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Ces textes sont livrés presque "brut de décoffrage" aussi : soyez indulgents ! Ils sont souvent circonstanciels, sans grande prétention théologique.
Mon souhait est simplement qu'ils puissent alimenter, même modestement, votre méditation de la Bible et qu'ils attisent votre appétit de cette Parole vivante, inépuisable, que Dieu adresse à chacun d'entre nous.

samedi 23 avril 2016

Prédication du dimanche 20 mars 2016 - Luc 19.28-44 - Dimanche des rameaux : annoncer le Roi Serviteur !



Hosanna ! Ce cri de joie et de reconnaissance se trouve dans récit des rameaux : lisons-le ensemble

Lecture du texte

   

La question de la « reconnaissance » est au centre de ce récit, dans les différents sens du mot : reconnaissance - louange des disciples « tout joyeux », lit « joyeux de la grâce » qui leur est faite en Jésus - Les disciples donc qui reconnaissent en Jésus le roi envoyé par Dieu. 
Et larmes de Jésus devant Jérusalem qui n’a pas voulu reconnaitre que Dieu venait la visiter.  

Deux attitudes opposées : reconnaitre Jésus comme le Messie, croire — ou refuser de le reconnaitre, le rejeter - et se perdre : « si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix ! … des jours viendront sur toi…». 
Joie et et larmes : ainsi, alors qu’il s’approche de la ville, et que la cité apparaît devant lui, Jésus voit dans un même embrassement du regard, un même mouvement, la foule des disciples qui joyeux l’acclament comme roi - et Jérusalem, dominée par son Temple, qui elle  n’a pas voulu « reconnaitre » « le temps de l’intervention divine », littéralement « le moment précis où elle était visitée par Dieu » - Jérusalem sur laquelle il va pleurer. 

Ces deux attitudes nous interrogent d’emblée sur notre propre positionnement : où nous placerions-nous dans la scène - parmi ceux qui croient ou ceux qui doutent ? Ceux qui se réjouissent ou ceux qui font pleurer Jésus ? A chacun de répondre, devant Dieu. 

Pour nous conduire dans notre cheminement personnel, dans ce choix, je vous invite à considérer d’abord l’objet de la foi ou du rejet ; ce Jésus qui arrive ici, monté sur un ânon. 
Voilà ce que Dieu donne à voir de lui-même, par son Fils : un roi humble, un roi faible, un roi serviteur ! 
Comment comprendre cela ? Qu’est-ce que Dieu révèle ici de lui-même et de l’appel qu’il nous adresse ?

« Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ». Hosanna ! 
Cette belle déclaration de foi, le Saint-Esprit sans nul doute la met dans la bouche des disciples, leur révélant aussi que la prophétie du prophète Zacharie, prononcée six siècles avant, est en train de s’accomplir sous leurs yeux : «  9Sois transportée d'allégresse, Sion la belle ! Lance des acclamations, Jérusalem la belle ! Il est là, ton roi, il vient à toi ; il est juste et victorieux, il est pauvre et monté sur un âne,sur un ânon, le petit d'une ânesse.
10Je retrancherai d'Ephraïm les chars et de Jérusalem les chevaux ; les arcs de guerre seront retranchés. Il parlera pour la paix des nations, et sa domination s’étendra d'une mer à l’autre, depuis le Fleuve jusqu'aux extrémités de la terre ». (Za 9.9-10) 

Annonce de la venue d’un roi, un roi de paix, puissant et humble en même temps : confession de foi enthousiasmante, car elle proclame la venue d’un souverain juste et victorieux, d’un libérateur dont la domination s’étendra sur le monde entier.. 

Mais il faut bien que les disciples aient le regard de la foi pour chanter cela car en réalité… rien de tout cela n’est visible ce jour-là ! Qu’y a-t’il à voir, en effet ? Un homme, sur un petit ânon - scène modeste, surprenante ! 
C’est ainsi que le Créateur du monde se présente à son peuple - comme un homme « sans éclat ni beauté », un homme humble, simple. Celui qui, dans le ciel, accueillait la louange des anges, se présente assis sur une simple bête. Lui qui est riche infiniment, se fait pauvre volontairement.

Pour les disciples qui l’ont suivi jusque là, les confirmations de sa royauté sont indéniables : 
Il y a ses paroles, d’abord : ainsi, dans les chapitres précédents,  Luc montre Jésus qui raconte l’histoire d’un homme de haute naissance revenant chez lui après avoir été investi de la royauté, et qui élimine ses ennemis « qui n’ont pas voulu qu’ils règne sur eux ».. Sans nul doute, pour les disciples, ce roi, ce doit être lui qui va entrer à Jérusalem et éliminer ses adversaires ! 
Ensuite, Jésus a dit aussi que le Royaume de Dieu était déjà au milieu d’eux, et cela, ses miracles - littéralement « actes de puissance » - ses miracles l’attestent (guérison de l’aveugle, résurrection de Lazare). Ce sont d’ailleurs eux qui provoquent la joie et la louange des disciples, encouragés sans doute par l’atmosphère électrique de Jérusalem avant Pâques, avec tous ces pèlerins du monde entier qu’on accueille eux aussi aux portes de la ville par de joyeux « Hosanna »… 
Certainement, Jésus est bien pour eux le roi puissant, qui par cette puissance va conquérir Jérusalem et prendre le pouvoir avec force et fracas, écrasant l’adversaire (notamment les Romains). Et Luc précise quelques versets plus tôt qu’ils « imaginaient que le Royaume de Dieu allait se manifester à l’instant même ». 

