Dieu.
Oui, la bonne nouvelle, ce n'est pas que Jésus amène de nouvelles idées généreuses dans le débat public : c'est qu'en lui la puissance libératrice de Dieu se déploie en faveur de tous ceux qui veulent croire.

Et cela nous amène à ce fameux changement du cœur.
C'est clair, l'appel de Jésus, « changez radicalement et croyez » est un appel clair et sans détours à la conversion, c'est à dire à une révolution, un changement intérieur.
C'est le mot grec metanoïa qui exprime ici l'idée de changement radical.
meta = idée de changement, comme dans « métamorphose » et noïa : « la pensée, le siège de la réflexion, de la volonté et du sentiment ». Jésus parle donc d'une transformation radicale de l'attitude intérieure et de l'esprit, sans laquelle nul ne peut s'approcher de Dieu et connaître son règne.
Donc changement du cœur, entrainant changement d'attitude et de mentalité. Le prophète Ezéchiel annonçait déjà  : « Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau. Je retirerai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. C'est mon Esprit que je mettrai en vous » (36.26). Voilà de quoi parle Jésus ici.

Voilà vraiment de quoi nous avons besoin, n'est-ce pas ?
Nous savons pertinemment que la vie meilleure dont nous rêvons ne viendra jamais totalement d'un billet gagnant, d'un changement de situation professionnelle, d'un travail sur soi - même s'il y a des choses importantes là dedans. Il faut, à un moment ou l'autre, que la puissance du péché qui détruit nos vies - et fait de nous des aveugles, des captifs et des opprimés, soit brisée - et c'est pour cela que le Roi est venu.
Cette transformation est possible uniquement si nous disposons de la puissance pour y parvenir. Il serait en effet cruel de demander à des gens paralysés par le péché de se repentir sans leur accorder le pouvoir d'y arriver !
Le message de Jésus est donc ici : « à cause de ma venue, votre cœur peut subir une transformation profonde ». Il ne dit pas « changez... » puis « croyez », mais « croyez » afin d'être changés par Dieu. Croyez en moi, faites moi confiance et je vous changerai totalement, par la puissance créatrice de Dieu.

C'est ce qu'on appelle la nouvelle naissance, qui est la condition pour entrer dans le Royaume de Dieu. « En vérité, dira Jésus au Pharisien Nicodème, si un homme ne naît pas d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. .. Il faut que vous naissiez de nouveau» (Jn 3.6).
Cette nouvelle naissance, œuvre du Saint Esprit, n'est jamais à mériter. Elle est à accepter.
Elle peut intervenir à un moment précis ou être un processus plus diffus (il y a diversité d’expériences) - mais toujours, elle sera la manifestation du règne de Dieu dans notre vie, par un changement d'orientation de notre être - envie de prier, horreur du péché qui ne glisse plus sur nous, désir d'aimer Dieu et les autres, de lire la Bible...
Chaque fois qu'une vie est transformée par l'amour du Père - que l'amour grandit, que le pardon remplace la haine, l'espérance remplace l'amertume... c'est que le règne de Dieu s'est approché pour cette personne.

C'est ce que Paul dit aussi d'une autre façon : « si quelqu'un est en Christ, il est une création nouvelle. Ce qui est ancien est passé : il y a là du nouveau. Et tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ... Car Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui-même, sans tenir compte aux humains de leurs fautes, et mettant en nous la parole de la réconciliation ». (2 Co. 5.17-19)
Et même si tout cela ne dépend pas de nos propres forces, cependant, le Roi lance ici un appel : « changez radicalement et croyez ».
C'est que rien ne peut se passer sans notre consentement. Voilà aussi pourquoi Christ associe la bonne nouvelle à la repentance - le terme insistant non pas en premier sur l'idée de regret, de remords mais surtout sur celle de changement radical de direction, et d'adhésion.

Cela signifie donc reconnaitre notre fragilité et notre besoin profond de l'amour de Dieu en nous.

Ainsi, il nous revient de nous laisser interpeller personnellement par la vie de cet homme, par ses actes, par ses paroles, nous interroger comme les gens à Capharnaüm : « qu'est-ce donc ? »...
Et de nous engager personnellement.
D'une certaine façon, en Jésus Dieu cherche une relation, une rencontre avec nous.
Bien sûr, chacun est libre devant cela, car l'amour ne s'impose pas.
Libre devant ce message :
« Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ».
Mais si c'était maintenant le moment, pour vous, d'un changement de direction intérieur, avec Jésus-Christ ?

Et si votre vie devenait infiniment plus riche ?

