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Vous y trouverez le texte de mes prédications.
Ces textes sont livrés presque "brut de décoffrage" aussi : soyez indulgents ! Ils sont souvent circonstanciels, sans grande prétention théologique.
Mon souhait est simplement qu'ils puissent alimenter, même modestement, votre méditation de la Bible et qu'ils attisent votre appétit de cette Parole vivante, inépuisable, que Dieu adresse à chacun d'entre nous.

dimanche 25 janvier 2015

prédication du 25 janvier 2015



Prédication du 25.01.15

Matthieu 6.5-8
La prière, une entrée dans l'intimité du Père



Il faut l'avouer, prier n'est pas si facile.

Prier vraiment, devrais-je dire.

C'est paradoxal, car il y a peu de choses qui soient aussi universelles que la prière - toutes les religions ont leur forme, leur compréhension de la chose, leurs traditions.
Et si la plupart des religions enseignent à leur fidèles comment prier - précisant la position, les paroles à prononcer, le nombre de fois... aussi surprenant que cela puisse paraître, il y a peu d'enseignements sur tout cela dans la Bible.
Du moins jusqu'à la venue de Jésus.

Dans le sermon sur la montagne, en effet, le Seigneur dit en quelques mots l'essentiel à savoir pour prier vraiment.

Cet enseignement, souvent lu dans les églises, mérite une méditation régulière.

C'est à quoi je vous invite ce matin, nous lirons en Matthieu 6.5-8.

Lecture

5 Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui se plaisent à prier debout dans les synagogues et aux coins des grandes rues, pour se montrer aux gens. Amen, je vous le dis, ils tiennent là leur récompense. 6 Mais toi, quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.
7 En priant, ne multipliez pas les paroles, comme les non-Juifs, qui s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. 8 Ne faites pas comme eux, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez.


Ce passage se situe juste avant le « Notre Père ». Jésus s'adresse à des gens pour qui la prière fait partie de la vie, même sociale. Mais ces juifs pieux, certainement, appliqués à suivre fidèlement la loi de Moïse, Jésus est venu les amener plus loin, vers une prière qui glorifie vraiment Dieu.
Et pour cela, il commence par leur dire ce que la prière n'est pas : « ne soyez pas comme les hypocrites » qui aiment prier ostensiblement devant tout le monde, pour qu'on les voie. Ne multipliez pas les paroles, ne répétez pas sans les penser vraiment des formules toutes faites, ou des incantations. Ce sont là finalement deux travers que tout le monde peut avoir !
Si Jésus commence ainsi par pointer du doigt des dérives fréquentes, c'est pour dire quelque chose de très important : la prière, en réalité, est plus qu'un acte, que des paroles, même justes et sincères, même inspirées par une sagesse millénaire - elle est relation vivante avec le Dieu vivant. C'est la disposition de cœur que Dieu honore, avant le contenu des paroles elles-mêmes.
Et si vous voulez entrer vraiment en relation avec ce Dieu par la prière, dit Jésus, il vous faut aller au delà de la forme, et sortir de tout cela pour vous tourner entièrement vers Dieu. En cela, la prière est un déplacement vers Dieu.

Dans ce déplacement il y a des obstacles, que nous allons évoquer rapidement, avec le moyen de les surmonter. Mais, dit Jésus, le Père vous appelle et vous attend. Et sa présence est le seul but, et la plus grande récompense de la prière.
Parcourons ensemble ces trois étapes.
D'abord, nous dit Jésus ici, la prière est un déplacement vers Dieu.
« Toi, quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret ».
Il faut mesurer quelle mise en garde ces mots contiennent.
Les prières dans les synagogues étaient conduites par un membre qui restait debout devant l'assemblée ; une invitation à conduire la prière était donc un signe de considération, de respect. C'était valorisant pour l'ego. De même pour la prière de l'après-midi, qu'on pouvait s'arranger pour faire aux endroits bien passants, histoire d'être bien vus de tous !
Le danger alors n'est-il pas d'oublier qu'on s'adresse à Dieu, et de rester centré sur soi ? On prie pour exister sous le regard des autres, ou sous notre propre regard - mais plus sous celui de Dieu. Notre piété évangélique n'est pas à l'abri non plus de ce genre de choses, qu'on peut faire inconsciemment.
Mais Jésus demande de s'éloigner de tout cela : quand tu pries, déplace-toi, laisse-toi déplacer, sors de cet univers de paraître dans lequel tu es en contrôle, en maîtrise, pour venir près de Dieu, dans ta fragilité.
« Quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée »... Certes, le conseil est de bon sens : pour prier, bien sûr, il vaut mieux être au calme, pour ne pas être distrait. Trouver un lieu dans lequel on est bien, un lieu paisible, spécialement dédié à la prière - ce n'est pas très « protestant », peut-être, mais c'est bénéfique ! Sans écrans, sans distractions ! Il suffit juste parfois de tourner le fauteuil de son bureau dans une direction particulière, ou un coin du canapé le matin, un coin de table de cuisine... Dieu est partout, bien sûr.
Cependant Jésus ici fait explicitement allusion à une pièce qu'on trouvait dans la plupart des maisons de l'époque, une pièce souvent sans fenêtres et qui était la seule à fermer à clé. On y mettait ce qu'on avait de plus précieux.
Une façon de dire aussi qu'entrer dans la présence de Dieu, cela se vit au cœur de la vie, et qu'il faut s'y préparer, en quelque sorte - un peu comme on se prépare à un rendez-vous, auquel on se rend dans une certaine disposition de cœur.
Jésus lui-même a donné l'exemple. Il éprouvait régulièrement le besoin de partir seul dans la montagne, pour prier intensément. Bien sûr le silence du recueillement en soi ne suffit pas. Aujourd'hui, beaucoup de gens méditent, font silence, etc. sans aucune recherche du Père Celeste. Le souci de Jésus ici est surtout d'amener à une vraie prière qui s'oppose aux pratiques superficielles.
Prier donc implique de se déplacer physiquement parfois, pour mieux être déplacé intérieurement vers Dieu. Détourner les yeux de nous-mêmes et de nos occupations et préoccupations pour regarder vers Dieu. La Bible utilise des expressions variées pour dire cela : « aspirer » à la présence de Dieu, « chercher sa face », « entrer dans sa présence ». « Se mettre à l'écart », comme on le fait pour souffler un peu au milieu de trop d'activités.
La volonté tout entière tournée vers le Père.
Un grand homme de foi du Moyen-Age disait ainsi : « prier, c'est se transporter soi-même dans le cœur et la volonté du Père »1.
Ca fait envie, n'est-ce pas ? Et pourtant nous savons bien que ce n'est pas facile à mettre en pratique, et que de nombreux obstacles peuvent entraver ce déplacement vers Dieu. Une fois la porte fermée, le plus difficile... c'est de prier !
D'abord parce que nous pouvons avoir du mal à discipliner notre cerveau, et le premier obstacle à la prière ce sont nos pensées vagabondes. « Tiens, il faut que je pense à acheter du jambon »... « Génial, qu'est-ce que je suis spirituel ! J'ai fait des progrès quand même, avant je n'arrivais pas comme ça à me lever à 6h du matin pour prier... ». Ou bien : « je dois faire ceci ou cela », « je dois dire tels mots... ».
« Ferme la porte », dit Jésus. Voilà un grand défi de la prière personnelle. Il faut délibérément laisser passer toutes ces pensées sans nous y arrêter, sans les laisser nous emporter avec elles - et penser à Dieu. Nous détourner de nous-mêmes pour le chercher, lui.
Nous sommes ainsi faits, nous pauvres humains limités, qu'un rien nous distrait de l'essentiel. En tant qu'enseignant, j'ai ainsi pu expérimenter la puissance dévastatrice d'une simple mouche qui se ballade en bourdonnant dans la classe - quelques millimètres cubes capables de pulvériser en un instant la belle explication de texte que vous avez eu tant de mal à préparer !
Mais c'est bien à nous, qui sommes faits de cette pâte-là, que Dieu s'adresse, pas à des surhommes. La prière est pour tous, elle est faite justement pour les gens les moins spirituels, pour qu'eux qu'ils cherchent sincèrement Dieu.