Pour couronner le tout, Jésus monte sur un ânon, manifestant à tous qu’il est bien celui qui accomplit la prophétie de Zacharie… Ainsi, toutes ces révélations que Dieu leur accorde éclairent le regard des disciples, et leur donnent à voir ce que les autres ne voient pas : Jésus est bien l’envoyé de Dieu.
Cette déclaration trouble les pharisiens, qui craignent un blasphème, et quelque part, on le comprend un peu : il n’y a là qu’un simple homme, monté sur un ânon ! Comment savoir que c’est bien lui ? 
Ce n’est pas un savoir de science, rationnel, mais un savoir du coeur. Avoir vu les miracles ne suffit même pas : il faut le regard de la foi. « Le règne de Dieu ne vient pas de telle sorte qu'on puisse l’observer », a expliqué Jésus aux pharisiens (Luc 17).
« Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru », dira Jésus à Thomas, après sa résurrection.
Le jour des rameaux, les disciples voient venir le roi, parce qu’ils croient. Et c’est Dieu qui met alors dans leur bouche ces paroles de révélation « Béni soit … ». 

Et il en est de même aujourd’hui. Le Fils de Dieu vient de la même manière nous « visiter », mais dans la discrétion, sans éclat, pas « de de telle sorte qu'on puisse l’observer », si ce n’est au travers des changements qu’il opère dans nos coeurs, dans notre regard. 
En effet, à vues humaines, qu’y a t’il à voir dans notre Eglise, dans nos cultes, dans nos vies ? Rien de très glorieux ! Il est souvent plus facile de s'identifier à l'âne qu'au roi !!

Nous avons besoin nous aussi que la Parole de Dieu, éclairée par l’Esprit Saint et méditée dans la prière, nous révèle chaque jour le Seigneur, pour que nous puissions l’accueillir. 

De la même façon, ce jour-là à Jérusalem, en dehors des acclamations des disciples, il n’y a pas donc grand chose à voir… ou bien si, quelque chose de plus surprenant encore que l’ânon : Jésus qui pleure ! 
« Quand, approchant il vit la ville, il pleura sur elle en disant : si toi aussi, tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix ! ». 

Ses pleurs sont un indice que le Dieu auquel les disciples s’attendent - guerrier, éclatant, châtiant ceux qui le rejettent - n’est pas celui qui se révèle en Jésus-Christ, et que l’établissement de son Royaume va prendre une forme bien différente. 

Jésus Fils de Dieu est un roi qui pleure sur ceux qui le rejettent. Certainement, Jésus est bien le souverain légitime de cette ville, que Dieu son Père a choisie pour y demeurer depuis des siècles, comme le chante David, au psaume 132 (13-16) : « le Seigneur a choisi Sion, il a désiré en faire son habitation : c’est mon lieu de repos à jamais. J’y habiterai, car je l’ai désirée ; je bénirai ses ressources, je rassasierai de pain ses pauvres, je revêtirai ses prêtres de salut, et ses fidèles pousseront des cris de joie ». 
Dieu aime ce peuple d’un amour immérité, et les larmes de Jésus sont aussi les pleurs d’un amour blessé, rejeté par ceux-là même qui en sont les bénéficiaires. Ils se sont pris à croire que la bénédiction de Dieu sur eux était un dû, ils ont oublié qu’elle avait pour but de faire d’eux une bénédiction pour les autres nations. Et leur coeur s’est endurci au point qu’ils ne reconnaissent même plus le Dieu qu’ils professent quand celui-ci vient parmi eux ! 

En Luc 13, Jésus avait déjà eu ces paroles attristées : « 34Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble sa couvée sous ses ailes ! Mais vous ne l'avez pas voulu. 35Eh bien, votre maison vous est abandonnée. Je vous le dis, vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vienne le moment où vous direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » 

Ce jour est donc arrivé. Jésus le roi humble vient visiter son peuple sans cortège, parce qu’il ne vient pas pour être servi mais pour servir. Et le coeur de ce moment est là : Jésus ne contredit pas les disciples qui proclament sa royauté, parce qu’ils disent vrai - et en même temps ils ne comprennent pas encore tout à fait ce qu’ils disent. 
Car c’est par le don de lui même qu’il va établir son royaume, en le fondant sur l’amour et le don de soi. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». 

C’est en portant sur la croix tout le refus de Dieu, toutes les fautes de ses adversaires (les hommes pécheurs ) que Jésus va établir son règne. 

Un Père de l’Eglise a écrit ceci: « voici notre roi, doux et pacifique, monté sur le petit d’une ânesse. Il vient en hâte pour subir sa passion et retrancher les vices…
C’est pour libérer les hommes que tu es venu…
ô toi que j’ai créé de ma main, répondit le créateur à ceux qui criaient vers lui, c’est à moi seul qu’il revient de t’affranchir de ta dette écrasante. 
Je suis vendu pour toi, et je te libère. 
Je suis crucifié à cause de toi, et tu échappes à la mort ». 

Derrière les cris de joie des disciples, il y a aussi la tristesse de Jésus devant Jérusalem, et la douleur silencieuse de Dieu le père qui voit son Fils marcher vers le rejet et la mort. Déjà la croix se profile à l’horizon, une semaine plus tard Jésus y mourra. 

Cela, les disciples ne l’ont pas encore compris. Et Jésus le doux, le humble, ne leur en fait pas le reproche. Il accueille leurs louanges - plein d’amour pour eux, qui pourtant vont l’abandonner au moment où il aura le plus besoin d’eux. Le criminel crucifié avec Jésus croira avant eux en sa divinité. 
Jésus qui pleure sur Jérusalem est aussi plein d’amour pour tous ces gens qui ne veulent pas de lui, et le mépriseront jusque sur la croix. 
Les pleurs de Jésus sont aussi les pleurs du Père dont l’amour laisse les hommes libres de l’accepter ou non, et qui les voit avec tristesse aller vers leur destruction ; alors que tous les Juifs se pressent fièrement autour du Temple de Jérusalem, convaincus que leur ville est intouchable, Jésus voit déjà les ruines fumantes que les Romains vont laisser derrière eux, moins de 40 ans plus tard. L’empereur Titus fera encercler la ville, et il ne laissera pas « pierre sur pierre » du Temple. 
Jésus va quand même donner sa vie pour tous ces enfants égarés, dont nous faisons partie ; c’est ainsi qu’il va apporter la paix entre Dieu et les hommes. 