Bien sûr, l'appel s'adresse aussi à ceux qui ont déjà cru, et qui sont engagés comme les disciples, sur un chemin avec Jésus. Pour ceux-là c'est un appel à revenir sans cesse au fondement posé par Jésus : repentance et foi.
Il nous encourage aussi à aller jusqu'au bout de l'appel lancé par Jésus, en le laissant faire de nous des « pêcheurs d'hommes », par la puissance de son Esprit.
Alors cessons de rêver d'une autre vie. Mais acceptons de laisser la vie de Dieu transformer la nôtre.

Que chaque jour devant lui dans la prière, nous nous rendions disponibles à lui, pour qu'il établisse son Règne d'amour dans nos cœurs, ici à Lyon, et que nos vies soient radicalement transformées de l'intérieur, remplies d'amour, de joie, de patience, de bonté, de pardon... pou sa gloire.
Amen



dimanche 25 janvier 2015

prédication du 25 janvier 2015



Prédication du 25.01.15

Matthieu 6.5-8
La prière, une entrée dans l'intimité du Père



Il faut l'avouer, prier n'est pas si facile.

Prier vraiment, devrais-je dire.

C'est paradoxal, car il y a peu de choses qui soient aussi universelles que la prière - toutes les religions ont leur forme, leur compréhension de la chose, leurs traditions.
Et si la plupart des religions enseignent à leur fidèles comment prier - précisant la position, les paroles à prononcer, le nombre de fois... aussi surprenant que cela puisse paraître, il y a peu d'enseignements sur tout cela dans la Bible.
Du moins jusqu'à la venue de Jésus.

Dans le sermon sur la montagne, en effet, le Seigneur dit en quelques mots l'essentiel à savoir pour prier vraiment.

Cet enseignement, souvent lu dans les églises, mérite une méditation régulière.

C'est à quoi je vous invite ce matin, nous lirons en Matthieu 6.5-8.

Lecture

5 Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui se plaisent à prier debout dans les synagogues et aux coins des grandes rues, pour se montrer aux gens. Amen, je vous le dis, ils tiennent là leur récompense. 6 Mais toi, quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
7 En priant, ne multipliez pas les paroles, comme les non-Juifs, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. 8 Ne faites pas comme eux, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez.


Ce passage se situe juste avant le « Notre Père ». Jésus s'adresse à des gens pour qui la prière fait partie de la vie, même sociale. Mais ces juifs pieux, certainement, appliqués à suivre fidèlement la loi de Moïse, Jésus est venu les amener plus loin, vers une prière qui glorifie vraiment Dieu.
Et pour cela, il commence par leur dire ce que la prière n'est pas : « ne soyez pas comme les hypocrites » qui aiment prier ostensiblement devant tout le monde, pour qu'on les voie. Ne multipliez pas les paroles, ne répétez pas sans les penser vraiment des formules toutes faites, ou des incantations. Ce sont là finalement deux travers que tout le monde peut avoir !
Si Jésus commence ainsi par pointer du doigt des dérives fréquentes, c'est pour dire quelque chose de très important : la prière, en réalité, est plus qu'un acte, que des paroles, même justes et sincères, même inspirées par une sagesse millénaire - elle est relation vivante avec le Dieu vivant. C'est la disposition de cœur que Dieu honore, avant le contenu des paroles elles-mêmes.
Et si vous voulez entrer vraiment en relation avec ce Dieu par la prière, dit Jésus, il vous faut aller au delà de la forme, et sortir de tout cela pour vous tourner entièrement vers Dieu. En cela, la prière est un déplacement vers Dieu.