Une fois que nous sommes tournés vers Dieu, un autre obstacle peut se dresser, fait de fausses idées héritées, inconscientes, comme celle que nous aurions quelque chose à « faire » pour avoir droit à l'intimité de Dieu. Ces images d'un Dieu juge impitoyable, d'un Dieu distant et exigeant des sacrifices et des autoflagellations de notre part pour daigner nous accepter dans sa présence.
Et bien sûr, il y a la véritable culpabilité - quand le Saint-Esprit, activant en nous la connaissance de la Parole de Dieu, nous révèle un péché réel, qui nous sépare du Père. Comment alors nous approcher de Dieu si nos mains sont sales, notre conscience inquiète ?
Jésus ici nous indique le moyen : par la foi dans la grâce de Dieu, dans son pardon. Entrer dans la pièce le cœur vraiment repentant, confiant en ce Dieu qui pardonne.
Cette grâce est sous entendue dans ces paroles de Jésus : « quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte ».. Cette parole fait référence à un passage d'Esaïe (26.20), une allusion qui n'a pas dû échapper aux auditeurs de l'époque, tant la connaissance de l'Ecriture était poussée. Jésus cite Esaïe : « Va mon peuple, entre dans les chambres, et ferme tes portes derrière toi ».
« La référence est riche de sens, dit H. Blocher. Le prophète annonce le passage du jugement et la grâce que Dieu fera prévaloir pour les siens, à travers ce jugement. Il évoque le première Pâque, Israël sauvé du fléau en entrant dans ses chambres, couvert par le sang de l'agneau, badigeonné sur le linteau des portes »2.
En somme, Jésus dit ici : oui, tu mérites le jugement, mais à cause de la grâce de Dieu, « sous couvert du sang de l'agneau » càd de mon sacrifice pour tes péchés, tu ne seras pas rejeté. Au contraire, tu as le droit d'entrer dans l'intimité du Père. L'accès t'est ouvert, sans limites, pour peu que tu reconnaisses tes fautes et acceptes le pardon de Dieu ».

C'est cela, prier « au nom de Jésus » - avec son autorisation. Rien ne peut plus nous faire obstacle.
Le but de la prière : un cœur à cœur avec Dieu
Et cela nous amène au but de la prière : l'entrée dans la présence même de Dieu.
« Ton Père est là, dans le secret », dit Jésus. C'est donc d'abord une promesse, que Dieu a faite depuis longtemps à son peuple : « je me laisserai trouver par vous » (Jérémie 29.14).

Dans ce lieu secret, Dieu nous devance, nous attend et nous appelle.
Est-ce que nous avons conscience ainsi que notre prière n'est qu'une réponse à celle de Dieu, qui nous prie le premier d'entrer ? L'histoire d'Israël est ponctuée de ces appels déchirants de Dieu qui supplie son peuple de revenir à lui, car tout est pardonné, car un nouveau départ est possible.
« Ton Père est là ».
« Ton Père qui est dans le secret », dit Jésus, exprimant aussi cette intimité. Dans la prière, je me place devant celui qui me connait parfaitement. Voilà pourquoi il est inutile de multiplier les paroles (le mot grec évoque un « bavardage inutile », un « babillage ») : verset 8 : « votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous lui demandiez ».
Surprenant, non ? Mais alors... pourquoi prier si Dieu sait déjà tout ? Parce que prier, c'est plus que faire sa liste de courses à Dieu. N'a-t'on pas terriblement tendance à limiter la prière à cela ? L'expression de nos craintes, de nos problèmes, de nos désirs - « Seigneur, si tu pouvais me donner ce que mon cœur désire... et de préférence le modèle avec 4G intégrée... ».
En provoquant un peu, on peut dire que ce type de prière n'est pas vraiment différent de celui des païens ! En tout cas, Jésus le dit : « ne soyez pas comme les païens » - des gens pour qui les rapports au divin se limitent à des requêtes. Des prières sans déplacement, centrées sur soi - mes besoins, mes envies...

Mais... est-ce qu'on n'a pas le droit, comme on dit, de « remettre à Dieu » nos problèmes ? Si, bien sûr. Dieu est un Père qui prend soin de ses enfants, et il est patient, indulgent. Mais ce n'est qu'un premier pas vers lui. La vraie réponse à nos besoins, ce n'est pas les délivrances que Dieu voudra bien nous accorder, les consolations qu'il nous donnera par son Esprit - c'est Lui. C'est sa simple présence. C'est être avec lui, dans la communion d'un enfant avec son père.
Si quelqu'un vous dit « tu es vraiment mon meilleur ami », et qu'il ne vient vous trouver que pour vous demander des services, sans jamais vous écouter, sans prendre de temps avec vous... que pensez-vous de sa soi-disant amitié ?

Quand on aime quelqu'un, on veut juste être avec lui, ça suffit. Pas forcément besoin de parler. On a confiance, on est bien ensemble.

Le Père céleste nous offre cela, il l'attend.
Et il nous l'offre par son Esprit. C'est le dernier point de cette méditation.
« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » : ce Dieu qui nous appelle et nous attend nous attire aussi à lui, par le Saint Esprit.
Parfois on n'ose pas prier parce qu'on ne sait pas trop quoi dire. Certes en fréquentant une église on apprend vite les formules qui vont bien, et parfois elles sont une aide précieuse, un support pour commencer. Les Psaumes nous donnent aussi des mots pour nous adresser à Dieu. Mais pas besoin de parler non plus, redisons-le.
On peut déjà, dans un premier temps, se placer devant Dieu dans le silence, se concentrer sur qui il est, et qui nous sommes devant lui. De « qui » à « qui », dit la tradition chrétienne. Et le louer, l'adorer - « Seigneur, tu es grand...».
En outre, quel que soit notre état intérieur, Dieu nous promet l'aide de son Esprit.
L'apôtre Paul dit ainsi en Romains 8.26-27 : « l'Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il convient de demander dans nos prières. Mais l'Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les cœurs sait à quoi tend l'Esprit : c'est selon Dieu qu'il intercède en faveur des saints ».

Voilà jusqu'où va la grâce de ce Dieu qui nous porte dans son amour : quand nous nous tournons vers Lui, sincèrement par la foi, c'est Jésus lui-même qui prie en nous, par son Esprit, afin que nous puissions entrer plus profondément dans la communion avec le Père !

Conclusion :
Tel est donc le chemin que Jésus nous invite à suivre ici. En somme, il nous invite ici à passer de la religiosité à une foi vivante dans le Dieu vivant. Selon la formule de Marion Muller-Colard, « d'une religion de système - système d'idées irrationnelles construit juste pour nous rassurer - d'une croyance un peu floue, héritée de nos parents peut-être, ou un un peu perdue de vue - passer donc d'un rapport à Dieu un peu vague à une foi de relation »3 - relation personnelle, relation vivante avec le Dieu vivant, qui nous accueille par grâce, sans que nous méritions quoi que ce soit.
Déjà, Jésus ici annonce l'Evangile, qui est la Bonne Nouvelle que non seulement Dieu nous cherche, mais qu'en plus il nous ouvre lui-même l'accès à sa présence, par la foi en Jésus. Il efface lui-même les péchés qui nous séparent de lui, il enlève les cailloux sur le chemin. Par son Esprit, il appelle nos cœurs, il nous donne les mots, nous inspire les prières...