Alors que nous nous préparons dans le même temps à célébrer Pâques.. et à tenir notre AG, ce récit nous rejoint de plusieurs manières : 

D’abord, l’amour que le Père exprime ici pour tous ceux qui sont encore loin de lui interroge chacun d’entre nous : est-ce notre cas ?  En Jésus, il veut nous visiter, avec respect, douceur - il nous laisse libres mais son amour est si profond  : qu’est-ce qui nous retient de lui ouvrir la porte ?

Ensuite, si nous croyons en lui, nous sommes interpelés par la parole de Jésus : « s’ils se taisent, les pierres crieront »
Le rôle des disciples ce jour là était d’annoncer ce que Dieu était en train de faire, pour le salut de tous ; de dire qui était Jésus, ce qu’il avait accompli dans leur vie, sous leur regard de foi. Et d’appeler le reste du peuple à se joindre à eux pour l’accueillir. 

Si les disciples s’étaient tus, comment les gens présents auraient-ils su que contre toutes les apparences, c’était bien lui, le roi envoyé par Dieu, qui venait là sur son âne ? 
Aurait-il fallu que « les pierres crient », au moment où les prophéties de Jésus prononcées en public et annonçant la destruction de la ville, se seraient réalisées ? Alors il aurait été trop tard. 

Ce rôle, Dieu nous le confie encore aujourd’hui, en tant qu’Eglise. Et ici ce texte peut nous inspirer pour nos réflexions cet am et dans les mois qui viennent. 

Nous aussi, nous sommes appelés à garder Jésus-Christ, le roi sauveur, au centre de notre vie personnelle, et de notre vie d’Eglise.  

C’est lui qui est au centre de l’attention. Nous, nous sommes sur le bord avec les autres disciples d’hier et d’aujourd’hui, et par nos cultes, par la confession humble de ce que nous avons compris de lui, nous appelons le monde à reconnaître en lui Dieu qui vient nous visiter et nous sauver. 

Mais le roi serviteur ne nous laisse pas seulement sur le bord du chemin, il nous appelle à marcher derrière lui, et si nous le suivons…  il nous conduira vers les autres, quels qu’ils soient, pour les servir à notre tour, comme lui - en son nom. 
Lui qui est venu vers nous pour nous servir, qui s’est abaissé pour nous laver les pieds, nous dit ensuite : « je vous ai donné l’exemple, afin que vous aussi, vous fassiez comme moi j’ai fait ». (Jean 13)
C’est ainsi qu’il nous envoie manifester avec humilité sa présence royale dans ce monde : par nos paroles mais aussi par nos vies transformées, nos actes d’amour inspirés par le sien, nos coeurs tournés vers les autres - pour la seule gloire de Dieu notre Père. 

Alors mettons-nous à l’oeuvre avec nos faibles ressources, modestement - assis chacun sur son âne
Etre une église humble n’empêche pas de faire de grands projets ! Gardons simplement les yeux fixés sur Jésus, et il nous conduira.

A lui soit la gloire, aux siècles des siècles. 

Amen. 





Prédication du dimanche 10 avril 2016- Philippiens 2.1-18


Je voudrais ce matin méditer avec vous un texte que Frederic Separi nous a lu la semaine dernière : Philippiens 2 (déjà prévu de le méditer aujourd’hui...). Frederic a dit que pour lui, c’était un des plus beaux textes de la Bible. Je partage cet avis bien sûr.

Paul qui est en prison adresse ces paroles à l’Eglise de Philippe, en Macédoine. Cette Eglise le soutient, et il veut à son tour encourager ces chrétiens à rester unie, à grandir dans l’amour.
Pour cela, il leur indique le chemin, le modèle à suivre : Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui s’est abaissé pour que nous soyons relevés.

Lecture



Ce texte est un cantique - on ne sait pas si Paul l’a écrit ou s’il cite un hymne de l’Eglise primitive. Toujours est-il que son but premier est de conduire à l’adoration, et à la contemplation de l’oeuvre de Jésus et du mystère de son incarnation.
Le coeur du passage pourrait être résumé par ces mots de la première lettre de Jean : « A ceci nous connaissons l'amour : c'est que Jésus s'est défait de sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons nous défaire de notre vie pour les frères » (1 Jean 3.16).
On retrouve ce double mouvement dans la lettre aux Philippiens : « Il s’est abaissé lui- même »... « c’est pourquoi Dieu l’a élevé ».
Le Fils de Dieu, a suivi un chemin d’abaissement, de « dépouillement » de soi totalement incroyable qui l’a conduit au plus bas, à la croix. Mais Dieu lui a rendu la vie et l’a élevé à sa droite. On a là une sorte de résumé de l’Evangile.
Double mouvement : Le Fils s’abaisse, le Père l’élève. Jésus se donne aux hommes par amour pour le Père, le Père élève le Fils par amour pour lui.
Par cet exemple, donc, Paul indique la voie à suivre. Il ne s’agit pas de rester au bord de la piste à applaudir l’exploit de Christ - à nous maintenant de marcher, à sa suite, sur la voie de l’amour !
« Ayez entre vous les dispositions qui sont en Jésus-Christ » - « la pensée qui était en Christ-Jésus » : quelle était-elle ?
Trois mots presque synonymes pour la décrire : humilité, abaissement, obéissance. Voilà vers quoi nous devons tendre.
Et en même temps, dans nos efforts, nous devons chercher à plaire au Père avant tout, et

ne compter que sur lui, car c’est lui qui élève, qui rend capable, par son Esprit.
Dit autrement, nous nous abaissons par amour pour les autres, et Dieu s’occupe de nous

élever.
nous nous occupons des autres, et Dieu s’occupe de nous. Nous donnons, et Dieu nous remplit.

