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Vous y trouverez le texte de mes prédications.
Ces textes sont livrés presque "brut de décoffrage" aussi : soyez indulgents ! Ils sont souvent circonstanciels, sans grande prétention théologique.
Mon souhait est simplement qu'ils puissent alimenter, même modestement, votre méditation de la Bible et qu'ils attisent votre appétit de cette Parole vivante, inépuisable, que Dieu adresse à chacun d'entre nous.

lundi 6 juillet 2015

Prédication du 14 juin 2015



Galates 5
Marcher par l’Esprit


Il y a une phrase qui a fait bien plus de dégâts dans les Églises et dans le monde qu’aucune autre phrase…
C’est « Dieu m’a dit que… ».
On connait le potentiel d’une telle parole : que répondre à cela ?! « Dieu m’a dit que je devais prendre la direction de cette Eglise ! » ; « Dieu m’a dit que tu devais te marier avec moi ». Dieu m’a dit qu’il fallait bouter les Anglais hors de France… ! 
Tellement de dégâts que pour certains, méfiance et fermeture à ce qui vient de l’Esprit. 

Pourtant, ce désir d’être dirigé par le Saint-Esprit dans tous les aspects de notre vie… est légitime, pour nous chrétiens. C’est peut-être maladroitement orienté - manque de sagesse parfois - mais c’est légitime. 
L’apôtre Paul lui-même nous exhorte à être conduits dans notre vie par le Saint-Esprit. Il appelle cela : « marcher par l’Esprit ».
Etonnant, mystérieux, abstrait ? 
Peut-être parce que nous connaissons mal le Saint Esprit. Sommes-nous de ces chrétiens  chrétiens dont quelqu’un a dit : « ils sont convaincus que le Saint-Esprit existe, mais ils ont autant de contact avec que j’en ai avec mon hypophyse : je suis reconnaissant d’en avoir une, je sais qu’elle a une raison d’être, et je ne voudrais surtout pas la perdre… mais je n’ai aucune relation avec ! »
Pourtant, sans l’Esprit de Christ, notre foi est une religion sans vie. Nos efforts pour connaitre Dieu sont vains. Et nos tentatives pour faire ce qu’il nous demande sont vouées à l’échec. 
Voilà pourquoi Paul écrit aux Galates : 
« Marchez par l’Esprit »

Il faut dire que chez les Galates, le bilan est plutôt inquiétant. C’est une jeune communauté, qui a pas mal de problèmes. Paul les a évangélisés, mais il est arrivé ensuite, un certain nombre de missionnaires qui les ont convaincus de ne pas rompre avec le Judaïsme, de continuer à suivre la loi juive, les fêtes, les interdits alimentaires, et surtout la circoncision. On ne sait jamais, en matière de salut, deux sécurités valent mieux qu'une. 
Toujours est-il que l’Eglise de Galatie est divisée, en plein conflit, travaillée par des luttes de pouvoir, des rivalités, et toutes sortes de dérives. 
Alors Paul vient à leur secours, en leur expliquant que ce qui leur manque justement, c’est d’être conduits par l’Esprit…

Lisons en Galates 5.1-25

On le voit, quand Paul parle du Saint Esprit, il n'en parle pas du tout à partir de « réalités qui planent ». Il en parle à partir du comportement de la communauté à laquelle il s’adresse. Parce que la présence ou l’absence du Saint-Esprit se manifeste d’abord par ce que nous manifestons dans nos paroles et notre attitude ! Paul appelle cela « le fruit de l’Esprit ». 

  Si les Galates sont dans cette situation douloureuse, dit l’apôtre, c’est qu’après avoir cru en Jésus et reçu le St Esprit, ils continuent à vouloir plaire à Dieu par des pratiques religieuses, en comptant sur leurs propres forces. Et ça ne marche pas, au contraire : ils se piègent eux-mêmes ; ils « se remettent sous le joug de l’esclavage » dit Paul, car les résistances à Dieu qui se trouvent en eux les entraînent vers le mal.  C’est là que le combat doit être mené, pas dans des histoire des rites extérieurs. 


I. L’opposition chair/Esprit 
Paul met ainsi des mots sur cette tension qui existe dans la vie intérieure de chacun d’entre nous, en parlant de « chair » opposée à l’Esprit. 
Sans rentrer dans la caricature du petit ange et du petit démon juchés sur l’épaule, il y a là un vrai conflit d’ordre spirituel qui nous dépasse (dure depuis Adam) mais qui trouve un écho profond dans notre vie.
En nous, deux « lois » opposées : « la chair a des désirs contraires à l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à la chair ».