Dans ce déplacement il y a des obstacles, que nous allons évoquer rapidement, avec le moyen de les surmonter. Mais, dit Jésus, le Père vous appelle et vous attend. Et sa présence est le seul but, et la plus grande récompense de la prière.
Parcourons ensemble ces trois étapes.
D'abord, nous dit Jésus ici, la prière est un déplacement vers Dieu.
« Toi, quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret ».
Il faut mesurer quelle mise en garde ces mots contiennent.
Les prières dans les synagogues étaient conduites par un membre qui restait debout devant l'assemblée ; une invitation à conduire la prière était donc un signe de considération, de respect. C'était valorisant pour l'ego. De même pour la prière de l'après-midi, qu'on pouvait s'arranger pour faire aux endroits bien passants, histoire d'être bien vus de tous !
Le danger alors n'est-il pas d'oublier qu'on s'adresse à Dieu, et de rester centré sur soi ? On prie pour exister sous le regard des autres, ou sous notre propre regard - mais plus sous celui de Dieu. Notre piété évangélique n'est pas à l'abri non plus de ce genre de choses, qu'on peut faire inconsciemment.
Mais Jésus demande de s'éloigner de tout cela : quand tu pries, déplace-toi, laisse-toi déplacer, sors de cet univers de paraître dans lequel tu es en contrôle, en maîtrise, pour venir près de Dieu, dans ta fragilité.
« Quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée »... Certes, le conseil est de bon sens : pour prier, bien sûr, il vaut mieux être au calme, pour ne pas être distrait. Trouver un lieu dans lequel on est bien, un lieu paisible, spécialement dédié à la prière - ce n'est pas très « protestant », peut-être, mais c'est bénéfique ! Sans écrans, sans distractions ! Il suffit juste parfois de tourner le fauteuil de son bureau dans une direction particulière, ou un coin du canapé le matin, un coin de table de cuisine... Dieu est partout, bien sûr.
Cependant Jésus ici fait explicitement allusion à une pièce qu'on trouvait dans la plupart des maisons de l'époque, une pièce souvent sans fenêtres et qui était la seule à fermer à clé. On y mettait ce qu'on avait de plus précieux.
Une façon de dire aussi qu'entrer dans la présence de Dieu, cela se vit au cœur de la vie, et qu'il faut s'y préparer, en quelque sorte - un peu comme on se prépare à un rendez-vous, auquel on se rend dans une certaine disposition de cœur.
Jésus lui-même a donné l'exemple. Il éprouvait régulièrement le besoin de partir seul dans la montagne, pour prier intensément. Bien sûr le silence du recueillement en soi ne suffit pas. Aujourd'hui, beaucoup de gens méditent, font silence, etc. sans aucune recherche du Père Celeste. Le souci de Jésus ici est surtout d'amener à une vraie prière qui s'oppose aux pratiques superficielles.
Prier donc implique de se déplacer physiquement parfois, pour mieux être déplacé intérieurement vers Dieu. Détourner les yeux de nous-mêmes et de nos occupations et préoccupations pour regarder vers Dieu. La Bible utilise des expressions variées pour dire cela : « aspirer » à la présence de Dieu, « chercher sa face », « entrer dans sa présence ». « Se mettre à l'écart », comme on le fait pour souffler un peu au milieu de trop d'activités.
La volonté tout entière tournée vers le Père.
Un grand homme de foi du Moyen-Age disait ainsi : « prier, c'est se transporter soi-même dans le cœur et la volonté du Père »1.
Ca fait envie, n'est-ce pas ? Et pourtant nous savons bien que ce n'est pas facile à mettre en pratique, et que de nombreux obstacles peuvent entraver ce déplacement vers Dieu. Une fois la porte fermée, le plus difficile... c'est de prier !
D'abord parce que nous pouvons avoir du mal à discipliner notre cerveau, et le premier obstacle à la prière ce sont nos pensées vagabondes. « Tiens, il faut que je pense à acheter du jambon »... « Génial, qu'est-ce que je suis spirituel ! J'ai fait des progrès quand même, avant je n'arrivais pas comme ça à me lever à 6h du matin pour prier... ». Ou bien : « je dois faire ceci ou cela », « je dois dire tels mots... ».
« Ferme la porte », dit Jésus. Voilà un grand défi de la prière personnelle. Il faut délibérément laisser passer toutes ces pensées sans nous y arrêter, sans les laisser nous emporter avec elles - et penser à Dieu. Nous détourner de nous-mêmes pour le chercher, lui.
Nous sommes ainsi faits, nous pauvres humains limités, qu'un rien nous distrait de l'essentiel. En tant qu'enseignant, j'ai ainsi pu expérimenter la puissance dévastatrice d'une simple mouche qui se ballade en bourdonnant dans la classe - quelques millimètres cubes capables de pulvériser en un instant la belle explication de texte que vous avez eu tant de mal à préparer !
Mais c'est bien à nous, qui sommes faits de cette pâte-là, que Dieu s'adresse, pas à des surhommes. La prière est pour tous, elle est faite justement pour les gens les moins spirituels, pour qu'eux qu'ils cherchent sincèrement Dieu.