Tel est l’exemple donné par le Christ.

A. Comme Jésus s’est abaissé, je dois m’abaisser par amour pour les autres.

La première « disposition » de Christ qui soit mise en avant, c’est donc l’humilité :
« L’hymne commence donc par l’affirmation suivante : « Lui qui était vraiment divin, il ne s’est pas
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prévalu d’un rang d’égalité avec Dieu ». Autre traduction : Il n’a pas « considéré son rang d’égalité
1 avec Dieu comme un avantage à exploiter » .
Humilité de Dieu le Fils qui est un exemple pour nous : « avec humilité, estimez les autres supérieurs à vous-mêmes ».
L’humilité de Jésus apparaît déjà dans son rapport avec le Père. Nous nous trouvons là devant le mystère de la Trinité, de ce Dieu qui est un seul Dieu en trois personnes distinctes, trois personnes éternellement unies dans une communion d’amour.
Dans cette relation de communion, le Fils met volontairement ses droits de côté et accepte de faire la volonté du Père, qui l’envoie vers les hommes. Sachant que cela signifiait de souffrance pour lui, il aurait pu résister, mais il ne l’a pas fait.
Par amour pour le Père, Jésus a aussi accepté de renoncer à ce qu’il avait pour venir nous rejoindre. Il a accepté de laisser de côté sa puissance pour se rendre proche de ses faibles créatures.
Nous voilà encore devant le mystère trinitaire. Dans la communion avec le Père et l’Esprit, Jésus était parfaitement comblé, adoré et servi par toutes les armées célestes.
Il a pourtant choisi de renoncer à tout cela.
Paul dit ailleurs : « lui qui était riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous, par sa pauvreté, vous deveniez riches » (2 Co 8.9).
De quels attributs divins Jésus s’est-il dépouillé, appauvri, précisément ? En théologie, les débats sur cette question sont anciens. On parle de la kenose de Christ. A mon avis, cela nous dépasse.
Ce qui est certain, c’est qu’il ne s’est pas dépouillé de sa divinité, mais plutôt d’une partie de son pouvoir divin, pour devenir vraiment un homme - avec tout ce que ça implique de fragilité, d’incertitudes et de souffrances.
Comme ça, il s’est rendu accessible, pour permettre à tous de le rencontrer et de retrouver le chemin du Père. Pour ça, il voulait respecter le rythme des hommes, leur temps, leur sensibilité.
Plus encore : Jésus ne s’est pas seulement venu marcher dans la poussière avec nous, il a aussi voulu descendre au plus bas, jusqu’à se faire « vraiment esclave » - peut-être pour rejoindre les esclaves du péché que nous sommes, sans Dieu.
Ainsi, lors de son ministère, il n’a cessé de s’abaisser pour aller chercher, au ras du sol, tous ceux que personne ne voulait ramasser - paralytiques, aveugles, lépreux, escrocs, prostituées...
Ce qui est certain aussi, c’est qu’il a laissé la gloire et la paix parfaite qu’il goûtait dans le sein du Père pour les angoisses de Gethsémané et les souffrances de la croix - pour qu’à notre tour, nous puissions accéder nous aussi à la présence glorieuse de Dieu.
Et là encore, il a eu l’humilité d’offrir son amour en courant le risque qu’il ne soit pas accepté. Pas d’amour sans liberté, mais pas de liberté sans risque. Jésus a couru ce risque au prix de sa propre vie.
Et nous qui ne sommes pas Dieu, comment devons nous nous abaisser ?
D’abord, en reconnaissant que nous dépendons à chaque instant de la grâce de Dieu, et que sans son aide on ne pourrait rien faire de bon > effort d’humilité à refaire en permanence.
Nous avons aussi à nous soumettre les uns aux autres - ce qui implique parfois de se « dépouiller » pour nos frères et soeurs.
Certains se diront peut-être : pourquoi donc se dépouiller ? Est-ce qu’on n’est pas plus utile, plus efficace quand on est puissant, bien armé de ses dons et compétences, pour travailler pour Dieu ?
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Bien sûr, des capacités, une expérience mise au service du Seigneur d’un coeur sincère, c’est précieux. Et Jésus, même dans son humilité, a quand même manifesté la puissance divine par ses miracles.
Mais il a toujours fait passer l’efficacité et la puissance après l’amour et le respect des autres. Il n’a jamais utilisé ses dons pour brusquer ou écraser quelqu’un.
Il s’est dépouillé par exemple de son droit au jugement. Il a supporté bien des injustices - recevoir des pierres pour blasphème ! Etre accusé à tort ! Etre refoulé par les prêtres de son Temple !
Mais il a « avalé » tout cela - dans sa grâce.

Il s’est aussi dépouillé de son « efficacité ». On voit parfois Jésus s’impatienter devant la lenteur à comprendre des disciples, mais jamais il ne cesse de les respecter. Il a choisi de marcher à leur rythme pendant trois ans, supportant leurs maladresses, alors qu’il aurait pu courir et aller directement au but.

De la même façon, nous devons être prêts à laisser de côté nos calendriers, nos désirs personnels pour avancer au même rythme que nos frères et soeurs.
Laisser de côté peut-être notre droit légitime à occuper une fonction dans l’Eglise pour laisser la place à quelqu’un d’autre, qui pourra y grandir et faire ses armes. (ex. Musique).
Nous dépouiller parfois de notre « bon droit » pour supporter des situations ou des paroles injustes « sans maugréer », si c’est par fidélité à Dieu, ou pour le bien des autres.
En langage courant, on parle « d’avaler des couleuvres ». Ici, je dirai
plutôt : « écraser le serpent », Satan qui nous tente au niveau de l’orgueil, du pouvoir. !