Ce n’est pas la tension entre le Ying et le Yang. L’Esprit de Christ qui agit en nous n’est pas une force, pas une énergie ou une puissance, mais une des personnes de la Trinité - Dieu présent en nous, d’une façon mystérieuse que Jésus compare à l’action du vent.
Mais quelque chose en nous lui résiste, que Paul appelle « la chair ». Il ne s’agit en aucun cas de notre corps, comme si Paul opposait le spirituel, qui serait bon, au corps humain, qui serait mauvais. On a fait dire cela à Paul, mais c’est totalement faux. Notre personne n’est pas séparée en deux, nous sommes corps et esprit en une seule unité. 
La chair, c’est un autre mot pour dire « le péché ». C’est notre tendance profonde, héritée d’Adam, de nous aimer nous-même au lieu d’aimer Dieu et les autres. Et donc « accomplir la convoitise de la chair », c’est simplement se laisser aller à cette pente naturelle qui a conduit certains philosophes à dire que « l’homme était un loup pour l’homme », que « l’enfer c’est les autres », etc.
  Le mot clé ici c’est : égoïsme et désir d’indépendance envers Dieu. Je suis moi-même Dieu, le centre du monde. Je fais ce que je veux, quand je veux. 
Pas besoin de vous faire un dessin sur les conséquences d’un tel état d’esprit, nous les connaissons bien et elles sont décrites au verset 24 : « les oeuvres de la chair … inconduite sexuelle, débauche… ». 
En entendant cette liste, certains se disent peut-être : « ouf ! je ne suis pas concerné ! je suis quelqu’un de bien, moi ! ». 
Pourtant nous sommes tous concernés par cette tension, et il y a un risque à  minimiser cette lutte intérieure, comme l’on fait les Galates. 
Par exemple, j’ai longtemps cru que la liste du verset 22, c’était une liste des choses à acquérir pour faire plaisir à Dieu. Un peu comme ces évaluations par compétence où on doit cocher: je sais apprendre… Et là on a une liste de points à améliorer : amour : insuffisant. Joie : c’est bon. Paix : peut mieux faire, etc. Et on se dit : je suis pas si mauvais, finalement. Je pourrais bien arriver à vivre tout cela à force d’efforts et de patience. 
Mais croire cela nous garde « arrêtés » (v.7), nous empêche de grandir en sainteté à la ressemblance de Jésus comme Dieu nous y a appelés. Nous restons limités dans notre capacité à avancer, et peut-être même : empêtrés dans nos enfermements, et découragés à force de retomber sans arrêt pour les mêmes péchés - on n’y croit plus, on se dit qu’après tout, personne n’est parfait… et Dieu ne peut plus agir en nous pour nous amener à l’épanouissement. Et le pire, c’est qu’on risque de l’accuser, lui, de ne pas répondre, alors que c’est nous qui sommes fermés à sa présence ! 
La seule voie, c’est de comprendre que nous ne pouvons rien faire hors d’une dépendance totale à Dieu et nous laisser guider par son Esprit qui nous rend libres. 
Libres, comment ça ? 
La tension entre la chair et l’Esprit n’est pas une question de pourcentage : être à 60% de Saint Esprit et 40% de « chair ». Les deux tendances, les deux impulsions cohabiteront en nous jusqu’à notre mort.
Mais par la puissance de l’Esprit de Jésus-Christ, nous avons maintenant la liberté de choisir d’écouter l’une ou l’autre. En mourant sur la croix, Jésus a vaincu toutes ces puissances qui sont plus fortes que nous et contre lesquelles nous sommes toujours perdants.
Nous sommes donc libres de choisir notre camp : user de notre liberté pour ou contre Dieu. Pour le laisser agir ou freiner son action en nous. 
Paul met en garde ceux qui voudrait utiliser leur liberté pour faire n’importe quoi, et ceux comme les Galates qui se remettraient sous l’esclavage du légalisme(au choix, « un vrai chrétien… parle en langues, est responsable d’un groupe, lit le grec, connait le Louiscope par coeur (journal de l’Eglise)…). 
Encore une fois, le seul bon usage de cette liberté c’est : choisir de nous laisser conduire par l’Esprit. Renoncer complètement à notre pouvoir sur notre vie pour obéir à l’Esprit de Dieu.
C’est le fameux « décentrement » …


II. Marcher par l’Esprit 

Et c’est là qu’on en arrive à LA grande question que je sens flotter là, dans l’assistance : marcher par l’Esprit, comment ça se passe, concrètement ? 

Il n’y a rien là de « magique ». Cela ne se passe pas seulement par des intuitions surnaturelles et des révélations fracassantes. Il y a un chemin entre celui qui prend tout ce qui lui passe dans la tête pour des « désirs » de l’Esprit et celui qui reste fermé à ce qui vient de Dieu par peur de dériver.

Marcher par l’Esprit… on peut dire déjà que c’est un état d’esprit (!). C’est choisir, de mettre Dieu au centre de nos choix, de nos aspirations et de dépendre de lui. C’est « chercher Dieu » sincèrement (J’aime cette expression).  Chercher à être plus proche de lui. 
L’un des rôles de l’Esprit Saint est précisément de manifester la présence de Dieu à nos côtés, et de nous donner la soif de Dieu !  En Jean 14.15-17,  Jésus dit ainsi qu’il ne nous  laisse pas seul s « comme des orphelins », qu’il nous donne « un autre défenseur pour qu’il soit avec nous pour toujours, l’Esprit de la vérité ». « C’est le Défenseur, l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout et vous rappeler tout ce que moi, je vous ai dit » (14.26)
Ainsi, il vient habiter dans le coeur de ceux qui acceptent le salut offert par Jésus-Christ. Mais il est déjà à l’oeuvre dans le coeur de ceux qui cherchent Jésus, c’est lui qui nous rend capables de croire. 
La Bible dit même que personne ne peut dire (sincèrement) « Jésus est seigneur » si le Saint Esprit n’agit pas en lui. « Tout esprit qui reconnaît Jésus-Christ venu en chair est de Dieu », dit Jean (1 Jn 4.2). Si nous croyons en Jésus fils de Dieu, mort et ressuscité pour notre salut, cela signifie que nous avons reçu le Saint-Esprit et que nous sommes déjà en marche avec lui.

En somme, si nous le cherchons c’est qu’il est déjà là. Mais il faut apprendre à le connaître, à l’écouter et lui laisser la place ! 

Marcher par l’Esprit, c’est alors vouloir être instruit par lui, à travers la méditation de la Bible
Nous le répétons souvent, Dieu nous parle personnellement à travers la Bible. On dit que l’Esprit « éclaire » notre intelligence et notre coeur quand nous méditons la Bible. Cela implique d’être attentif, à l’écoute, disponible et humble. 
Il est important de garder en tête que l’Esprit ne dit jamais autre chose que la Bible, qu’il a inspirée.
Le Saint-Esprit est un enseignant qui nous rappelle les enseignements de Jésus. Marcher par l’Esprit, c’est donc aussi apprendre à connaître ces enseignements, pour que l’Esprit non seulement nous permette de les comprendre, mais aussi nous rende capable d’y obéir. L’Esprit pourra nous remettre en mémoire un verset précis, par ex. Il parlera à travers les autres chrétiens : quant un frère vous dit juste la parole dont vous aviez besoin ; quand un verset lu pendant le temps de prière annonce la prédication ; quant un SMS arrive pile au bon moment…
La foi qu’il inspire aux autres nous aide aussi à croire, j’en ai fait l’expérience. 
De manière générale, toutes les paroles inspirées de la Bible qui nous rejoignent et nous éclairent viennent de lui ! 
Rappelons nous alors que ce n’est pas la quantité de Bible qui compte, mais la qualité ! Mieux vaut repenser à un seul verset toute une semaine que lire trois pages et de tout oublier ensuite. 