Une fois que nous sommes tournés vers Dieu, un autre obstacle peut se dresser, fait de fausses idées héritées, inconscientes, comme celle que nous aurions quelque chose à « faire » pour avoir droit à l'intimité de Dieu. Ces images d'un Dieu juge impitoyable, d'un Dieu distant et exigeant des sacrifices et des autoflagellations de notre part pour daigner nous accepter dans sa présence.
Et bien sûr, il y a la véritable culpabilité - quand le Saint-Esprit, activant en nous la connaissance de la Parole de Dieu, nous révèle un péché réel, qui nous sépare du Père. Comment alors nous approcher de Dieu si nos mains sont sales, notre conscience inquiète ?
Jésus ici nous indique le moyen : par la foi dans la grâce de Dieu, dans son pardon. Entrer dans la pièce le cœur vraiment repentant, confiant en ce Dieu qui pardonne.
Cette grâce est sous entendue dans ces paroles de Jésus : « quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte ».. Cette parole fait référence à un passage d'Esaïe (26.20), une allusion qui n'a pas dû échapper aux auditeurs de l'époque, tant la connaissance de l'Ecriture était poussée. Jésus cite Esaïe : « Va mon peuple, entre dans les chambres, et ferme tes portes derrière toi ».
« La référence est riche de sens, dit H. Blocher. Le prophète annonce le passage du jugement et la grâce que Dieu fera prévaloir pour les siens, à travers ce jugement. Il évoque le première Pâque, Israël sauvé du fléau en entrant dans ses chambres, couvert par le sang de l'agneau, badigeonné sur le linteau des portes »2.
En somme, Jésus dit ici : oui, tu mérites le jugement, mais à cause de la grâce de Dieu, « sous couvert du sang de l'agneau » càd de mon sacrifice pour tes péchés, tu ne seras pas rejeté. Au contraire, tu as le droit d'entrer dans l'intimité du Père. L'accès t'est ouvert, sans limites, pour peu que tu reconnaisses tes fautes et acceptes le pardon de Dieu ».

C'est cela, prier « au nom de Jésus » - avec son autorisation. Rien ne peut plus nous faire obstacle.
Le but de la prière : un cœur à cœur avec Dieu
Et cela nous amène au but de la prière : l'entrée dans la présence même de Dieu.
« Ton Père est là, dans le secret », dit Jésus. C'est donc d'abord une promesse, que Dieu a faite depuis longtemps à son peuple : « je me laisserai trouver par vous » (Jérémie 29.14).

Dans ce lieu secret, Dieu nous devance, nous attend et nous appelle.
Est-ce que nous avons conscience ainsi que notre prière n'est qu'une réponse à celle de Dieu, qui nous prie le premier d'entrer ? L'histoire d'Israël est ponctuée de ces appels déchirants de Dieu qui supplie son peuple de revenir à lui, car tout est pardonné, car un nouveau départ est possible.
« Ton Père est là ».
« Ton Père qui est dans le secret », dit Jésus, exprimant aussi cette intimité. Dans la prière, je me place devant celui qui me connait parfaitement. Voilà pourquoi il est inutile de multiplier les paroles (le mot grec évoque un « bavardage inutile », un « babillage ») : verset 8 : « votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous lui demandiez ».
Surprenant, non ? Mais alors... pourquoi prier si Dieu sait déjà tout ? Parce que prier, c'est plus que faire sa liste de courses à Dieu. N'a-t'on pas terriblement tendance à limiter la prière à cela ? L'expression de nos craintes, de nos problèmes, de nos désirs - « Seigneur, si tu pouvais me donner ce que mon cœur désire... et de préférence le modèle avec 4G intégrée... ».
En provoquant un peu, on peut dire que ce type de prière n'est pas vraiment différent de celui des païens ! En tout cas, Jésus le dit : « ne soyez pas comme les païens » - des gens pour qui les rapports au divin se limitent à des requêtes. Des prières sans déplacement, centrées sur soi - mes besoins, mes envies...

Mais... est-ce qu'on n'a pas le droit, comme on dit, de « remettre à Dieu » nos problèmes ? Si, bien sûr. Dieu est un Père qui prend soin de ses enfants, et il est patient, indulgent. Mais ce n'est qu'un premier pas vers lui. La vraie réponse à nos besoins, ce n'est pas les délivrances que Dieu voudra bien nous accorder, les consolations qu'il nous donnera par son Esprit - c'est Lui. C'est sa simple présence. C'est être avec lui, dans la communion d'un enfant avec son père.
Si quelqu'un vous dit « tu es vraiment mon meilleur ami », et qu'il ne vient vous trouver que pour vous demander des services, sans jamais vous écouter, sans prendre de temps avec vous... que pensez-vous de sa soi-disant amitié ?

Quand on aime quelqu'un, on veut juste être avec lui, ça suffit. Pas forcément besoin de parler. On a confiance, on est bien ensemble.