Attention, se dépouiller, s’abaisser ne signifie par se déprécier soi-même : Jésus n’a jamais nié qu’il était Dieu. Cela consiste à reconnaître aussi la valeur des autres et de leurs opinions et idées. Les honorer, leur faire une place.

B Comment Jésus a-t’il aller si loin dans le don de lui-même ?

Cette voie de l’amour qui cherche d’abord l’intérêt de l’autre, son bien, son salut - elle est tellement difficile à suivre ! Voilà sans doute pourquoi nous cherchons souvent à nous en détourner. Henri Nouwen, dont je vais parler dans un instant, disait : « Il semble plus facile d'être Dieu que d'aimer Dieu, de contrôler les gens que d'aimer les gens, de posséder la vie que d'aimer la vie ». Jésus nous demande : « M'aimes-tu ? ». Nous demandons : « Pouvons-nous nous asseoir à ta droite et à ta gauche dans ton Royaume ? » (Mt 20, 21) ».
Difficile abaissement.
Obéir à ce point là à Dieu, c’est si dur que, comme nous le dit la lettre aux Hébreux, même Jésus, « tout fils qu’il était » a dû « apprendre l’obéissance par ce qu’il a souffert » ! Il a dû lutter contre la tentation, contre l’angoisse et la solitude.
Aimer ainsi c’est dur... c’est totalement déraisonnable et extrêmement risqué !
« Estimez les autres supérieurs à vous-mêmes ». Si je fais ça, je risque gros ! Ne nous dit- on pas en permanence qu’il ne faut pas montrer ses faiblesses dans la vie, sinon on se fait marcher dessus ? Dans le service des pécheurs, il faut s’attendre à rencontrer l’excès, l’ingratitude, et à donner sans recevoir de retour (heureusement, il y a plus d’encouragements quand même).
Mais c’est parce Jésus est resté attaché au Père, en lui laissant le soin de l’élever, qu’il a pu s’abaisser. Il n’avait pas à se soucier de lui-même puisqu’il savait que le Père s’en chargeait, et qu’il le relèverait.
De la même façon, je peux servir d’un coeur léger si je crois profondément que le Père, lui, s’occupera de moi, et même de « m’honorer » s’il le souhaite. Je peux lâcher mes sécurités quand je sais que le Père m’assure.

Est-ce que cela ne nous questionne pas directement ? Tant de nos relations avec les autres sont entachées par la peur - peur de perdre la face, peur de nous faire avoir, peur de ne pas être reconnu, écouté, peur de ne plus avoir de temps pour nous...
Parce que nous voulons donner sans rien perdre, notre amour peine à s’épanouir. Nous ouvrons la porte à nos frères et soeurs, mais osons-nous vraiment enlever la chaînette de sécurité ?
Il y a autre chose : Si Jésus a pu courir le « risque d’aimer », et supporter le rejet et l’injustice, c’est que son attention n’était pas tournée vers lui-même mais vers le Père, dont il cherchait la gloire, et qui le comblait d’amour.
Il cherchait en lui l’approbation, l’encouragement, la reconnaissance et la force dont il avait besoin. Il n’a jamais caché que sa puissance lui venait du Père : humilité, là encore.
Et si lui, le Fils, avait besoin de se ressourcer dans la présence du Père, de se mettre à l’écart pour prier, « à combien plus forte raison » (dixit Paul ) devons-nous passer du temps dans la prière, à chercher la présence de Dieu.
Là nous pourrons sentir son regard d’amour posé sur nous. Par Jésus, nous sommes acceptés, aimés.
Là se trouve l’approbation et la reconnaissance dont nous avons besoin pour aller vers les autres. Assurés de l’amour de Dieu, nous pouvons être disponibles pour nos frères et soeurs, car dans les relations nous n’avons rien à perdre : le Père garantit notre part, il renouvelle nos forces, il veille sur nous et à la fin, quand nous aurons obéi jusqu’au bout « sans maugréer ni discuter », il nous élèvera et nous fera entrer dans la communion intime de la Trinité, pour toujours.
Je voudrais terminer en évoquant l’histoire d’Henri Nouwen. C’est l’histoire d’un dépouillement progressif, d’un abaissement volontaire, opéré par quelqu’un qui cherchait à vivre vraiment l’amour de Christ.
Dans les années 70, HN était un prêtre extrêmement brillant, ce qui l’avait conduit à enseigner dans les universités les plus prestigieuses. Ses livres de spiritualité connaissaient un succès colossal, il était sans cesse sollicité pour des conférences, des séminaires... On l’admirait, on l’écoutait.
En soi, rien de répréhensible : est-ce qu’il ne mettait pas ses dons au service de l’Evangile, avec modestie ? Certainement. Et il aurait pu rester à ce poste sans forcément trahir sa vocation chrétienne.
Mais Dieu travaillait son coeur, et Nouwen avait soif à l’intérieur, profondément soif. Il parlait d’amour, de foi, mais en manquait pour lui-même. Cela le conduisit à plusieurs crises profondes, à des remises en question. Il se mit à fuir son milieu pour fréquenter les plus pauvres.
Au bout d’une longue période de crise spirituelle, Dieu plaça sur sa route la communauté de l’Arche. Ce sont des lieux de vie chrétiens, créées par Jean Vanier, et dans lesquels des personnes handicapées mentales vivent en communauté avec ceux qui s’occupent d’eux. (Il y en a une à Lyon).
Un peu « par hasard », Nouwen devint l’aumônier d’une de ces communautés. Il renonça à son poste d’enseignant conférencier et vint vivre, d’abord pour une année, avec un groupe de personnes handicapées, avec l’idée de les accompagner dans la foi. C'était une vie complètement différente de celle à laquelle il était habitué. Il vécut donc avec des handicapés comme tous les autres membres de la communauté. Ce fut un apprentissage très difficile.
Mais on le chargea de s'occuper du jeune Adam qui ne pouvait ni parler ni bouger par lui- même. Henri Nouwen passait des heures chaque jours à lui donner son bain, à l'habiller et à le nourrir. Cette expérience le transforma en profondeur. Adam n'était évidemment pas impressionné par les livres de Nouwen, ni par sa réputation mondiale, ni par son talent immense de conférencier. Or, c'est ainsi qu'au contact quotidien de cet homme incapable de s'exprimer et dépourvu de tout, que Nouwen comprit vraiment ce que c'est que d'être «aimé de Dieu», de s’abaisser par amour pour l’autre et de servir au nom du Christ.
Que cet exemple, modeste résonance de l’exemple sublime du Christ, nous inspire et nous encourage à avancer à la suite du maître. Soyons-en assurés, sur ce chemin, ce sont des trésors
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d’amour et de joie que Dieu tient en réserve pour ses enfants. Avançons, dans la paix, modestement.
« Dieu résiste aux orgueilleux mais il faut grâce aux humbles, écrit Pierre. Abaissez-vous donc sous la main puissante de Dieu, pour qu’il vous élève en temps voulu. Déchargez vous sur lui de toutes vos inquiétudes, car il prend soin de vous »(1 Pierre 5.5-7).
Amen