Le Saint-Esprit peut aussi nous parler à travers notre ressenti : le NT parle ainsi de la « tristesse selon l’Esprit » ; « n’attristez pas l’Esprit » : Il nous aime tellement qu’il peut être attristé par ce que nous faisons, et on peut ressentir cette tristesse parfois quand nous péchons volontairement, quand nous nous éloignons… Mais cette tristesse est un murmure d’amour pour que nous revenions à lui, simplement dans la repentance. 
Au contraire, ce qui vient nous troubler pour nous éloigner de Dieu et des autres, ne vient pas de Dieu. « Cette persuasion ne vient pas de celui qui vous a appelés », écrit Paul. 

Contre les « tendances » de notre « chair », l’Esprit nous mettra aussi à coeur des « aspirations », des envies, des impulsions à faire la volonté de Dieu ! Je l’ai dit, il crée la soif !! 
Bien sûr, il fait être prudent avec le fameux « je me suis senti poussé à… ». Etre poussé par l’Esprit, cela arrive, mais il nous faut donc être extrêmement vigilants et toujours confronter ce que l’Esprit semble nous dire à ce qu’Il dit aux membres de notre église, et toujours dans la soumission aux Écritures.
Dieu agira et parlera toujours pour  que grandissent l’amour, la joie, la paix… pour l’annonce de l’Evangile et la croissance du Royaume de Dieu. 

En somme, la présence de l’Esprit de Dieu est une présence discrète, mais réelle et agissante. Comme le vent, on la devine plus par ce qu’elle produit que par notre propre ressenti. Au fruit qu’elle fera pousser.
Je dirai même que pour nous préserver de l’orgueil, l’Esprit agira souvent en nous à notre insu. Si nous souhaitons sincèrement faire la volonté de Dieu, il agira, et nous apprendrons peut-être un jour que telle ou telle de nos paroles, tel ou tel de nos actes, donc nous n’avons même pas le souvenir, a touché quelqu’un et l’a rapproché de Dieu. 
Pour moi, l’un des signes que l’Esprit agit dans ma vie, c’est que jour après jour je continue à chercher Dieu, à avoir faim et soif de lui. Je sens bien que ma volonté n’y est pour rien, au contraire. 

Oui, il nous guidera, nous pouvons lui faire confiance. 

Pour finir, j’ai envie de dire que se laisser diriger par l’Esprit, c’est entrer dans le repos de Dieu. Avancer en tenant la main de ce Père attentif, de ce Dieu qui est amour, et lui permettre d’agir vraiment en nous, par sa puissance, pour que son amour nous remplisse.
« parce que vous êtes des fils, Dieu a envoyé dans notre cœur l'Esprit de son Fils, qui crie : « Abba ! Père ! » 7Ainsi tu n'es plus esclave, mais fils ».  (Gal. 3 6)
A cause de notre nature abîmée, c’est pas évident de se laisser aimer par Dieu. Nous sommes dans une certaine mesure montés à l’envers. 

Mais le Saint-Esprit veut aussi nous ouvrir à cet amour. C’est lui qui le « déverse dans nos coeurs », dit Paul. Par lui, je peux accepter d’être aimé comme je suis, sans avoir rien à mériter, rien à cacher, rien à prouver. Souvent ça prend du temps. 
Oui, marcher par l’Esprit c’est se reposer sur Dieu. Sous la pression du stress, je vais commencer à paniquer, à m’agiter. Mais Dieu est là…Par le Saint-Esprit, je peux choisir de laisser Dieu « combattre pour moi », comme il l’a fait pour le peuple d’Israël..
Dans la douleur et la tristesse, je me replie sur moi-même, j’ai l’impression que Dieu m’a abandonné.. mais il habite en moi, et je peux le laisser me consoler. 
Je voudrais conclure en relisant le v.22 , pour que nous en pesions chaque mot ; essayez de visualiser ce que ça donnerait dans notre vie quotidienne, et dites-vous : Dieu veut produire cela en moi par le Saint-Esprit : « quant au fruit de l’Esprit, c’est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi… ». 
Que cet amour nous remplisse, tous ensemble, en tant que communauté, en tant qu’individu, qu’employé, que voisin, que parents…


Amen 

Prédication du 31 mai 2015


Deutéronome 4.32-40
Laisser Dieu être Dieu 



Une question pour commencer  : avez-vous déjà été surpris par l’action de Dieu dans votre vie ou autour de vous ? 
Avez déjà été surpris par exemple que Dieu réponde à l’une de vos prières ? 
Je dois avouer que personnellement, devant des actions manifestes de Dieu dans ma vie ou celle des autres, je me suis souvent surpris à m’exclamer : « incroyable ! ».
Incroyable - comme si le fait que Dieu agisse ou parle vraiment était devenu tellement improbable qu’on n’osait même plus l’espérer. 
Cela m’interroge : est-ce que nos vies ne seraient pas totalement différentes si nous croyions vraiment que Dieu… est Dieu ? Vraiment Dieu ? Pleinement Dieu ? 
Est-ce que nous n’avons pas besoin de nous rappeler que Dieu… est Dieu ?
Belle évidence à proclamer dans une église, me direz-vous ! Certes, nous confessons que Dieu est Père, qu'il est Fils en Jésus-Christ et présent et actif parmi nous par le Saint-Esprit. C’est vrai, nous le croyons et nous sommes capables certainement de dire là dessus bien des choses très intéressantes. Et pourtant, face aux enjeux de la vie quotidienne, quand le problème est là, que l’idéal se heurte au réel - … que la foi est mise à l’épreuve… en quel Dieu croyons-nous ? 
Et au-delà de nos connaissances sur Dieu, est-ce que nous n’avons pas besoin de laisser Dieu être vraiment Dieu dans notre vie  ? 
Laisser Dieu être Dieu. L’expression peut vous surprendre, mais laissez-moi la creuser avec vous. Et nous méditerons pour cela un passage du Deutéronome, 4.32-40. 