Quel amour ! « Le Père est là, dans le secret ».
Qu'attendons-nous pour le rejoindre, avec confiance ?
Que nous puissions persévérer dans la prière, tenir ferme et nous rendre avec joie à ce RDV avec Dieu et avec Sa Parole, afin que sa présence irradie nos journées, et qu'ainsi son amour nous remplisse, remplisse nos vies, et déborde sur les autres autour de nous.
Prière :
Père Céleste,
Tu m'invites auprès de toi, en Jésus.
C'est bien par lui que j'ai accès à toi, dans la prière, ô Eternel.
Non seulement grâce à sa Parole de vie, mais aussi par sa mort.
J'en prends encore conscience, aujourd'hui.
Sois loué pour ce cadeau extraordinaire que tu nous fais.

Dans le nom de ton Fils.


Amen.


1 S. Eck, Initiation à Jean Tauler, p.70, le Cerf
2 H. Blocher, in Jésus au quotidien, LLB, 42e jour.
3 Marion Muller-Colard, L'Autre Dieu, p. 66-67

dimanche 4 janvier 2015

Prédication – dimanche 4 janvier 2015


Luc 14 : 25-27

Texte et questions pour la réflexion et la discussion


25De grandes foules faisaient route avec lui. Il se retourna et leur dit : 

26Si quelqu'un vient à moi et ne déteste pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27Et quiconque ne porte pas sa croix pour venir à ma suite ne peut être mon disciple.

- Comment comprendre le verset 26 ? Dieu veut-il qu'on abandonne notre famille ? Quelle doit être notre attitude par rapport à elle ? 

- Que signifie être disciple aujourd'hui ? Quels changements de comportement cela implique-t'il ? Quels conflits possibles, avec la famille, les proches ? 
Vivez vous de telles situations ? Quelle est alors la voie que Dieu vous demande de suivre ? 

Prédication : 

Se détacher pour mieux aimer



Après cette période des fêtes pendant laquelle des familles se sont retrouvées, avec tout le doigté que cela demande souvent pour que les choses se passent bien... le texte d'aujourd'hui risque de sonner un peu comme une provocation !
Car en ce début d'année, je vous invite à nous pencher sur l'un des discours de Jésus tel que l'évangile de Luc les rapporte, au chapitre 14 : 25-27. C'est un discours dans lequel Jésus demande... de détester son père, sa mère, ses enfants, ses frères et ses sœurs !
Bien sûr, dit comme ça, le propos a de quoi choquer. En réalité, il s'agit de tout autre chose, et c'est ce que je vous invite à voir ensemble.

Lecture Luc 14 : 25-33

Voilà comment Jésus s'adressait aux « grandes foules » qui venaient l'écouter, des foules attirées par son rayonnement, sa célébrité... et à qui il impose de sévères conditions pour le suivre, comme s'il voulait repousser au lieu d'inviter ! Reconnaissez qu'on est loin du discours de séduction !
Ce sont des paroles dures, qui peuvent surprendre par leur apparente contradiction avec le reste de l'enseignement biblique. « Si quelqu'un ne hait pas... ». Jésus n'a-t'il pas demandé au contraire d'aimer son prochain comme soi-même ?!
Et ici, le voilà qui pose cette condition étonnante pour devenir son disciple – il faut « haïr » - et qui insiste sur la difficulté, sur l'importance de la décision et ses conséquences non négligeables. « Si quelqu'un ne porte pas sa croix... »... comment comprendre ces paroles, et leur radicalité ?

Face à Jésus, la foule est assez hétéroclite. Il y a pas mal de curieux, et peu de gens véritablement en recherche de Dieu.
Aussi, Jésus va tenir des propos très radicaux déjà pour faire comprendre d'emblée à tous qu'il apporte autre chose, qui est plus qu'une sagesse ou un enseignement religieux, quelque chose de plus grand qui implique donc une rupture avec la vie ordinaire.
Jésus veut éviter qu'on ne le prenne à la légère, comme si la vie qu'il apporte pouvait être « utilisée » juste pour améliorer un peu la vie présente. Vouloir suivre Jésus ainsi, de façon superficielle, c'est passer à côté des choses, et Jésus ne veut pas cela.

C'est pour cela qu'il annonce clairement les choses : pour le suivre, un choix net va être nécessaire. Il faudra abandonner certaines choses. Et ceux qui le suivront devront le suivre jusqu'au bout.

Un choix net. En somme, Jésus pose ici la question de ce qui compte le plus : Dieu... ou notre famille ? Dieu... ou nous mêmes ?

Ce qui compte le plus. Ce qu'on préfére. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre le mot « haïr » ici. Nous pouvons donc être rassurés !
Le terme grec traduit ainsi est souvent employé dans le sens « d'aimer moins ». En Matthieu 10 : 29, il est dit par exemple « celui qui aime plus que moi ... ». La bible du Semeur traduit : « si quelqu'un n'est pas prêt à renoncer à son père... » Luc a gardé la formulation la plus choquante probablement pour interpeller le lecteur – et avouez que ça marche !
Mais jamais Jésus ne demande de détester les autres.

C'est vraiment cette idée d'un choix, d'une priorité qu'exprime Jésus ici. Pour le suivre, il faut être prêt à placer la relation avec lui avant les autres relations, avant tout le reste. Il faut relativiser les autres engagements que nous avons par rapport à celui-ci, le plus important de tous.

Difficile ?! Certainement. Voilà pourquoi Jésus, qui souhaite des disciples qui le suivent de tout leur cœur, les met en en garde : attention, réfléchissez bien : si mon enseignement vous interpelle, s'il vous semble attractif, et que vous voulez me suivre, vous ne pourrez pas le faire du bout des lèvres. Il faudra vous engager totalement. Etes-vous prêts à cela ?

Et en ce début d'année, la question nous est posée, à nous aussi : sommes-nous prêts à faire, ou refaire, ce choix clair de suivre Jésus ?

Interrogeons-nous, pour que notre engagement reste un engagement sincère.

Préférer, donc, plutôt que détester... d'accord. Mais quand même, on peut s'interroger : pourquoi être si radical ? Est-ce qu'on ne peut pas suivre Jésus sans aller si loin ?

Par cette formule, Jésus ne prêche pas l'ascèse, c'est à dire le renoncement à tout bien terrestre. Si on considère l'ensemble de son enseignement, cela apparaît clairement. Mais dans le fond, la demi mesure n'est pas possible, parce que pour être sauvé- c'est à dire pour entrer dans la vie avec Dieu, il faut sortir complètement de ce qui nous fait mourir. Trancher est parfois nécessaire. D'ailleurs Jésus dit ailleurs que si notre œil nous fait tomber dans le péché, il vaut mieux l'arracher et entrer borgne dans la vie éternelle !!

C'est un fait, si nous voulons vivre une relation en profondeur avec lui, et tenir bon face à toutes les situations où nous serons tiraillés, secoués, tentés... un choix clair est nécessaire.

D'autant que ce qui est en jeu ici, c'est notre avancée dans la vie nouvelle avec Jésus.
Pour entrer vraiment dans cette vie centrée sur l'amour, un détachement est nécessaire. Il nous faut nous détacher de certaines choses qui nous retiennent.

En premier lieu, nous détacher de nous-mêmes. Jésus parle ainsi de « haïr sa propre vie » et de « porter sa croix ». L'entrée dans le Royaume de Dieu est à ce prix.