vendredi 11 mars 2016

Prédication du dimanche 9 mars 2016 : Proverbes 9.1-16 - La crainte de l’Eternel est le commencement de la sagesse


Que répondriez-vous si Dieu vous disait soudain : « « demande moi ce que tu veux, et je te le donnerai » ? 
Le roi Salomon, quant à lui, choisit… la sagesse. 
Et Dieu lui donna, au point que tout le monde venait écouter ses conseils. Un grand nombre sont conservés dans le livre des Proverbes, dans lequel nous allons nous plonger pour en savoir plus sur la nature de cette sagesse.

Dans leur ensemble, les Proverbes nous emmènent à la découverte de la sagesse à travers « l’histoire » d’un jeune homme inexpérimenté. C’est à lui qu’on s’adresse : « mon fils ». Ce jeune homme, comme chacun d’entre nous, avance sur le chemin de la vie, et sur ce chemin il fait des rencontres.
Notamment au chapitre 9, où deux personnages l’interpellent : la sagesse, et la folie.
Lecture. 
"1La sagesse a construit sa maison, elle a taillé ses sept colonnes. 2Elle a abattu son bétail, mélangé son vin et dressé sa table. 3Elle a envoyé ses servantes, elle crie sur le sommet des hauteurs de la ville: 4«Qui manque d'expérience? Qu'il entre ici!» Elle dit à ceux qui sont dépourvus de bon sens: 5«Venez manger de mon pain et boire du vin que j'ai mélangé! 6Abandonnez la naïveté et vous vivrez, avancez sur la voie de l'intelligence!
7Celui qui instruit le moqueur récolte le mépris, et celui qui reprend le méchant s'attire ses insultes. 8Ne reprends pas le moqueur si tu ne veux pas qu'il te déteste, mais reprends le sage et il t'aimera. 9Donne au sage et il deviendra encore plus sage, enseigne le juste et il augmentera son savoir.
10Le commencement de la sagesse, c'est la crainte de l'Eternel. La connaissance du Dieu saint, voilà en quoi consiste l'intelligence. 11Oui, c'est grâce à moi que tes jours se multiplieront et que les années de ta vie augmenteront. 12Si tu es sage, tu l'es pour toi; si tu es moqueur, tu en supporteras les conséquences tout seul.»

13La folie est une femme bruyante, naïve, qui ne sait rien. 14Elle s'assied à l'entrée de sa maison, sur un siège, dans les hauteurs de la ville, 15pour interpeller les passants qui vont droit leur chemin: 16«Qui manque d'expérience? Qu'il entre ici!» Elle dit à celui qui est dépourvu de bon sens: 17«L'eau volée est douce et le pain mangé en cachette est agréable.» 18Et il ne sait pas que là se trouvent les défunts, que ceux qu'elle a invités sont dans les vallées du séjour des morts".



« Donne moi, dit Salomon à Dieu, un coeur attentif. pour discerner le bon du mauvais » (1 Rois 3.9) : la sagesse est liée à la capacité de faire les bons choix, de bien diriger notre vie sous le regard de Dieu.

Et ici, le choix est entre la sagesse et la folie, présentées comme deux femmes qui veulent toutes deux attirer les hommes à elles, avec les mêmes mots : « qui manque d’expérience ? qu’il entre ici », deux femmes qui se ressemblent beaucoup au premier abord, mais qu’en réalité tout oppose. 