Quelques mots de contexte d’abord. C’est un discours que Dieu adresse au peuple hébreu, qui après avoir été miraculeusement délivré d'Egypte, après avoir été conduit à travers le désert, arrive en vue de la Terre que Dieu lui a promis. 
Le peuple est là, perdu au milieu du désert de Moab. Devant lui s'étend la Terre Promise, avec tous ces peuples puissants qui y habitent. La chaleur du désert, la fatigue, les armes des autres en face, tout cela est bien concret. Mais Dieu  ? Est-ce qu'ils ont en eux assez de Dieu pour aller de l'avant  - assez de confiance, de connaissance, d’expérience... pour qu'il soit plus qu'une réalité lointaine, et vraiment leur Dieu, leur force ? 
En somme, est-ce que Dieu est vraiment Dieu pour eux  ? 
Lisons ensemble les paroles que Dieu leur adresse alors : 

Lecture 

Ce qui m’a frappé ici, c’est que pour encourager son peuple à se saisir de cette terre de Canaan qu'il va lui donner, et qui est là, sous ses yeux, Dieu lui rappelle avant tout sa grandeur : comme si les Israélites n’avaient pas seulement besoin d’entendre que Dieu les a choisis, et qu’il les aime (ce que prouve son action passée dans l’histoire d’Israël), mais surtout que le Dieu dans lequel ils ont placé leur confiance est vraiment Dieu (v.35), «  il n'y en a pas d'autre que lui  ». Un Dieu agissant, vivant, tout puissant.  
Ainsi le peuple est replacé devant la grandeur de Celui qui le dépasse - «  informe toi... sur les jours qui t'ont précédé  » - sous-entendu  : tu ne résumes pas le monde à toi tout seul ! Dieu se rappelle à lui comme celui qui est pleinement Dieu, dans tous ses attributs - le Créateur de l'univers et de l'humanité, éternel  (sens du nom YHWH), omnipotent - il parle et agit dans l'histoire humaine «  au moyen d'épreuves, de signes, de prodiges et de combats, d'une main forte, d'un bras étendu, par des interventions grandes et redoutables   omniprésent,  «  Dieu dans le ciel, en haut, et sur la terre, en bas »…
Le peuple d'Israël a pourtant vu et vécu des choses bien plus extraordinaires que nous tous réunis: la mer qui s'ouvre ; la manne ; Dieu qui parle au mont Horeb, etc. 
Mais il a besoin de « réfléchir » à qui est Dieu, de le remettre au centre, et de le prendre au sérieux.  Voilà pourquoi Dieu se rappelle à lui comme un Dieu proche, qui parle et qui agit vraiment dans ce monde. 

Ainsi, laisser Dieu être Dieu, c’est premièrement croire qu’il n’a pas perdu la parole - de fait, l’AT ironise beaucoup sur les idoles muettes, ces statues devant lesquelles tout le monde se prosterne. Mais notre Dieu, lui, parle à ses enfants - « Un peuple a-t-il jamais entendu la voix de Dieu parlant du milieu du feu, comme tu l’as entendue ? (Dt 4:33)
Et il nous parle encore aujourd’hui. Voilà pourquoi il est vital de lire la Bible, et de le faire pour se mettre à l’écoute de Dieu. 
J’ai envie de dire : écouter la Bible au lieu de la faire parler !  C’est que nous les Protestants, nous avons vite tendance à faire de la Bible notre «  chose  » - on la lit (parfois !), on en débat, on donne son avis dessus, on y cherche des arguments pour soutenir telle ou telle position éthique (comme dans les débats autour des questions de sexualité)... Mais en fin de compte, le danger est de ne plus la lire que de notre propre point de vue, pour y trouver ce que nous y cherchons. Alors on en relativise le propos - selon la culture d'une époque, les circonstances... Bien sûr, on peut voir dans les débats de l'Eglise Protestante Unie autour de la bénédiction des couples de même sexe apparaître ce type d’approche de la Bible (Eglise Unise qui est, j’insiste sur ce point, loin d’être « unie » sur ce sujet, ne soyons pas caricaturaux) - mais cette tentation de subordonner la Bible à nos idées est celle de tous, sur des modes différents. 
Au contraire, laissons la Bible être cette Parole de Dieu qui déplace et nourrit, et par laquelle nous devons être « éclairés », comme dit le texte : « tu as été éclairé » - littéralement, « on t’a montré pour que tu saches ». 
Prier et écouter. Laisser Dieu être Dieu, c'est encore prendre au sérieux ce qu'il nous demande, et ne pas oublier qu’écouter ou non la Parole de Dieu c'est une question de vie ou de mort  ! « Tu observeras ses prescriptions et ses commandements, tels que je les institue aujourd’hui, afin que tu sois heureux, toi et tes fils après toi, et que tu prolonges tes jours… » (v.40).
Ecouter pour vivre et être heureux ! Le peuple dans le désert de Moab le sait bien - combien dans son sein ont perdu la vie de n'avoir pas écouté ce que Dieu leur disait  ? 
Dans cette écoute, nous avons besoin du Saint-Esprit, l’Esprit de Christ qui est Dieu lui-même venant éclairer notre intelligence et toucher notre sensibilité, quand nous lisons avec le coeur et les oreille et pas seulement avec la tête. Il nous « montre », pour nous diriger, nous reprendre. Alors en lisant, priez que le Saint-Esprit vous touche, qu'il vous montre ce que Dieu veut nous dire personnellement. En somme, « priez » la Bible- pour ensuite faire la volonté de Dieu, vivre et être heureux. 