Attention de bien comprendre ces paroles ! Il ne s'agit pas bien sûr de se martyriser, de se faire du mal ou de chercher la souffrance, loin de là. A Jérusalem certains refont le chemin de croix et se martyrisent !! L'Ecriture nous demande au contraire de prendre soin de nos corps. L'idée là encore est celle de la priorité : se haïr soi même, c'est ne plus aimer notre vie égocentrique, ne plus lui donner la première place. C'est accepter de mettre l'amour de Christ avant notre propre volonté, notre propre ego, nos biens ; c'est être prêt à renoncer à nos propres désirs et projets, nos petites fiertés, nos petits pouvoirs... en faveur de l'accomplissement de la Parole de Dieu.
En somme, ne plus vivre centrés sur nous-mêmes, mais nous ouvrir à Christ.
Sortir de notre sentier, qui ne mène qu'à la mort, pour entrer sur celui de Jésus, qui nous conduit vers la vie éternelle.

Et comment quitter notre propre chemin, si trop de choses nous lient ?

Détester ici, c'est donc se détacher - de ses proches, de sa propre vie. Jésus parle aussi ailleurs de l'attachement à l'argent, au pouvoir, au confort.. On pourrait dire : relativiser tous les autres liens qui entraveraient cette marche avec lui.

Relativiser, remettre à leur juste place... cela ne veut pas dire « couper les ponts ». Par exemple, Jésus n'est pas un chef de secte qui amènerait ses fidèles à se couper de leur famille.

Mais bien sûr, la famille est un des lieux où les liens sont les plus forts, et souvent les plus déterminants; les attentes, les projections sont souvent énormes, et rendent le positionnement personnel plus difficile. « On choisit ses copains mais rarement sa famille... », vous connaissez la chanson. Parfois ces liens seront un obstacle à la foi.
Bien sûr, Jésus pense d'abord aux situations de conflit, pour ceux qui voudront le suivre et se mettront ainsi en porte à faux avec la tradition religieuse de leur famille, par exemple.
Plusieurs parmi nous peuvent témoigner de ces situations douloureuses où l'on doit choisir entre Christ et sa famille, jusqu'à fuir parfois celle-ci. C'est le cas dans les milieux ou les pays musulmans, mais pas seulement.

Il faut se souvenir que Jésus lui-même a du faire ce travail de détachement. Il a vécu l'essentiel de sa vie en restant sur les rails familiaux, reprenant l'entreprise familiale. Un juif pieux de Nazareth, bien ancré dans son village, sa culture, ses traditions religieuses.
Et lorsque, à l'âge où l'on a déjà bien construit sa vie, il sort de Nazareth et commence son ministère, sa famille ne comprend pas. Marc dit en 3.21 : « les gens de sa parenté sortirent pour se saisir de lui, car ils disaient ; il a perdu la raison » !

Mais sans aller jusqu'à des situations de rupture aussi extrêmes, le désir de suivre Christ peut nous amener à des tensions plus légeres avec notre famille.
La peur des conflits peut alors nous amener à des compromis qui nous étouffent, et qui sont malsains pour tout le monde.

Là encore, il s'agit plutôt de prendre du recul, de la distance.

La théologienne Litta Bassett écrit à ce propos : « Tel est toujours l'enjeu essentiel : se séparer au sens de se différencier, de se rendre in-dépendant. On peut rester fortuné ou cultiver d'intenses relations familiales, pourvu que ces biens – matériels, affectifs – ne deviennent pas la seule raison de vivre ; c'est l'antidote au fameux « mon enfant, mon conjoint, ma mère, mon père, est tout pour moi » »1.

Et elle ajoute que cette prise de distance par rapport à nos proches est la seule condition pour que l'amour véritable puisse grandir entre les autres et nous.
Voilà un dernier enseignement, fort : paradoxalement, Jésus demande de « détester » pour nous aider... à aimer.
Il demande de se détacher de ce que nous aimons... pour mieux l'aimer ! C'est à dire pour l'aimer plus sainement.

En effet, les disciples de Christ sont appelés à aimer d'un amour intense, que ce soit l'amour conjugal, paternel, maternel, filial...
Or cet amour a besoin de liberté pour grandir.
Et si nous sommes trop attachés à nos proches, trop fusionnels, si nous investissons trop sur eux - nous risquons de les étouffer ! Et au final, est-ce que ce n'est pas encore notre moi que nous servons, en croyant aimer ?
On peut penser à ces graines de champion que leurs parents poussent à l'excellence, parfois pour réaliser à travers eux ce qu'ils ont eux mêmes échoué.

Trop d'inquiétude, trop de souci pour nos proches risquent aussi de nuire à leur épanouissement. …
A trop vouloir la conversion de nos enfants - pour leur bien ! - n'allons nous pas les braquer ?
L'amour fait confiance, et il nous sera impossible de lâcher cela... si nous ne faisons pas confiance à Jésus pour le faire à notre place.
Ainsi, là encore, nous devons préférer Jésus en le laissant prendre soin de ceux que nous aimons. Lui seul, Dieu tout puissant, peut veiller vraiment sur eux. Nous détacher ainsi de nos proches pour les remettre à Dieu est une démarche saine et libératrice, et il y a de cela, aussi, derrière le « détester » de Luc 14.

Une démarche libératrice. Oui, l'amour a besoin de cette liberté pour grandir, s'épanouir, une liberté que nos attachements excessifs aux choses, à un mode de vie, à des personnes... limitent facilement. Une liberté que la peur bride - peur que nos enfants « dérivent » loin des choses de la foi... peur du changement … peur d'évoquer les questions difficiles de la foi, comme celle de la souffrance ou de l'évolution... peur de la philosophie, de la psychologie qui pourraient « détourner de Dieu »... Chaque milieu a des bêtes noires !

N'ayons pas peur, comptons sur la grâce. C'est pour cela que nous devons nous détacher, pour laisser à ceux que nous aimons le loisir de suivre leur propre chemin, en ne comptant que sur la grâce de Dieu pour les accompagner. Sinon, quelle conception de la foi auront-ils ? Une foi qui n'ose pas réfléchir. Une foi qui repose sur la peur et la méfiance. On croit en Dieu pour qu'il nous protège du risque, on croit en lui comme on croit dans une assurance ou une porte blindée.
Mais tout cela étouffe l'amour.
La peur a souvent empêché les disciples de suivre Jésus - surtout au moment de la crucifixion. Si nous avons trop peur pour nos proches, pour nous-mêmes... notre amour va s'étouffer. Il nous faut les « mettre à distance »... et les confier à Dieu. Nous confier à Dieu aussi.

Est-ce que nous comprenons maintenant que ces exigences que Jésus pose ne sont pas des règles qui enferment, mais la condition pour que notre engagement soit libre, sans pression ? Pour que l'amour entre lui et nous soit sincère et profond ?

Soyons-en assurés, Jésus veut par dessus tout nous bénir, et bénir nos familles. Mais pour cela il est nécessaire que nous lui laissions la première place, pour qu'il puisse investir notre vie, et la transformer en profondeur. Pour que le souffle de l'Esprit puisse circuler dans nos relations, que les choses, les gens, les rêves... prennent leur juste place devant Dieu, la place qui leur revient - sans excès d'attachement ou de détachement.
Alors, sommes-nous prêts à lui dire « oui », au seuil de cette nouvelle année ? Sommes-nous prêts à faire ce choix de Dieu avant tout, à le placer comme choix principal, comme ligne directrice de notre vie ?
Que nous-mêmes nous puissions nous donner entièrement à ce Dieu qui se donne le premier, sans condition.
Et si nous nous sentons bloqués dans ce domaine, disons lui, simplement. Et demandons lui l'éclairage de son Esprit pour nous aider.
Car le même Jésus qui pose aussi ces conditions a dit aussi : « je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi » (Jn 6.36).
Choisissons de le croire, et de lui faire confiance en toutes choses.

Amen.


Prière de consécration.