Le Père céleste nous offre cela, il l'attend.
Et il nous l'offre par son Esprit. C'est le dernier point de cette méditation.
« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » : ce Dieu qui nous appelle et nous attend nous attire aussi à lui, par le Saint Esprit.
Parfois on n'ose pas prier parce qu'on ne sait pas trop quoi dire. Certes en fréquentant une église on apprend vite les formules qui vont bien, et parfois elles sont une aide précieuse, un support pour commencer. Les Psaumes nous donnent aussi des mots pour nous adresser à Dieu. Mais pas besoin de parler non plus, redisons-le.
On peut déjà, dans un premier temps, se placer devant Dieu dans le silence, se concentrer sur qui il est, et qui nous sommes devant lui. De « qui » à « qui », dit la tradition chrétienne. Et le louer, l'adorer - « Seigneur, tu es grand...».
En outre, quel que soit notre état intérieur, Dieu nous promet l'aide de son Esprit.
L'apôtre Paul dit ainsi en Romains 8.26-27 : « l'Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les cœurs sait à quoi tend l'Esprit : c'est selon Dieu qu'il intercède en faveur des saints ».

Voilà jusqu'où va la grâce de ce Dieu qui nous porte dans son amour : quand nous nous tournons vers Lui, sincèrement par la foi, c'est Jésus lui-même qui prie en nous, par son Esprit, afin que nous puissions entrer plus profondément dans la communion avec le Père !

Conclusion :
Tel est donc le chemin que Jésus nous invite à suivre ici. En somme, il nous invite ici à passer de la religiosité à une foi vivante dans le Dieu vivant. Selon la formule de Marion Muller-Colard, « d'une religion de système - système d'idées irrationnelles construit juste pour nous rassurer - d'une croyance un peu floue, héritée de nos parents peut-être, ou un un peu perdue de vue - passer donc d'un rapport à Dieu un peu vague à une foi de relation »3 - relation personnelle, relation vivante avec le Dieu vivant, qui nous accueille par grâce, sans que nous méritions quoi que ce soit.
Déjà, Jésus ici annonce l'Evangile, qui est la Bonne Nouvelle que non seulement Dieu nous cherche, mais qu'en plus il nous ouvre lui-même l'accès à sa présence, par la foi en Jésus. Il efface lui-même les péchés qui nous séparent de lui, il enlève les cailloux sur le chemin. Par son Esprit, il appelle nos cœurs, il nous donne les mots, nous inspire les prières...

Quel amour ! « Le Père est là, dans le secret ».
Qu'attendons-nous pour le rejoindre, avec confiance ?
Que nous puissions persévérer dans la prière, tenir ferme et nous rendre avec joie à ce RDV avec Dieu et avec Sa Parole, afin que sa présence irradie nos journées, et qu'ainsi son amour nous remplisse, remplisse nos vies, et déborde sur les autres autour de nous.
Prière :
Père Céleste,
Tu m'invites auprès de toi, en Jésus.
C'est bien par lui que j'ai accès à toi, dans la prière, ô Eternel.
Non seulement grâce à sa Parole de vie, mais aussi par sa mort.
J'en prends encore conscience, aujourd'hui.
Sois loué pour ce cadeau extraordinaire que tu nous fais.

Dans le nom de ton Fils.


Amen.


1 S. Eck, Initiation à Jean Tauler, p.70, le Cerf
2 H. Blocher, in Jésus au quotidien, LLB, 42e jour.
3 Marion Muller-Colard, L'Autre Dieu, p. 66-67

dimanche 4 janvier 2015

Prédication – dimanche 4 janvier 2015


Luc 14 : 25-27

Texte et questions pour la réflexion et la discussion


25De grandes foules faisaient route avec lui. Il se retourna et leur dit : 

26Si quelqu'un vient à moi et ne déteste pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27Et quiconque ne porte pas sa croix pour venir à ma suite ne peut être mon disciple.

- Comment comprendre le verset 26 ? Dieu veut-il qu'on abandonne notre famille ? Quelle doit être notre attitude par rapport à elle ? 

- Que signifie être disciple aujourd'hui ? Quels changements de comportement cela implique-t'il ? Quels conflits possibles, avec la famille, les proches ? 
Vivez vous de telles situations ? Quelle est alors la voie que Dieu vous demande de suivre ? 

Prédication : 

Se détacher pour mieux aimer



Après cette période des fêtes pendant laquelle des familles se sont retrouvées, avec tout le doigté que cela demande souvent pour que les choses se passent bien... le texte d'aujourd'hui risque de sonner un peu comme une provocation !
Car en ce début d'année, je vous invite à nous pencher sur l'un des discours de Jésus tel que l'évangile de Luc les rapporte, au chapitre 14 : 25-27. C'est un discours dans lequel Jésus demande... de détester son père, sa mère, ses enfants, ses frères et ses sœurs !
Bien sûr, dit comme ça, le propos a de quoi choquer. En réalité, il s'agit de tout autre chose, et c'est ce que je vous invite à voir ensemble.