Ecouter Dieu nous parler, donc. Mais pas seulement. 
Laisser Dieu être Dieu, c’est aussi croire qu’il agit dans ce monde sans aucunes limites. 
On l’a vu, Dieu se révèle aussi à Israël comme un Dieu vivant, qui agit. Voyez comment Moïse insiste sur cette action fidèle et bien concrète de Dieu dans l’histoire de son peuple  : « un Dieu, dit-il, a-t-il jamais essayé de venir prendre pour lui une nation du sein d’une autre nation, au moyen d’épreuves, de signes, de prodiges et de combats, à main forte et à bras étendu, et avec des (interventions) très redoutables, comme tout ce qu’a fait pour vous l’Éternel, votre Dieu, en Égypte sous tes yeux ? (Deutéronome 4:34)
L’une des grandes tentations d’Israël dans l’AT, c’est l’idolâtrie, savez vous pourquoi ? A cause de cette tendance que nous avons tous à chercher des dieux « domestiques », apprivoisés, prévisibles et contrôlés. Mais le Dieu qui fait trembler le mont Horeb, déloge les esclaves hébreux de leur confort pour les pousser à la liberté, il est incontrôlable ! C’est un vrai Dieu ! Et les humains pécheurs que nous sommes aiment contrôler.
Et puis, je crois que la peur nous pousse aussi à mettre Dieu en boîte. Majoritairement, notre vie se déroule dans la sécurité illusoire de la banalité, de la « vie de tous les jours », ce monde rationnel où rien ne doit dépasser. Nous rangeons Dieu quelque part là dedans, alors découvrir tout à coup que, comme aime le dire l’un d’entre nous, « on n’est jamais à l’abri d’un miracle », qu’une guérison inexpliquée ou une intervention divine non inscrite sur le planning sont possibles… ça peut faire peur ! Certains jeunes chrétiens ont peur comme ça que Dieu les envoie en mission au bout du monde contre leur gré !! 
Mais Dieu n’est ni lointain, ni imprévisible, et je crois que nous avons peur parce que nous comprenons mal à quel point il nous aime.  
Alors nous nous fermons, et nous limitons son action dans nos vies - surtout, ne me change pas ! 
J'aime bien la façon dont Louis Schweitzer décrit cela. Il dit  : «  nous imaginons un Dieu sympa qui nous protège plus ou moins (je dis plus ou moins, parce que cela ne marche pas à tous les coups). En gros, il ne nous embête pas trop, nous laisser mener assez tranquillement notre petite vie et nous espérons qu'il répondra quand nous aurons besoin de lui  ? Il le fait d'ailleurs de temps en temps. Certains en rendent témoignage le dimanche. Mais nous savons bien que parfois il ne répond pas, et nous ne faisons donc appel à lui qu'en désespoir de cause  »...

Aux Israélites, Dieu rappelle au contraire tous les actes extraordinaires qu'il a accomplis pour eux. Tout cela a vraiment eu lieu : or, nous qui confessons ce Dieu tout puissant venu sauver son peuple  : croyons nous que Dieu peut agir de la même façon dans notre histoire ? le laissons nous agir dans notre vie  ? Ne limitons nous pas son intervention aux problèmes... aux grandes décisions  ? 
Que seraient nos vies si nous lui faisions vraiment confiance  ? Si nous lui abandonnions vraiment nos problèmes  ? 

Ainsi, il est clair que la profondeur et la force de notre foi dépendent de l’image que nous faisons de Dieu. Petit Dieu, petite foi, petites perspectives. Soyons assurés que l’Adversaire n’attend qu’une chose : que nous restions sagement inactifs, tenus hors du combat par une petite foi en un petit Dieu, qui n’est pas le Dieu de Jésus-Christ. 

Ce Dieu-là dépassera toujours ce que nous pouvons en comprendre. Ne l’enfermons pas dans l’expérience que nous en avons eu dans notre famille, notre Eglise, notre expérience personnelle. 
Et surtout ne décidons pas a priori de ce qu’il peut faire ou pas ! Apprenons plutôt à connaître ce que nous ne sommes pas capables de faire - nos propres limites
Car plus nous saurons reconnaître notre faiblesse, plus le Saint-Esprit pourra agir en nous - avec une puissance toujours pleinement agissante, pour révéler Dieu, libérer et guérir. Pour nous surprendre et nous faire avancer !  
Qui aurait cru que le Fils de Dieu viendrait lui-même mourir pour nous sauver de la condamnation que nous méritions pour nos péchés ? 
Qui aurait pensé que Dieu viendrait ainsi manger, marcher, pleurer et rire avec nous, et donner sa vie pour que nous devenions à notre tour des enfants de Dieu, remplis de son Esprit tout puissant ? 
Pourtant, il l’a fait - et nous allons le commémorer par la Sainte Cène - en devenant pleinement homme, le Fils de Dieu pleinement Dieu a révélé parfaitement Dieu, en paroles et en actes. 
Pleinement révélé son amour et sa puissance sans limites. 

Alors pour finir, j’ai envie de dire : au nom de Jésus, osons
Osons demander à Dieu de nous parler, par le St Esprit
Osons demander à Dieu d’agir dans nos vies, par le Saint-Esprit
Osons demander à Dieu de nous remplir du Saint-Esprit, et de manifester sa gloire dans notre vie. 


Et si vous voulez bien, nous allons prier ensemble pour demander cela à Dieu.
Mais juste avant, je voudrais vous suggérer quelque chose de très simple qui aide à rester disponibles à ce que Dieu nous dit et accomplit pour nous : tenir un « journal spirituel ». Noter dans un carnet les versets qui nous touchent. Les réponses aux prières. Les événements qui nous interpellent ou nous questionnent. Nos incompréhensions. Nos prières. Et y revenir de temps en temps. 
Vous verrez certainement avec le recul l'incroyable pertinence de nombre de ces paroles pour votre cheminement personnel, et la présence fidèle de Dieu sur votre parcours.

Je vous invite à prier - (prière inspirée par Ephésiens 3, 17b-20)

Père Eternel, 
nous  te reconnaissons comme le Dieu tout Puissant, Créateur du Ciel et de la terre,
Père, Fils et Saint-Esprit, 
Au nom de ce que ton Fils  Jésus, a accompli, nous te demandons de nous remplir de ton Esprit Saint, afin qu’il éclaire pour nous Ta Parole, qu’il nous dirige et produise en nous des fruits de justice et d’amour. 
Que le Christ habite dans nos coeurs par la foi
Enracine-nous dans l’amour.
Rends-nous capables de comprendre combien cet amour est étendu, large, haut et profond. 
Fais nous connaître l’amour du Christ qui dépasse toute connaissance, 
Afin que nous manifestions ta gloire.
Au nom de Jésus

Amen

Prédication du dimanche 2 mai 2015


Jean 15. 1-11
« Sans moi, vous ne pouvez rien faire... 
demeurez dans mon amour ».