Seigneur Jésus,
je viens vers toi, totalement.
Apprends moi à relativiser
Relativiser l'importance de tout ce à quoi je tiens
Parfois à l'excès
Relativiser ma propre importance
Apprends moi à te faire confiance
A te laisser prendre soin de mes proches, prendre soin de moi
Toi tu sais ce dont nous avons besoin
Je viens à toi, totalement
Viens à mon secours dans ta grâce
Amen




1L. Basset, Aimer sans dévorer

mercredi 24 décembre 2014

predication du dimanche 21 décembre 2014 - Luc 1. 46-55



Texte et questions pour la réflexion et la discussion 

39En ces jours-là, Marie partit en hâte vers la région montagneuse et se rendit dans une ville de Juda. 40Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. 41Dès qu'Elisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son ventre. Elisabeth fut remplie d'Esprit saint 42et cria :Bénie sois-tu entre les femmes,et béni soit le fruit de ton ventre !43Comment m'est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne me voir ? 44Car dès que ta salutation a retenti à mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse dans mon ventre. 45Heureuse celle qui a cru, car ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s'accomplira !

L'hymne de Marie46Et Marie dit :Je magnifie le Seigneur,47je suis transportée d'allégresse en Dieu, mon Sauveur,48parce qu'il a porté les regards sur l'abaissement de son esclave.Désormais, en effet, chaque génération me dira heureuse,49parce que le Puissant a fait pour moi de grandes choses.Son nom est sacré,50et sa compassion s'étend de génération en générationsur ceux qui le craignent.51Il a déployé le pouvoir de son bras ;il a dispersé ceux qui avaient des pensées orgueilleuses,52il a fait descendre les puissants de leurs trônes,élevé les humbles,53rassasié de biens les affamés,renvoyé les riches les mains vides.54Il a secouru Israël, son serviteur,et il s'est souvenu de sa compassion55— comme il l'avait dit à nos pères —envers Abraham et sa descendance, pour toujours.56Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois. Puis elle retourna chez elle.

(un canevas d'étude existe pour ce texte dans le livre : Efferv'essence. Section 4. p.38. Les questions ci-dessous en sont inspirées).

- Essayez de vous mettre un instant à la place de Marie : jeune fille fiancée... des projets d'avenir. Réfléchissez à tout ce que cette grossesse va changer dans sa vie !Dans quelle attitude accueille-t'elle les promesses de Dieu v. 45 ?
Qu'est-ce qui fait naître la louange de Marie ?
v.50-55 : chaque phrase correspond à une action de Dieu : dégagez de ce passage 6 aspects du caractère de Dieu.
Bilan : qu'est-ce qui inspire la joie de Marie ici ?

Application :- Comment réagissons-nous devant l'imprévu ?- Nous est-il déjà arrivé d'être placés, sans l'avoir anticipé, devant une responsabilité à assumer par obéissance à Dieu (ex. accueillir quelqu'un qui a besoin d'aide...) ?
- Quelle est la place de la louange dans ma vie chrétienne ? Comment est-ce que je vis la louange ? M'arrive-t'il de louer Dieu dans un culte personnel ?- Pour quels sujets pourrais-je louer Dieu en ce moment ?





Prédication 


Le magnificat : entrer dans la joie de Dieu


Je voudrais ce matin donner la parole à une croyante que nous connaissons bien, sans vraiment la connaître peut-être. Un indice : elle domine la ville de Lyon. C’est quelqu’un dont l’image s’affiche un peu partout, jusque dans les endroits les plus reculés, les plus improbables, et on la met souvent sur un piédestal, on l’imagine couverte d’or, ce qui ne correspond pourtant pas à sa vraie personnalité...Vous l’avez sans doute deviné, il s’agit de Marie, mère de Jésus.
Habitants de Lyon, ville du Primat des Gaules et des célébrations du 8 décembre, vous pouvez vous détendre. Loin de moi l’idée d’engager ici une polémique sur ce personnage capital, et pourtant si discret.En cette veille de Noël, je vous invite simplement à lire et méditer ensemble le cantique magnifique que Marie fait monter vers Dieu, au début de sa grossesse. C'est un passage qu'on a appelé justement le « Magnificat » : en Latin, « je chante la grandeur de Dieu ». Marie y exprime sa joie, une joie dans laquelle nous sommes invités à entrer, nous aussi.
Je vous invite à la lecture, dans l'évangile de Luc, chap. 1, v. 26

Lecture
Est-il besoin de rappeler le contexte ? Un jour, un ange apparaît à Marie, une très jeune fille fiancée à un charpentier nommé Joseph. La nouvelle que l'ange lui annonce dépasse l'entendement : elle va être enceinte sans avoir eu de relations sexuelles, par l'action de Dieu lui-même, et portera le Fils de Dieu, le Messie tant attendu par Israël !Suite à cette nouvelle bouleversante, Marie part chez sa parente Élisabeth qui, inspirée par le Saint Esprit, lui confirme son élection : v. 43Et cette parole déclenche cet hymne de joie magnifique de la part de Marie. « Je magnifie le Seigneur » (v.46). Un hymne qui est devenu un modèle.

Magnificat :  « Je magnifie le Seigneur ». On a dit justement que l'évangile de Luc était l'évangile de la joie. Et cette joie éclate partout dans tout ce premier chapitre : dans la bouche de Zacharie juste avant, dans celle d'Elisabeth aussi. Et dans le chant de Marie, ici. Un commentateur s'écrie même : « splendide, le fleuve de joie qui traverse ce psaume ! ». « Je magnifie le Seigneur ». Mais d’où vient cette joie de Marie ?C'est Elisabeth, au v. 45, qui donne la réponse : « Heureuse celle qui a cru ». La joie de Marie vient tout entière de sa foi, de sa confiance en Dieu qui lui a envoyé cet enfant.

Se réjouir d'attendre un enfant, facile ? Par forcément dans ce cas précis. Après tout, cette grossesse inattendue aurait de quoi déstabiliser. Marie avait sans doute des projets de vie, une idée de ce qu’elle voulait faire... et la voilà enceinte, si jeune, et d’une façon unique dans l’histoire de l’humanité, et si mystérieuse. Cela pouvait avoir de quoi l’inquiéter. Et le regard des autres – sa famille ? Et sa place dans la société ? Et Joseph ? L'Evangile de Matthieu nous le montre prêt à rompre avec elle à cause de cette grossesse dont il ne sait pas où elle sort !Et pourtant, c’est quand même la joie que Marie exprime, sous l'action du St Esprit. « Je magnifie le Seigneur, je suis transportée d'allégresse en Dieu, mon Sauveur, » .
Le mot grec traduit par « allégresse » ici a le sens très fort d'exulter.Qui n’a pas envie d’être heureux comme cela, d’être rempli d’une telle joie ? Nous sommes si tristes, nous français, si souvent. Et elle, jeune israélite pauvre, fille mère menacée de perdre son fiancé, d'être mise au ban de la société, elle éclate d’allégresse ! Où est la clé ?
La voici, donnée par Elisabeth : « heureuse celle qui a cru ». Pour nous, Marie est un exemple de foi. Marie qui se souvient des promesses de Dieu, qui les voit s'accomplir, qui accepte d'être choisie par Dieu et de participer à son plan mystérieux, qui accepte de porter les œuvres de Dieu - Marie qui entre ainsi dans la joie de Dieu. Et sans rien nier de nos convictions de bons protestants, nous pouvons aussi reconnaître que cette jeune fille, par sa foi, nous montre aussi le chemin pour entrer à notre tour dans cette joie.
Parcourons-le ensemble.