Lecture Luc 14 : 25-33

Voilà comment Jésus s'adressait aux « grandes foules » qui venaient l'écouter, des foules attirées par son rayonnement, sa célébrité... et à qui il impose de sévères conditions pour le suivre, comme s'il voulait repousser au lieu d'inviter ! Reconnaissez qu'on est loin du discours de séduction !
Ce sont des paroles dures, qui peuvent surprendre par leur apparente contradiction avec le reste de l'enseignement biblique. « Si quelqu'un ne hait pas... ». Jésus n'a-t'il pas demandé au contraire d'aimer son prochain comme soi-même ?!
Et ici, le voilà qui pose cette condition étonnante pour devenir son disciple – il faut « haïr » - et qui insiste sur la difficulté, sur l'importance de la décision et ses conséquences non négligeables. « Si quelqu'un ne porte pas sa croix... »... comment comprendre ces paroles, et leur radicalité ?

Face à Jésus, la foule est assez hétéroclite. Il y a pas mal de curieux, et peu de gens véritablement en recherche de Dieu.
Aussi, Jésus va tenir des propos très radicaux déjà pour faire comprendre d'emblée à tous qu'il apporte autre chose, qui est plus qu'une sagesse ou un enseignement religieux, quelque chose de plus grand qui implique donc une rupture avec la vie ordinaire.
Jésus veut éviter qu'on ne le prenne à la légère, comme si la vie qu'il apporte pouvait être « utilisée » juste pour améliorer un peu la vie présente. Vouloir suivre Jésus ainsi, de façon superficielle, c'est passer à côté des choses, et Jésus ne veut pas cela.

C'est pour cela qu'il annonce clairement les choses : pour le suivre, un choix net va être nécessaire. Il faudra abandonner certaines choses. Et ceux qui le suivront devront le suivre jusqu'au bout.

Un choix net. En somme, Jésus pose ici la question de ce qui compte le plus : Dieu... ou notre famille ? Dieu... ou nous mêmes ?

Ce qui compte le plus. Ce qu'on préfére. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre le mot « haïr » ici. Nous pouvons donc être rassurés !
Le terme grec traduit ainsi est souvent employé dans le sens « d'aimer moins ». En Matthieu 10 : 29, il est dit par exemple « celui qui aime plus que moi ... ». La bible du Semeur traduit : « si quelqu'un n'est pas prêt à renoncer à son père... » Luc a gardé la formulation la plus choquante probablement pour interpeller le lecteur – et avouez que ça marche !
Mais jamais Jésus ne demande de détester les autres.

C'est vraiment cette idée d'un choix, d'une priorité qu'exprime Jésus ici. Pour le suivre, il faut être prêt à placer la relation avec lui avant les autres relations, avant tout le reste. Il faut relativiser les autres engagements que nous avons par rapport à celui-ci, le plus important de tous.

Difficile ?! Certainement. Voilà pourquoi Jésus, qui souhaite des disciples qui le suivent de tout leur cœur, les met en en garde : attention, réfléchissez bien : si mon enseignement vous interpelle, s'il vous semble attractif, et que vous voulez me suivre, vous ne pourrez pas le faire du bout des lèvres. Il faudra vous engager totalement. Etes-vous prêts à cela ?

Et en ce début d'année, la question nous est posée, à nous aussi : sommes-nous prêts à faire, ou refaire, ce choix clair de suivre Jésus ?

Interrogeons-nous, pour que notre engagement reste un engagement sincère.

Préférer, donc, plutôt que détester... d'accord. Mais quand même, on peut s'interroger : pourquoi être si radical ? Est-ce qu'on ne peut pas suivre Jésus sans aller si loin ?

Par cette formule, Jésus ne prêche pas l'ascèse, c'est à dire le renoncement à tout bien terrestre. Si on considère l'ensemble de son enseignement, cela apparaît clairement. Mais dans le fond, la demi mesure n'est pas possible, parce que pour être sauvé- c'est à dire pour entrer dans la vie avec Dieu, il faut sortir complètement de ce qui nous fait mourir. Trancher est parfois nécessaire. D'ailleurs Jésus dit ailleurs que si notre œil nous fait tomber dans le péché, il vaut mieux l'arracher et entrer borgne dans la vie éternelle !!