Il est parfois difficile de résister à la tentation du découragement, de l'amertume, de la haine.
Juste un témoignage. Ces dernières semaines, les personnes parmi nous qui cherchent un logement pour accueillir « nos » réfugiés irakiens se heurtent à des portes qui se ferment les unes après les autres, dès que les gens comprennent que c'est pour accueillir des réfugiés, des étrangers, du Moyen-Orient par dessus le marché - alors même que toutes les garanties sont données ! Mais simplement à cause d'a priori, et parce que seul l'intérêt individuel importe, au final.
Confronté à la réalité de cette peur de l'autre, de cet égoïsme, du racisme aussi, qui gangrène notre pays, il est tentant de juger à son tour, d'en vouloir à ces gens, et de se laisser abattre.
Dans un tel contexte, comment rester des disciples fidèles de Christ, sans nous laisser entraîner loin de son sillage, hors du chemin qu'il a tracé pour nous ?
Plus que jamais, nous avons alors besoin de nous accrocher à lui, et à lui-seul - parce que lui seul à la maîtrise de la situation, et parce que lui seul peut faire naître du bien dans de telles situations.
Nous accrocher à lui en tous temps : voilà d'ailleurs le principal commandement que Jésus laisse à ses disciples, à la fin de l’évangile de Jean.
Juste avant sa mort, dans ce passage bien connu des chrétiens où Jésus développe l'image du cep de vigne et des sarments, il leur adresse deux paroles qui sont deux repères, deux balises pour nous garder sur le droit chemin ;
Deux paroles : d'abord : « sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Et puis : « demeurez dans mon amour ».

Par ces quelques mots, prononcés peu avant sa mort, Jésus nous ramène à l'essentiel. Avec lui, pas une religion, mais une relation, vivante, intime avec Dieu. Et c'est dans cette relation qu'il nous appelle à demeurer.
Lecture : Jean 15.1-11

Demeurez... voilà donc le principal commandement du passage. Demeurez en moi. Demeurez dans mon amour.
Mais ce n'est pas un hasard si cet appel entre en résonance avec cette autre parole, cette déclaration sans appel, pas si évidente à entendre : « sans moi, vous ne pouvez rien faire. ». Littéralement : « hors de moi, si vous êtes coupés de moi - vous ne pouvez rien faire ».
Nous avons besoin de cela aussi pour marcher fidèlement avec Dieu.

Avant d'aller plus loin, il faut bien comprendre qu'évoquer la vigne face à des membres du peuple d'Israël, ce n'est pas innocent : dans l'AT, la vigne est précisément donnée comme symbole d'Israël - Osée et Esaïe (5) disent ainsi que « la vigne du Seigneur, c’est la maison d’Israël ». Il l'aime et en prend soin, et attend qu'elle porte de beaux fruits - mais elle ne produit que l'injustice et la révolte.
Certes, à l'époque de Jésus, le peuple cherche à produire des fruits, cependant il voudrait les faire pousser par ses propres forces, en obéissant strictement à la Loi. Mais c'est voué à l'échec ; Les juifs s'épuisent dans ces efforts, et ne parviennent à produire que de l'injustice, de l'oppression, un légalisme qui ne fait que les assécher.
Voilà pourquoi Jésus leur dit : « c'est moi qui suis la vraie vigne. » ; « hors de moi, vous ne pouvez rien faire ».
« Rien faire ». C'est dur à entendre, mais n'est-ce pas ce que nous découvrons par nous-mêmes, à travers nos épreuves ?
Combien de nos difficultés viennent de ce que nous n'avons pas encore accepté, intégré, que sans Jésus, nous sommes incapables de porter des fruits ?
Alors, par exemple, il arrive que le découragement nous rattrape, parce que notre service dans l'église n'a pas été reconnu, qu'on a été critiqué, que ce qu'on croyait une réussite s'avère un échec, etc. Dans ces moments-là, il est facile de se dire : « je suis un bon à rien, je n'y arriverai jamais ». Tentant de tout laisser tomber, de quitter la vigne - « puisque c'est comme ça... » ; « à quoi ça sert d'être chrétien ».
Mais osons le dire : de telles paroles ne sont-elles plutôt l'expression d'un orgueil blessé, et le révélateur de notre péché ? Nous avions cru y arriver par nous-mêmes, parce que nous n'avons pas encore pris toute la mesure de notre faiblesse, et nous avons sous estimé en même temps la grâce de Dieu.
De même, il arrive que nous nous sentions secs, ou fatigués d'essayer de vivre une vie chrétienne fidèle. Peut-être parce que nous croyons que Jésus a juste ouvert la voie, commencé le travail et que c'est à nous de le poursuivre avec les forces que nous avons ? Avec nos dons ? Avec pour seules armes les enseignements et les règles bonnes qu'on a reçu dans notre éducation chrétienne, par exemple ?
Et nous voilà au lycée, au travail, à la fac, et il faut pardonner, par exemple. Il faut pardonner à cet ami qui pour se moquer a posté des photos de nous sur Facebook, ou qui parle derrière notre dos. Ou bien, alors que Dieu nous demande de ne pas mentir, il se trouve qu'autour de nous tout le monde augmente ses chiffres de vente en arrangeant la vérité...
Allons nous y arriver sans Dieu ?
Non. Vouloir vivre ces valeurs - pardon, honnêteté - qui sont des facettes de l'amour, en tant que simple sarment, sans la force qui vient du tronc - ce n'est pas l'Evangile : ce n'est que de la morale, c'est voué à l'échec, cela peut nous conduire à l'épuisement, au découragement.

« Hors de moi, vous ne pouvez rien faire »  : si nous l'entendons vraiment, cette parole au contraire nous libère et nous allège ! Oui, nous pouvons désespérer de nous-mêmes et des autres... mais en Jésus, nous avons une espérance qui demeure, et ne déçoit pas !
Jésus nous montre aussi vers où orienter nos efforts : « demeurez dans mon amour ».
Demeurer ici, ça signifie vraiment : rester délibérément, choisir d'être là, de ne pas partir. De rester attaché. Adhérer. Choisissez en toutes circonstances la voie de l'amour, en puisant cet amour directement en Dieu, par Jésus-Christ.
L'image de la vigne est tellement simple, et tellement parlante pour dire la nécessité de rester attaché à Jésus pour vivre et faire le bien !
Une plante, et ses branches, dans lesquelles la sève circule, et avec elle, la force vitale, qui permet l'apparition de beaux raisins.
Personnellement, l'image du sarment lié au cep me touche parce qu'elle dit aussi l'amour inconditionnel de Dieu, Celui en qui jamais aucun rameau ne reste sec.
Ce Dieu qui nous dit : je suis la vigne, et toi, tu es un de mes sarments. Tu n'es pas n'importe quel bout de bois stérile qui traîne par terre en attendant d'être brûlé, tu as ta place dans ma présence, avec tes frères et soeurs.
Malgré vos faiblesses et vos aveuglements, vous êtes plantés dans mon amour, et vous allez porter de beaux fruits, pour la gloire de Dieu.
Arrivé à ce point de la méditation, je voudrais aborder rapidement deux questions :
D'abord, comment est-il possible que nous « demeurions en Jésus » ? Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?
Et pour finir, comment comprendre l'idée d'être « taillé pour porter plus de fruit » ?