Tout d'abord, ce chemin passe par une connaissance du passé : connaissance des actions passées de Dieu pour son peuple, racontées dans la Bible, et de ses promesses.
C'est ainsi, qu'en jeune juive fervente, Marie connaissait bien les prophéties faites autrefois à son peuple. Comme les juifs pieux de son temps, elle connaissait sans doute par coeur des passages entiers de l'Ancien Testament, ce qui entretenait en elle l'espérance de la venue du Messie. On remarque d'ailleurs que dans sa famille, tout le monde porte un nom en lien avec cette attente : Zacharie signifie « Dieu se souvient », Elisabeth : « Dieu a promis » et leur fils Jean : « Dieu est grâce » ! ! A toute la famille, ils résument l'essentiel : Dieu, dans sa grâce, va tenir ses promesses.

Cette connaissance des textes sacrés lui permet de se rendre compte que Dieu est en train d'accomplir ses promesses ! Quelle joie ! Dans sa prière tissée de citations de l'Ancien Testament Marie évoque justement les prophéties qui s'accomplissent devant ses yeux : «comme il l'avait dit à nos pères, il s'est souvenu de sa compassion envers Abraham et sa descendance ». Ces mêmes textes bibliques donnent aussi à Marie les mots de sa prière, elle y puise la matière et la forme qui lui permet d’exprimer ce qu’elle a sur le cœur. Mais avant tout, elle y puise les raisons de se réjouir, car Dieu a tenu parole !! Toute sa vie, Marie restera cette femme de mémoire et de réflexion. D'abord elle a gardera toute sa vie dans son corps la marque de cette première grossesse extraordinaire. Et on la trouvera aussi plusieurs fois en train de « repasser dans son cœur » ce que Dieu aura fait, pour le méditer.
Que son exemple nous inspire ! Cela nous invite nous aussi à nourrir notre pensée de la Bible, et en même temps à prendre le temps de nous arrêter régulièrement, pour voir à la lumière de sa Parole ce que Dieu est en train d'accomplir, et le louer pour cela, comme le fait Marie. Sinon, nous pourrons avoir tendance à rester dans nos ornières. Seule la lecture de la Bible peut nous donner la hauteur nécessaire pour garder l'espérance. Elle nous donne le point de vue de Dieu sur les choses, c'est vital. Et de solides raisons de nous réjouir !

Mais continuons de parcourir le chemin. Nous y découvrons que la joie de Marie a une autre cause, qu'elle révèle aussi dans ce cantique : « je suis transportée d'allégresse en Dieu, mon Sauveur, parce qu'il a porté les regards sur l'abaissement de son esclave ».
Marie est heureuse aussi d’avoir été choisie, repérée par Dieu, pour participer à son oeuvre de salut.Pourquoi elle ? Bien sûr, le mystère ici est entier. Cela relève de la souveraineté de Dieu. Bien sûr, Marie appartient au peuple de Dieu, et il était nécessaire que le Messie appartînt au Peuple élu, et à la lignée de David (ici, par son père Joseph).
Mais c'est quand même une décision de pure grâce de la part de Dieu.
Et quelle belle surprise pour Marie ! Non seulement Dieu la connaît personnellement, il la connaît en profondeur jusque dans les recoins les plus intimes, il la connaît « par son nom » (« n'aie pas peur, Marie ») mais en plus il l’aime et veut son bien.
On voit aussi que Marie fait preuve d’une grande humilité devant Dieu, et cela lui permet d'être disponible à ce qu'il lui demande, et de s'en réjouir, parce qu'elle ne s'attendait pas à recevoir de l'honneur de sa part ! « Il a porté les regards sur l'abaissement de son esclave/sa servante », dit-elle.
Ce regard de grâce suffit à la réjouir ! Noël approche : qu'il est difficile de faire plaisir à un enfant trop gâté, comblé de toutes sortes de plaisirs électroniques, alimentaires, etc. !! Mais Marie fait partie de ceux qui ont « faim et soif de justice », et attendent tout du Seigneur. Consciemment ou non, c’est d’elle-même aussi qu’elle parle quand elle évoque cette catégorie de personnes simples qui sera « élevée » (v.52) ; ceux qui n’ont pas de pensées orgueilleuses.Ainsi, la Bible dit souvent que l'amour et la bonté de Dieu se révèlent d'abord chez les humbles, chez les opprimés et tous ceux qui « habitent les profondeurs »1. C’est un enseignement pour nous : Dieu ne s’approche, ne peut s’approcher que de celui qui est pauvre intérieurement, c’est-à-dire conscient de son vide, de son indignité. Conscient qu’il n’a rien à faire valoir. Quelqu’un qui attend de Dieu d’être rempli. Les v. 52 à 53 parlent ainsi de puissants que Dieu descend de leurs trônes, de riches renvoyés les mains vides... ainsi Dieu renvoie à vide ceux qui sont pleins d’eux-mêmes. Dieu ne se mérite pas, ne se conquiert pas. On ne peut s’élever vers lui ; au contraire, c’est lui qui « porte les regards sur l'abaissement de son esclave »/ sa servante. C'est lui qui déverse dans les cœurs assoiffés une joie qui ne dépend pas des circonstances.

De même chaque jour, des hommes sont renversés pour être ensuite relevés de la main de Dieu, ils sont vidés pour être remplis de Dieu lui-même. Peut-être faites-vous partie de ces gens-là ; sans doute certains d'entre nous auraient beaucoup à raconter dans ce domaine. Certes, dans un premier temps, être renversé ne réjouit personne ! Ce n'est qu'ensuite que l'on comprend que cela peut aussi nous conduire à la joie.
Cette joie d'être ainsi trouvé par Dieu, arrêté comme Paul sur le chemin de Damas et relevé par l'amour de Jésus. Cette joie d'avoir été trouvée par Dieu que ressent Marie.
Heureuse de voir les promesses de Dieu s'accomplir, heureuse de se savoir incluse dans ce beau plan de salut de Dieu qui la dépasse, heureuse aussi d'être choisie par Dieu, remarquée par Lui, aimée par Lui... Marie entre donc dans la joie du Seigneur.

Et la dernière chose que je voudrais souligner, c'est combien elle y entre de tout son cœur, en s'abandonnant totalement entre les mains de Dieu. C'est un « oui » massif qu'elle répond au Seigneur. Elle accepte totalement ce qu'il va lui faire vivre - et ce ne sera pas simple.

« Heureuse celle qui a cru ». C'est sans doute cette confiance profonde en Dieu qui est la source la plus profonde de son allégresse. Cette foi par laquelle elle comprend, déjà, qu'elle va produire les œuvres de Dieu, pour le salut de toute l’humanité !
Elisabeth l’appelle «  la mère de mon Seigneur » ! Sans rentrer dans des débats théologiques, on peut prendre l’expression, ici, dans son sens le plus simple : elle porte le Messie, le Fils de Dieu, pour le salut de l’humanité.Par la foi, elle le comprend,... et elle l'accepte, ce qui n'est pas évident pour les raisons invoquées tout à l'heure : fille mère en Palestine... c'est pas la joie... d'habitude ! Elle pèse les conséquences sociales, les conséquences dans sa relation avec Joseph... et dit « oui » à Dieu : « Qu’il m’advienne selon ta parole ».Et loin de subir cette situation provoquée par Dieu, elle se l’approprie, et la joie de ce Dieu qui va sauver son peuple devient la sienne.
Oui, Marie est « celle qui a cru ». Le v. 39 nous dit qu’elle se lève « avec zèle »/ « avec hâte ». « Se lever » signifie ici se mettre en marche selon le plan de Dieu, s’y engager à fond. Marie montre une adhésion totale, et pourtant, là aussi, ce n’est pas sans réfléchir qu’elle a obéi. A l’ange elle a posé des questions pertinentes : « comment cela se produira t-il, puisque je n’ai pas connu d’homme » ? Ce ne sont pas les paroles d’une jeune bergère naïve et illuminée qui penserait que les enfants naissent dans les choux, mais celles d’une jeune fille intelligente qui connaît la vie et qui se pose des questions de bon sens. Dieu ne condamne pas cela. Lorsqu’il nous appelle, il nous veut vrais, entiers, présents avec toutes nos capacités, quitte à discuter et prendre le temps de la réflexion pour mieux partir.
C'est donc de tout son cœur et avec toute son intelligence que Marie dit « oui » à Dieu, et qu'elle laisse la joie de Dieu entrer. « Je magnifie le Seigneur,
je suis transportée d'allégresse en Dieu, mon Sauveur,
parce qu'il a porté les regards sur l'abaissement de son esclave.
Désormais, en effet, chaque génération me dira heureuse,
parce que le Puissant a fait pour moi de grandes choses ».
On pourrait dire ainsi, pour finir, que Marie n'est pas la « magnifique », mais la « magnifiante », celle qui dit la grandeur de Dieu.
C'est beau de la voir se réjouir en espérance, sentant le bébé bouger dans son ventre, promesse d'une vie qui déjà grandit en elle. Elle est un modèle pour nous, qui avons tant de mal à accueillir les projets de Dieu dans nos vies bien réglées, tant de mal à laisser le Père céleste déployer sa puissance de vie dans la nôtre, pour ouvrir nos horizons pourtant si réduits souvent. Tant de mal à croire aux promesses de Dieu, que nous oublions de graver dans nos mémoires.
Marie nous invite à accueillir joyeusement ce que Dieu nous donne à vivre, dans la confiance. A apprendre à voir dans nos vies les promesses de vie qui viennent de Dieu.