C'est un fait, si nous voulons vivre une relation en profondeur avec lui, et tenir bon face à toutes les situations où nous serons tiraillés, secoués, tentés... un choix clair est nécessaire.

D'autant que ce qui est en jeu ici, c'est notre avancée dans la vie nouvelle avec Jésus.
Pour entrer vraiment dans cette vie centrée sur l'amour, un détachement est nécessaire. Il nous faut nous détacher de certaines choses qui nous retiennent.

En premier lieu, nous détacher de nous-mêmes. Jésus parle ainsi de « haïr sa propre vie » et de « porter sa croix ». L'entrée dans le Royaume de Dieu est à ce prix.

Attention de bien comprendre ces paroles ! Il ne s'agit pas bien sûr de se martyriser, de se faire du mal ou de chercher la souffrance, loin de là. A Jérusalem certains refont le chemin de croix et se martyrisent !! L'Ecriture nous demande au contraire de prendre soin de nos corps. L'idée là encore est celle de la priorité : se haïr soi même, c'est ne plus aimer notre vie égocentrique, ne plus lui donner la première place. C'est accepter de mettre l'amour de Christ avant notre propre volonté, notre propre ego, nos biens ; c'est être prêt à renoncer à nos propres désirs et projets, nos petites fiertés, nos petits pouvoirs... en faveur de l'accomplissement de la Parole de Dieu.
En somme, ne plus vivre centrés sur nous-mêmes, mais nous ouvrir à Christ.
Sortir de notre sentier, qui ne mène qu'à la mort, pour entrer sur celui de Jésus, qui nous conduit vers la vie éternelle.

Et comment quitter notre propre chemin, si trop de choses nous lient ?

Détester ici, c'est donc se détacher - de ses proches, de sa propre vie. Jésus parle aussi ailleurs de l'attachement à l'argent, au pouvoir, au confort.. On pourrait dire : relativiser tous les autres liens qui entraveraient cette marche avec lui.

Relativiser, remettre à leur juste place... cela ne veut pas dire « couper les ponts ». Par exemple, Jésus n'est pas un chef de secte qui amènerait ses fidèles à se couper de leur famille.

Mais bien sûr, la famille est un des lieux où les liens sont les plus forts, et souvent les plus déterminants; les attentes, les projections sont souvent énormes, et rendent le positionnement personnel plus difficile. « On choisit ses copains mais rarement sa famille... », vous connaissez la chanson. Parfois ces liens seront un obstacle à la foi.
Bien sûr, Jésus pense d'abord aux situations de conflit, pour ceux qui voudront le suivre et se mettront ainsi en porte à faux avec la tradition religieuse de leur famille, par exemple.
Plusieurs parmi nous peuvent témoigner de ces situations douloureuses où l'on doit choisir entre Christ et sa famille, jusqu'à fuir parfois celle-ci. C'est le cas dans les milieux ou les pays musulmans, mais pas seulement.

Il faut se souvenir que Jésus lui-même a du faire ce travail de détachement. Il a vécu l'essentiel de sa vie en restant sur les rails familiaux, reprenant l'entreprise familiale. Un juif pieux de Nazareth, bien ancré dans son village, sa culture, ses traditions religieuses.
Et lorsque, à l'âge où l'on a déjà bien construit sa vie, il sort de Nazareth et commence son ministère, sa famille ne comprend pas. Marc dit en 3.21 : « les gens de sa parenté sortirent pour se saisir de lui, car ils disaient ; il a perdu la raison » !

Mais sans aller jusqu'à des situations de rupture aussi extrêmes, le désir de suivre Christ peut nous amener à des tensions plus légeres avec notre famille.
La peur des conflits peut alors nous amener à des compromis qui nous étouffent, et qui sont malsains pour tout le monde.

Là encore, il s'agit plutôt de prendre du recul, de la distance.

La théologienne Litta Bassett écrit à ce propos : « Tel est toujours l'enjeu essentiel : se séparer au sens de se différencier, de se rendre in-dépendant. On peut rester fortuné ou cultiver d'intenses relations familiales, pourvu que ces biens – matériels, affectifs – ne deviennent pas la seule raison de vivre ; c'est l'antidote au fameux « mon enfant, mon conjoint, ma mère, mon père, est tout pour moi » »1.

Et elle ajoute que cette prise de distance par rapport à nos proches est la seule condition pour que l'amour véritable puisse grandir entre les autres et nous.
Voilà un dernier enseignement, fort : paradoxalement, Jésus demande de « détester » pour nous aider... à aimer.
Il demande de se détacher de ce que nous aimons... pour mieux l'aimer ! C'est à dire pour l'aimer plus sainement.