D’un côté, la Folie. Elle est assise devant tout le monde. « Bruyante, naïve », elle ne « sait rien ». Son refus de la réflexion s’oppose à l’attitude raisonnable de la sagesse dont la maison est soigneusement construite (7 colonnes), la sagesse qui elle, est debout, et gère sa maisonnée avec soin. 
Au premier regard, beaucoup trouveront la Folie plus attirante. Elle est racoleuse, aguicheuse. L’ambiance peut paraître plus sympa dans sa maison : il y a du bruit, et on se laisse vivre. 
Dans cette maison-là, sans doute, personne ne fait ses devoirs, il y a du Nutella, des frites et du Coca à tous les repas, on peut garder son portable jour et nuit.. on fait ce qu’on veut, quand on veut : le mot d’ordre est de ne « pas se prendre la tête ». 
La Folie est donc séduisante… mais creuse. Elle n’a rien préparé à manger pour celui qui vient chez elle, et les plats qu’elle sert ont un goût de soufre : de « l’eau volée » et du « pain mangé en cachette »… et elle va non seulement laisser celui qui entre sur sa faim, mais en plus le tromper, et le perdre. (nous y reviendrons). 
La sagesse au contraire a préparé un festin ouvert à tous, même aux ignorants. « Elle a abattu son bétail, mélangé son vin et dressé sa table. Elle a envoyé ses servantes ». Elle nourrit, elle veille sur ceux qui l’écoutent. 
C’est « la voix de l’expérience, de ton père et de ta mère, les conseils des sages ». 
Elle construit sur le long terme des colonnes solides. 
Si on s’arrêtait ici, l’image des deux femmes pourrait signifier déjà que nous sommes régulièrement placés entre un choix sage et un choix insensé - choisir d’écouter le bon sens, les conseils des gens expérimentés, ou pas. 
Choisir de réfléchir ou de subir. 
Et il faut déjà de la sagesse pour arriver à faire la différence entre les deux voix, à faire la part des choses pour choisir la voie la plus sûre. On devine que le sage, c’est déjà celui qui sait qu’il doit être actif mais prudent, et prendre le temps de construire solide. 
C’est aussi celui qui sait qu’il a besoin de devenir sage ! Voilà pourquoi le texte nous dit de « reprendre le sage », de « donner au sage » pour qu’il devienne « encore plus sage » : est sage celui qui se remet en question et veut être sage
Alors que le fou, l’insensé, c’est justement celui qui pense n’avoir besoin de personne, celui qui croit tout savoir, qui est très content de lui comme ça, ça va bien, merci. 

Le texte dit bien cela, mais il va plus loin - et c’est là que la Parole de Dieu dépasse les sagesses humaines, qu’elle recoupait jusque là : derrière cette image légère en apparence, un choix plus d’une portée encore plus grande est présenté. 
Un indice nous le révèle : les deux femmes se tiennent « dans les hauteurs de la ville » : or  dans le Proche Orient ancien, seule une personne avait le droit de demeurer à l’endroit le plus élevé de la ville, le dieu de cette ville. C’est là qu’on venait adorer les divinités (sur les « hauts lieux »).
A Jérusalem, de même, le Temple était situé à l’endroit le plus élevé. Cette remarque confirme ce qu’on devinait déjà : la sagesse représente la sagesse de Dieu, et en fin de compte, Dieu lui-même. 
Le peuple juif, premier destinataire des Proverbes, se trouve donc placé devant le choix fondamental entre Dieu ou les idoles, dont le culte bruyant, coloré, festif, a souvent tenté le peuple de Dieu. En plus, imaginez donc, il y avait de la danse, du sexe, de la transe !  C'était bien "la maison de la folie". 
Le choix est donc entre la voix de la sagesse - celle de Dieu - ou celle de la folie - celle des idoles. 

Un choix que souligne encore le verset central du passage, verset clé du livre des Proverbes : « le commencement de la sagesse, c’est la crainte de l’Eternel ». « Reconnaître l'autorité du Seigneur est le commencement de la sagesse » (FC).
La sagesse commence par la crainte de Dieu. La folie est de le mépriser pour écouter d’autres voix. 
Un mort sur la « crainte » de Dieu : cette expression a souvent été mal comprise ; on l’a souvent utilisée pour brandir l’image d’un Dieu gendarme, un Dieu terrible qui guetterait nos moindres faux pas pour mieux nous écraser. Un Dieu qui  nous ferait vivre sous la culpabilité permanente.  

Au contraire, dit le texte, s’il faut avoir peur, ce n’est pas de Dieu. Il n’y a pas de peur dans la relation du chrétien avec son Père, car comme le dit la 1er lettre de Jean (4.18) « dans l’amour, il n’y a pas de place pour la crainte, car l’amour véritable chasse toute crainte. En effet la crainte suppose la perpective du châtiment. L’amour de celui qui vit dans la crainte n’est pas encore parvenu à la pleine maturité ».  
La foi en Jésus nous sauve de la peur de Dieu : « il n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ » ! 
Ce n’est donc pas de lui que nous devons avoir peur … mais des conséquences de nos choix irréfléchis, de notre aveuglement devant les dangers de la vie, et de notre faiblesse face aux ruses de l’adversaire ! 
Voilà ce contre quoi les Proverbes nous mettent en garde. Par eux, Dieu comme un père attentif avertit ses enfants pour leur éviter de tomber. Il sait que oui, il faut bien faire ses expériences, mais que ça peut aussi faire très mal - avec des blessures qui restent pour la vie parfois. Il y a des expériences qui sont douloureuses et qu’on aurait aimé ne pas vivre. 