Qu'en cette période des fêtes, en repassant dans notre cœur ce que Dieu a fait dans l'histoire de son peuple, de son Eglise, et dans la nôtre, nous puissions exulter de joie ! Et puiser l'espérance à sa source, dans la personne de Jésus-Christ ressuscité, lui qui veut naître en nous par son Esprit et y faire grandir sa vie, pour nous porter jusqu'après la mort, et dans l'éternité.

Qu'en méditant tout cela, nous puissions dire avec Marie : «  le Puissant a fait pour moi de grandes choses ». Et qu'en cette veille de Noël, nous puissions dire « oui » à la joie de Dieu !
1 H.Gollwitzer, Luc, la joie de Dieu. 



lundi 8 décembre 2014

Prédication du Dimanche 31 août 2014 : Actes 15 : 36 à 16 : 11


Actes 15 : 36 à 16 : 11 
Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher !


« Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher ! » ; « apprends-moi à faire ta volonté ».
Sans nul doute, ces mots de David, dans le psaume 143, doivent résonnent chez nombre d'entre nous, ce matin, en ce début d'année scolaire, la tête chargée de projets divers, de soucis aussi peut-être - tant de choix devant nous, tant de chemins.
Et si nous avons placé notre foi en Dieu, il est normal que nous cherchions, comme David, à faire sa volonté dans tous les domaines, à marcher sur les chemins qu'il a lui-même tracés.
Ainsi, c'est bien ce désir là, je crois, qui a conduit vendredi dernier, un certain nombre d'entre nous se sont retrouvés ici pour soirée de prière- se placer devant Dieu et lui demander de nous conduire pendant cette nouvelle année scolaire.
Mais au quotidien, les choses ne sont pas simples. Ainsi, un des points qui interroge souvent est celui de l'articulation entre notre volonté et celle de Dieu. Quelle place donner à nos initiatives, nos envies, nos choix ? Comment aller de l'avant avec tout ce que nous sommes, et en même temps marcher sur le chemin « où nous devons marcher ? ».
Comment chacun d'entre nous vit-il cela ? Pour caricaturer ne pourrait-on pas dire que le plus souvent nous menons notre vie quotidienne comme nous le pouvons, en essayant de vivre notre foi le moins mal possible... Mais que quand le sentier devient étroit ou confus, nous pouvons être amenés à nous arrêter, (quitte à rester immobiles, sans initiative), en attendant que Dieu nous révèle une voie ?
Il y a un homme dont l'exemple, dans ce domaine, est édifiant pour nous : c'est l'apôtre Paul.
S’il est quelqu'un qui a cherché à faire et à discerner la volonté de Dieu, c’est bien lui ! Retrouvons-le précisément dans le livre des Actes, aux chapitre 15 et 16.
Nous sommes au début du 2e voyage missionnaire de Paul, juste après ce qu’on a coutume d’appeler le « concile de Jérusalem » : les apôtres, dont Paul, Pierre, Jacques et Barnabas, y ont débattu pour savoir si les non-juifs devaient être circoncis. A la fin des débats, Paul et Barnabas décident de se remettre en route.
Il est évident que leur désir est de servir Dieu. Mais comment vont-ils décider d’aller plutôt ici ou plutôt là ? On les imagine aisément priant dans l’attente d’une révélation particulière, avant de se mettre en route. En réalité, voici comment les choses se passent :
pendant la lecture, la carte restera projetée, pour vous aider à situer les choses.

Lecture :
Actes 15 : 36 à 16 : 11

La première chose qui m’a frappé à la lecture de ce texte, c’est que la prise de décision se fait… dans une dispute ! Entre Paul et Barnabas ! C’est curieux. On peut s'interroger alors sur les dispositions intérieures des apôtres. C’est le premier point.
La deuxième chose qu’on peut remarquer dans cette histoire, c’est la diversité des moyens qu’emprunte Dieu pour guider les apôtres.  Il y a plusieurs facteurs qui concourent à guider Paul dans ses choix. Ce sera le deuxième point de la réflexion.

A. Tout d’abord, voyons quelles sont les dispositions intérieures des apôtres ici – Paul, Barnabas et Silas.
Déjà, il est évident, malgré leur dispute, que leur cœur est bien disposé, et plein de foi. Le désir de servir Dieu et celui de suivre sa volonté sont des préoccupations de chaque instant pour eux. Les choix de Paul sont fondés sur son appel à annoncer l'Evangile. C’est important : la recherche de la volonté de Dieu ne peut se faire que dans une relation intime avec Jésus, dans une vie fondée sur la foi en lui. Voilà d'ailleurs ce qui rend Paul exigeant dans ses choix, en ce qui concerne Marc par exemple, comme il est exigeant dans sa relation à Dieu.
Pas de techniques ici, rien d'automatique, qui dépendrait seulement de rites, d'un nombre d'heures passées dans la prière par exemple, ou d'une façon de prier ou de chanter.
Du fait de ce désir d'obéir aux commandements de Dieu, tous ici agissent et réfléchissent dans le cadre de la Loi, des textes sacrés, de la Révélation - même s’il y a des désaccords. Paul notamment, qui a été l’élève de Gamaliel, un spécialiste des écritures réputé, connaît très bien la Bible hébraïque. Ces textes sont toujours là, en toile de fond, pendant leurs réflexions et dans leurs choix.
C’est un autre cadre déterminant pour prendre des décisions conformes à la volonté de Dieu : l'essentiel de cette volonté nous est déjà connu, c'est sa Loi, c'est l'Evangile, c'est l'enseignement de Jésus dans le sermon sur la montagne. Si nous orientons notre vie en fonction de Sa Parole, nous sommes assurés de marcher « selon sa volonté ». Du coup, mieux je connais la Parole de Dieu, plus je saurai faire des choix en accord avec la volonté de Dieu.
L'inverse n'est pas possible : Dieu ne révèle pas son chemin à ceux qui refusent d'entendre Sa Parole.