En effet, les disciples de Christ sont appelés à aimer d'un amour intense, que ce soit l'amour conjugal, paternel, maternel, filial...
Or cet amour a besoin de liberté pour grandir.
Et si nous sommes trop attachés à nos proches, trop fusionnels, si nous investissons trop sur eux - nous risquons de les étouffer ! Et au final, est-ce que ce n'est pas encore notre moi que nous servons, en croyant aimer ?
On peut penser à ces graines de champion que leurs parents poussent à l'excellence, parfois pour réaliser à travers eux ce qu'ils ont eux mêmes échoué.

Trop d'inquiétude, trop de souci pour nos proches risquent aussi de nuire à leur épanouissement. …
A trop vouloir la conversion de nos enfants - pour leur bien ! - n'allons nous pas les braquer ?
L'amour fait confiance, et il nous sera impossible de lâcher cela... si nous ne faisons pas confiance à Jésus pour le faire à notre place.
Ainsi, là encore, nous devons préférer Jésus en le laissant prendre soin de ceux que nous aimons. Lui seul, Dieu tout puissant, peut veiller vraiment sur eux. Nous détacher ainsi de nos proches pour les remettre à Dieu est une démarche saine et libératrice, et il y a de cela, aussi, derrière le « détester » de Luc 14.

Une démarche libératrice. Oui, l'amour a besoin de cette liberté pour grandir, s'épanouir, une liberté que nos attachements excessifs aux choses, à un mode de vie, à des personnes... limitent facilement. Une liberté que la peur bride - peur que nos enfants « dérivent » loin des choses de la foi... peur du changement … peur d'évoquer les questions difficiles de la foi, comme celle de la souffrance ou de l'évolution... peur de la philosophie, de la psychologie qui pourraient « détourner de Dieu »... Chaque milieu a des bêtes noires !

N'ayons pas peur, comptons sur la grâce. C'est pour cela que nous devons nous détacher, pour laisser à ceux que nous aimons le loisir de suivre leur propre chemin, en ne comptant que sur la grâce de Dieu pour les accompagner. Sinon, quelle conception de la foi auront-ils ? Une foi qui n'ose pas réfléchir. Une foi qui repose sur la peur et la méfiance. On croit en Dieu pour qu'il nous protège du risque, on croit en lui comme on croit dans une assurance ou une porte blindée.
Mais tout cela étouffe l'amour.
La peur a souvent empêché les disciples de suivre Jésus - surtout au moment de la crucifixion. Si nous avons trop peur pour nos proches, pour nous-mêmes... notre amour va s'étouffer. Il nous faut les « mettre à distance »... et les confier à Dieu. Nous confier à Dieu aussi.

Est-ce que nous comprenons maintenant que ces exigences que Jésus pose ne sont pas des règles qui enferment, mais la condition pour que notre engagement soit libre, sans pression ? Pour que l'amour entre lui et nous soit sincère et profond ?

Soyons-en assurés, Jésus veut par dessus tout nous bénir, et bénir nos familles. Mais pour cela il est nécessaire que nous lui laissions la première place, pour qu'il puisse investir notre vie, et la transformer en profondeur. Pour que le souffle de l'Esprit puisse circuler dans nos relations, que les choses, les gens, les rêves... prennent leur juste place devant Dieu, la place qui leur revient - sans excès d'attachement ou de détachement.
Alors, sommes-nous prêts à lui dire « oui », au seuil de cette nouvelle année ? Sommes-nous prêts à faire ce choix de Dieu avant tout, à le placer comme choix principal, comme ligne directrice de notre vie ?
Que nous-mêmes nous puissions nous donner entièrement à ce Dieu qui se donne le premier, sans condition.
Et si nous nous sentons bloqués dans ce domaine, disons lui, simplement. Et demandons lui l'éclairage de son Esprit pour nous aider.
Car le même Jésus qui pose aussi ces conditions a dit aussi : « je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi » (Jn 6.36).
Choisissons de le croire, et de lui faire confiance en toutes choses.

Amen.


Prière de consécration.

Seigneur Jésus,
je viens vers toi, totalement.
Apprends moi à relativiser
Relativiser l'importance de tout ce à quoi je tiens
Parfois à l'excès
Relativiser ma propre importance
Apprends moi à te faire confiance
A te laisser prendre soin de mes proches, prendre soin de moi
Toi tu sais ce dont nous avons besoin
Je viens à toi, totalement
Viens à mon secours dans ta grâce
Amen




1L. Basset, Aimer sans dévorer