Craindre Dieu ici, c’est donc le respecter, respecter sa parole. Ce n’est pas parce qu’il est un Père plein d’amour qu’on peut tout se permettre en face de lui parce qu’il nous aime. On ne peut pas prendre son nom en vain, on ne peut pas tricher, on ne peut pas traiter Dieu à la légère ni le duper. « Une décence, une dignité nous sont demandées, nous ne pouvons pas nous comporter n’importe comment ». Cette attitude de crainte légitime qui n’a donc rien à voir avec la peur est fondamentale pour faire les bons choix : en prenant au sérieux les conseils de notre Père céleste, nous « abandonnons la naïveté » qui nous joue des tours, et nous apprenons à voir la vie telle qu’elle est en vérité ; à déjouer les pièges et à discerner la voix de Dieu et celles qui veulent nous éloigner de lui. 
Ce respect est d’autant plus important que l’enjeu, nous dit le texte, c’est la vie ou la mort car dans la maison de la folie, « se trouvent les défunts » ; « ceux qu’elle a invités sont dans les vallées de l’ombre de la mort ». 
Et cette voix de la folie prend des accents divers d’un chapitre à l’autre du livre des Proverbes: voix des « insensés », qui incitent le jeune homme à faire de mauvais coups avec eux : « tu auras ta part de l’argent ! » (1.14). 
Voix de la femme adultère, contre laquelle le père met en garde son fils : ses lèvres « ruissellent de miel », son palais « est plus doux que l’huile », mais « à la fin elle est amère comme l'absinthe, coupante comme une épée à deux tranchants. Ses pieds descendent vers la mort, ses pas aboutissent au séjour des morts. » (5.3-5). Et le jeune homme qui l’écoute est décrit au chapitre 7 comme « un boeuf qu’on mène à l’abattoir, « comme un imbécile qu’on lie pour le corriger », « comme l’oiseau qui se précipite dans le filet sans savoir que c’est au prix de sa vie » (7.22) ! …
Au final, voix séductrice, mauvaise conseillère de l’adversaire, du serpent ancien qui avec ruse vise les points faibles - les poches jamais assez pleines, ou bien le dessous de la ceinture. Qui entraîne vers la dissimulation, en nous faisant peu à peu boire de « l’eau volée » et du pain « mangé en cachette » pour nous y faire prendre goût. 
Voix qu’Hérode (cf prédication de dimanche dernier), trop subjugué par la danse sensuelle de sa nièce, un peu aviné aussi peut-être, a choisi d’écouter, Hérode installé dans la maison de la Folie et refusant d’entendre Dieu qui par la bouche de Jean-Baptiste l’appelait à sortir avant qu’elle ne s’effondre.
Beaucoup ont intérêt à ce que nous prenions ainsi le chemin de la Folie. Commercialement, ça paye davantage ! Il suffit de voir quel type de site rapporte le plus sur internet. 
D’ailleurs, dans la maison de la Folie, les premiers verres, les premières bouffées sont toujours offerts. L’accueil est soigné, les brochures sont bien faites. C’est quand tu veux sortir ou que tu ne peux plus rembourser ton prêt que ça se complique. 

La mort, dit le texte, est au bout de ce chemin-là. 
On peut trouver cette affirmation un peu forte, un peu moralisatrice. 
Pourtant c’est bien la mort, déjà, qui est à l’oeuvre dans la peur, dans tout ce qui attaque nos relations - la rancune, la jalousie, le mensonge, l’amertume… et au final, se trouve la mort spirituelle éternelle qui est « le salaire du péché », du refus de Dieu : « ne vous y trompez pas, écrit Paul aux Galates, on ne se moque pas de Dieu. Ce qu'un homme aura semé, il le récoltera aussi. Celui qui sème pour satisfaire sa nature propre récoltera d'elle la ruine, mais celui qui sème pour l'Esprit récoltera de l'Esprit la vie éternelle » (Gal. 6.7).

Ce texte nous place donc devant ces questions à laquelle nous devons répondre pour nous mêmes : premièrement, quelle voix je choisis d’écouter pour me diriger, pour faire mes choix ? 

Des voix qui me poussent à l’amertume, qui m’entretiennent dans une attitude de critique, de malaise, altèrent mes relations, m’empêchent de me réjouir des belles choses autour de moi… ? 
Ou la voix de la sagesse divine, qui m’édifie et édifie mon frère, qui nous met debout ensemble et nous rassasie ? La voix de l’Esprit qui m’invite à la paix, la joie, la reconnaissance… ? 

Deuxièmement, quelle divinité est-ce que je choisis de placer au centre de ma vie et de « craindre » ?

Craindre l’Eternel, c’est chercher à faire le bien dans tous les aspects de notre vie, pour lui faire honneur, pour faire sa joie ! C’est vouloir marcher dans sa lumière. 
Cela interroge alors nos motivations : si je me permets de faire un choix dont je sais que beaucoup me le déconseillent devant Dieu, juste parce que « tout le monde le fait », ou parce que d’autres l’ont fait - qui est-ce que je cherche à honorer, au fond ?
Cela interroge notre intégrité : est-ce que parfois je continue à me nourrir de pain mangé en cachette, d’argent plus ou moins louche, de demi-vérité ? Ou bien est-ce que je marche honnêtement et en vérité devant les autres - et devant Dieu ? 
Qui est-ce que j’écoute, la sagesse ou la folie ? 
Une chose est sûre : si je choisis d’écouter Dieu, si je me place devant lui chaque jour, dans la dépendance, si je décide de faire sa volonté de tout mon coeur, je suis sur le bon chemin pour devenir sage, et capable de faire les bons choix. 
Ce choix éclairera tous mes autres choix, car je serai alors conduit par la sagesse de Dieu sur le chemin de la vie - et de la vie éternelle. 
Dieu m’a créé libre, alors quels que soient mes choix, je suis responsable. Mais si je me perds, si je fais fausse route, Dieu reste fidèle et jamais il ne me laisse tomber. Toujours sa grâce me relève. Il est cet ami qui vient me chercher dans la maison de la folie où je me suis encore une fois égaré, pour une raison ou une autre, et qui me raccompagne sans me juger, la main sur mon épaule. 
En toutes circonstances, je peux m’appuyer sur Jésus, ma sagesse. Je peux tout lui dire, il pardonne et guérit
Et par son Esprit, il me rend capable de résister aux tentations, de discerner, parmi toutes les voix du monde, celle du Père céleste. 
Il éclaire pour moi la Parole de Dieu, afin qu’elle soit un guide sur mon sentier. 

Alors dans la confiance, cherchons à devenir plus sages, laissons-nous enseigner par la Parole de Dieu et par nos frères et soeurs plus expérimentés. 
Et ne nous lassons pas de fréquenter la maison de la sagesse ; nous pouvons y entrer par la prière, encouragés par cette promesse de Jacques (1.5) : « Si l'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans faire de reproche, et elle lui sera donnée ».

Amen