Premièrement, donc, comment peut-on « demeurer en Jésus » ?
Cela, c'est l'oeuvre du Saint-Esprit, agissant en nous.
Ainsi, dans le chapitre qui précède, Jésus a promis aux disciples la venue prochaine de cet Esprit de vie, ce Consolateur, l'Esprit de vérité, qui nous rappelle les paroles de Jésus, nous permet de les comprendre, nous donne la force, conduit notre vie.
L'image du sarment lié au cep exprime aussi cela.
Cette union est assez mystérieuse. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut comprendre entièrement, c'est quelque chose qu'on va vivre. La présence de l'Esprit qui, comme dit Paul en Romains 5.5, « répand l'amour de Dieu dans nos coeurs ».
C'est bien lui la sève qui va circuler en nous, et faire régner peu à peu la vie de Dieu, dans notre vie entière, en rayonnant de l'intérieur.
Ses manifestations sont longuement décrites dans le Nouveau Testament :
Galates 5 : « le fruit de l'Esprit, c'est : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi »...

Donc, c'est par l'action de l'Esprit seulement que nous pouvons rester attachés à Dieu.
Bien sûr il ne s'agit pas de rester passifs en attendant que Dieu agisse : le Saint-Esprit nous est donné pour que nous fassions la volonté de Dieu, que nous mettions en pratique les commandements de Jésus, dans tous les aspects de notre vie.
Et redisons-le, cela signifie essentiellement : aimer : « ce que je vous commande, c'est que vous vous aimiez les uns les autres » (Jn 15.17).
« Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j'ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son amour » (15.9-10).
En somme, demeurer en Jésus c'est faire la volonté de Dieu, et faire la volonté de Dieu c'est aimer notre prochain, c'est « considérer les autres comme supérieurs à nous-mêmes »(Phil 2), c'est « faire preuve d'un véritable amour qui se manifeste par des actes » (1 Jn 3.18).

Voilà l'oeuvre que le Saint-Esprit travaille à nous mettre à cœur, agissant notamment à travers la parole de Dieu, en éclairant pour nous telle ou telle parole qui va nous toucher dans ce que nous vivons (dans une lecture perso, une prière, une prédication...). D'où la nécessité de fréquenter cette parole, d'en nourrir notre esprit.
Voilà l'oeuvre pour laquelle le Saint-Esprit nous équipe, en nous rendant capable d'aimer, et en nous accordant des dons à utiliser pour le bien des autres, toujours par amour.
Et c'est encore le Saint Esprit qui conduit nos cœurs dans la prière. Car il nous faut plus que jamais, en ces temps troublés, prier sans cesse- et ainsi apprendre à dépendre de Dieu dans tout ce que nous faisons.
Sur ce point, une magnifique promesse, souvent mal comprise, nous est faite au verset 7 : « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et cela vous arrivera ».
Bien sûr, jamais Jésus n'a pensé donner ici un chèque en blanc pour tous nos caprices.
C'est pour l'accomplissement de sa volonté - et donc, encore une fois, pour la croissance de l'amour - que Dieu promet cela. Celui qui demeure en Christ, dont le cœur est rempli du Saint-Esprit, ne saurait vouloir autre chose que ce que Dieu veut.
Demandant ainsi à Dieu ce qu'il veut lui même, il sera certainement exaucé ! Quand la tentation est là, quand la haine vous envahit, tournez vous vers moi, remettez moi votre cœur. Dites-moi : Seigneur, viens m'apprendre à aimer.
Et je vous exaucerai.

Dernier point : comment comprendre le verset 2 : « tout sarment qui porte du fruit, [mon Père] le purifie en le taillant pour qu'il porte encore plus de fruits » ?
Le but de Dieu est toujours l'établissement de son royaume d'amour et de justice. Et tant que le mal n'est pas vaincu, il faut que les fruits du bien poussent plus beaux.
Voilà pourquoi, si nous restons greffés sur le tronc, nous ne serons pas maintenus là où nous en sommes, mais amenés plus loin pour porter « encore plus de fruit » - plus d'amour, plus de justice, plus de vérité - pour la gloire de Dieu.
Vous vous dites peut-être : comment « demeurer, rester » tout en allant plus loin ! Mais notre vie de disciples est bien régie par deux appels : «je vous ai choisis pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure » (v.16) et « demeurez en moi ». Aller - et demeurer. En même temps.
C'est-à-dire : allez de l'avant, grandissez, avancez, progressez en sainteté – mais sans jamais vous mettre « hors » de moi.
Voilà pourquoi demeurer avec Jésus c'est prendre le risque d'être bouleversé, poussé en avant... parce que quand la vie grandit en nous, ça fait forcément éclater notre coquille !
Et dans ce processus de croissance, Dieu s'applique bien à nous montrer combien « hors de lui, nous ne pouvons rien faire » !
Il utilise les circonstances, qui nous montrent nos limites ; les relations avec nos frères et sœurs, pour apprendre à aimer chacun comme il est (!) - pour apprendre d'eux, aussi quand ils nous disent par exemple : là, mon frère, tu n'es pas dans le juste. Ou : là, tu m'as heurté, tu es allé trop loin.
Surtout, Sa parole nous rejoindra, si nous la méditons dans la prière, et nous permettra de voir où nous en sommes vraiment. Elle nous dira parfois : tu vois, là, ton intention est généreuse, tu penses être dans le juste, mais en réalité tu es en train de sortir du plan d'amour de Dieu pour toi ; tu es en train de te séparer du tronc ; tu perds de vue ton prochain, pour ne plus aimer que toi-même.
Mais quelles que soient nos expériences négatives et nos fautes, ne nous décourageons pas. Ne quittons pas la vigne mais demeurons dans son amour.
D'autant que cette invitation est pour nous, quelle que soit l'étape où nous en sommes avec Dieu. Si on est un ou une jeune qui ne sait plus trop si ce qu'il croit, c'est à lui ou c'est juste une éducation ; si on est un chrétien qui a déjà entendu ce texte 600 fois, ou bien quelqu'un qui le découvre et s'interroge à son propos...
Si nous sommes dans une phase intense avec Dieu, ou bien de ceux qui se disent : « je crois en Dieu, mais je ne sens pas sa présence. J'ai l'impression qu'il est loin, que mes prières ne dépassent pas le plafond... ».
Quelle que soit notre situation, si nous cherchons Jésus, c'est qu'il est déjà là ! Si nous désirons la présence et l'amour de Dieu, c'est précisément le signe que la sève de l'Esprit coule déjà en nous, attisant notre soif, attirant nos cœurs vers Dieu.
Alors demeurons - accrochons-nous. Continuons à chercher Dieu, dans la Bible, dans la prière, avec les autres.
Pour finir, je voudrais simplement lire ce que dit Jésus au verset 11 : « je vous ai parlé ainsi pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète ».