B. Certes. Mais que faire quand la confusion l'emporte, où nous nous heurtons à l'opacité des choses, à des « vides juridiques » de la Parole ? Dans le cas de Paul, comment discerne-t'il la volonté particulière de Dieu pour son ministère ? Où aller ? Le monde est immense ! Pourquoi ici plutôt que là ?
Ici nous entrons dans un processus complexe, et le texte présente plusieurs éléments qui se croisent, se complètent…

Déjà, il y a le bon sens, la réflexion, l’analyse intelligente de la situation. Le voyage est à l’initiative de Paul, qui lance l’idée : (v. 36 « partons refaire le tour de toutes les villes…. »). Quoi de plus logique ? Retourner voir les églises, faire le point avec elles… C’est une logique que tout conducteur de projet connaît bien : évaluation et accompagnement, discernement des besoins… Paul a-t-il « senti » que c’était la volonté de Dieu ? Le texte ne le dit pas. Mais les jeunes églises ont besoin de soutien, cette évidence suffit et il part, avec la bénédiction de Dieu ! Paul prévoit, pèse les conséquences à long terme de ses décisions, le pour et le contre… N’oublions pas qu’il a reçu une solide éducation.
De nombreuses décisions dans les chapitres 15, 16 sont prises ainsi, après une bonne discussion, où chacun expose son avis. « Paul estimait que… » , « Il ne semblait pas raisonnable à Paul… » V. 38 : Barnabas a un avis, Paul un autre, et ils décident de se séparer. Et l’œuvre de Dieu avance à travers cela.

L’avis des autres croyants est un facteur important, aussi. Quand Paul décide d’emmener Timothée, il se base sur l’avis des « frères » qui « disaient beaucoup de bien de lui ». Si l’Esprit n’inspire une conviction qu’à un seul frère… cela fait réfléchir.

C. Un autre élément apparaît au verset 6 chap. 16 : « 6Empêchés par l'Esprit saint de dire la Parole en Asie, ils passèrent par la Phrygie et le pays galate. 7Arrivés près de la Mysie, ils tentaient d'aller en Bithynie ; mais l'Esprit de Jésus ne le leur permit pas. 8Ils longèrent alors la Mysie et descendirent à Troas. »
A quoi Luc fait-il allusion ici ? Il est à noter que c’est le seul emploi de l’expression « l’Esprit de Jésus » dans le NT. Mais comment concrètement interpréter cela ? Peut-être y a-t-il eu, dans cette région, des difficultés imprévues qui les ont fait changer de direction. Il peut arriver que le St Esprit entrave nos projets ou modifier notre orientation en cours de route.
L’explorateur et missionnaire Livingstone voulait partir pour la Chine, mais il trouva sur la route la guerre entre la Chine et l’Angleterre. Il se tourna alors vers l’Afrique… N’était-il pas dans la volonté de Dieu en se dirigeant vers la Chine ? Sans doute. Et pourtant !
Les exemples de ce type ne manquent pas, et pourtant, il ne s’agit nullement d’en faire une règle ! Si nous nous arrêtons à la moindre difficulté… !! Mais celles-ci peuvent être aussi des occasions de réfléchir, d’approfondir nos motivations.

Il faut dire aussi un moment d'un élément plus spectaculaire, le songe de Paul. Paul fait un rêve qu’il interprète comme étant une révélation directe de la volonté de Dieu.
Faire de l’expérience de Paul une règle universelle serait une erreur. On peut noter que ce type d’intervention directe est assez rare dans le NT. Bien sûr, Dieu agit comme il le souhaite. Bien sûr il peut nous donner la conviction de faire ceci ou cela. Rappelons simplement que nous sommes appelés à marcher par la foi, avec intelligence et non par les sentiments seulement, et que cet aspect de la recherche de la volonté de Dieu ne doit pas être coupé des autres : le bon sens, la réflexion, l’avis des frères, etc. > danger de tout ou trop spiritualiser les choses. Il s'agit pas d'annuler notre volonté pour faire celle de Dieu, mais de mettre notre volonté, et notre intelligence, au service de Dieu.

Un jour, une jeune fille prit un de mes amis à part et lui dit : « Dieu m’a dit que nous devions nous marier. J’en ai reçu la conviction ». Mon ami, qui, de son côté, n’avait pas été contacté par le Seigneur à ce sujet, eut bien du mal à faire entendre raison à cette pauvre fille. Forcément, quand on est amoureux on est prêt à voir des signes partout ! On est dans la caricature mais que cela nous appelle à la vigilance. Quand nous « avons le sentiment » que telle voie est la bonne, demandons-nous pourquoi nous avons ce sentiment, obligeons nous à donner nos raisons et allons en parler à quelqu’un dont le jugement nous inspire confiance.
Idem si nous pensons recevoir des « révélations » spéciales.
« Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur… regarde si je suis sur une mauvaise voie et conduis moi sur la voie de l’éternité ». Nous ne nous méfierons jamais assez de nous-mêmes.

Pour résumer, ce qu'on peut retirer de l'exemple des apôtres ici, c'est que le discernement de la volonté de Dieu dépend d'abord de notre relation avec lui, de la qualité de notre communion, de notre soumission - cela dépend de la disposition de notre cœur : il s'agit d'abord de connaître les commandements de Dieu et d'essayer de les mettre en pratique au quotidien sincèrement  Faire la volonté de Dieu c'est d'abord faire ce qu'il nous demande explicitement : l'aimer, aimer notre prochain.
Vivons cela, déjà.
Il s'agit aussi de ne pas mépriser notre propre volonté, nos désirs, nos idées et de faire comme si la voie allait forcément apparaître depuis l'extérieur, sous forme de révélation dans les événements. Quelqu'un a dit ainsi qu'il fallait d'abord « évangéliser » notre volonté, c'est à dire tout faire pour imprégner notre réflexion de l'Evangile, jusqu'à vouloir ce que Dieu veut, et cela implique de se nourrir de la pensée de Dieu, par la lecture de la Bible, et de rester humble et motivé en même temps !
Finalement, quand nous nous demandons quelle est la direction que Dieu veut que nous prenions, la meilleure chose à faire, c’est sans doute d’avancer dans la prière, la soumission, et surtout la confiance. Quand j’étais adolescent, j’avais plus ou moins dans la tête que ce Dieu allait me demander serait forcément en contradiction avec ce que j’avais envie de faire. Quelle drôle d’idée ! Dieu nous aime, il veut notre bien. Il nous redit sans cesse son amour et nous encourage à avancer sans crainte. Il nous a aussi accordé des capacités, des dons, et sa première volonté est que nous les utilisions pour le servir  !
Mieux vaut une action en partie mal dirigée, mais entreprise vaillamment, que cette sorte de « crainte de sortir de la volonté de Dieu » qui nous laisse les bras ballants dans l’attente d’un ordre de Dieu.
Je finirai sur une citation tirée du livre d’Esaïe 30 : 21 : « Quand vous irez à droite, ou quand vous irez à gauche, vos oreilles entendront derrière vous la voix qui dira : « c’est ici le chemin, suivez-le ». Par quelle voie la voix nous parvient-elle ? Ce n’est pas dit. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle sera là, et c’est aussi qu’il faut d’abord se mettre en route pour l’entendre...
Amen

Prière.
Père Eternel,
Tu connais ma vie, les choix que je dois faire, mes rêves et mes envies.
Je te prie comme David : « Apprends-moi à faire ta volonté ». Que ta volonté soit faite dans ma vies.
« Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ».
Que je t'aime de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit en dirigeant vers toi tous mes élans ; en cherchant toujours ta gloire et non la mienne ; que je t'aime de toutes mes forces en dépensant toutes mon énergie au service de ton amour. 
Que j'aime mes proches comme moi même.
Que ton Esprit éclaire pour moi Ta Parole. Je veux penser, agir, aimer, toujours plus comme Jésus-Christ, mon sauveur. Que ma volonté soit toujours plus conforme à la tienne, afin que ma vie te glorifie.

Au nom de Jésus, ton fils
Amen