La joie de Dieu, en nous, complète. Magnifique cadeau que Dieu nous offre, une joie à vivre dès maintenant dans la relation avec lui, et qui sera parfaite dans l'éternité, lorsque le Christ sera revenu et qu'il nous aura pris avec lui, pour que nous demeurions dans son amour, dans sa présence, en communion avec nos frères et sœurs, et avec le Père - pour l'éternité.

Amen.


Prédication du 12 avril 2015


Luc 4.1-13
La tentation du doute



Pour vous, qu'est-ce qu'un homme ou une femme de foi ? Qu'est-ce qu'un croyant mûr et accompli ? Quelqu'un qui n'est jamais secoué et qui ne connaît pas le doute ? Qui s'adresse à Dieu sans jamais douter d'être exaucé - et qui ainsi reçoit la réponse à ses prières ?

C'est peut-être ce que nous rêvons d'être, au fond. Pourtant, ce type de personnage ne se trouve pas dans la Bible. Aussi surprenant que cela puisse paraître, même Jésus ne correspond pas à cette description - lui qui, sans jamais pécher, a pourtant été profondément secoué dans sa relation avec le Père - secoué par l'angoisse, la tentation et même par une forme de doute.

Cela a commencé dès le début de sa vie publique. Dès le début il a été tenté.
Luc raconte cet épisode au chapitre 4 de son Evangile.
Il intervient juste après le baptême de Jésus. Alors qu'il sort de l'eau, Dieu parle : « tu es mon fils bien aîmé, c'est en toi que je prends plaisir. ».

Lire la suite dans Luc 4.1-13

On retrouve dans ce récit ce que tout chrétien rencontre à un moment ou l'autre : une expérience forte avec Dieu -ici, le baptême - suivie d'une période de « re descente », assortie parfois de trouble, de remise en question - avec la tentation de douter de ce qu'on reçu.
Oui, ce baptême est une expérience forte pour Jésus. Par ce geste, il manifeste son désir de servir Dieu, de lui obéir. C'est un moment clé pour lui, qui donne son ordre de mission - Jésus est là pour accomplir la volonté du Père - et introduit son ministère. A cette occasion le Père, le Fils et le Saint-Esprit apparaissent ici ensemble, en parfaite harmonie.
Jésus est alors reconnu dans son identité de Fils, et de Fils aimé : « tu es mon fils bien aimé, c'est en toi que j'ai pris plaisir ». Parole confirmant l’annonce faite à Marie : « l’enfant qui naitra de toi sera appelé Fils de Dieu ».
Joie. Paix. Lumière de Dieu sur lui.
La place où se tient Jésus à ce moment-là, c'est précisément celle dont il va nous ouvrir l'accès, à nous aussi, par son obéissance - l'entrée dans la présence même de Dieu, sous son regard d'amour. La communion avec le Dieu trinitaire. Comme Jésus, se savoir aimé, se savoir Fils. Se tenir devant Dieu, prêt à accomplir sa volonté - car c'est cela qui le réjouit.
Les Psaumes essaient de dire cette proximité avec Dieu par toutes sortes d'images : celle de l'enfant sevré dans les bras de sa mère ; se tenir « à l'ombre du Très haut », sous ses ailes... La Bible parle aussi du « trône de la grâce » - on est dans la douce présence de Dieu, en paix dans son amour.
Pas d'ombre, pas de nuage entre Dieu et nous.

Mais pour que nous puissions goûter à cette communion, Jésus devait suivre jusqu'à la croix ce chemin d’obéissance sur lequel il s'engage lors du baptême. Il ne devait pas s'en détourner, afin de vaincre le Tentateur, et avec lui toutes les puissances de mort à l'oeuvre dans ce monde.
L'Esprit Saint va donc conduire Jésus dans le désert pour qu'il accomplisse sa mission - vaincre le tentateur. Pourquoi ?
Le passage au désert inscrit d'abord la venue de Jésus dans l’histoire d’Israël : 40 jours, 40 ans, Dieu qui guide le peuple dans le désert, qui le nourrit, le peuple qui perd ses repères, qui perd la confiance en son Dieu, et s'égare.
Après la gloire du baptême, Jésus va aussi connaître dans le désert ce que rencontre tout homme - la solitude, la souffrance, le manque. Et avec cela, la tentation de douter de la présence bienveillante de Dieu. Prier « donne nous aujourd'hui notre pain de ce jour » quand on n'a plus rien à manger, c'est un autre défi pour la foi.
Avec cela, le désert est aussi un espace sans repères, un espace d’errance, où il est facile de se perdre, de ne plus savoir où aller ou vers qui se tourner.
La question ici est : Jésus va t'il réussir là où le peuple d'Israël a échoué ? L'épreuve du désert va-t-elle renforcer sa relation de confiance et d'amour avec Dieu son Père, ou bien va-t-il se perdre ?
Point culminant de l'épreuve, après le jeûne, la rencontre avec le diable, littéralement « l'accusateur, le calomniateur ». En harmonie avec toute la Bible, Luc le considère comme une réalité spirituelle personnelle, objective (elle existe vraiment) et opposée à Dieu. Travaillant notamment à détourner les hommes de l’obéissance.
Derrière l'idée d'accusation fausse contenue dans son nom, il est dit quelque chose déjà de sa stratégie qu'on voit à l'oeuvre ici : il souffle des mensonges afin de jeter la confusion.
Il sème le doute, et avant tout le doute sur l'amour et la fiabilité de Dieu.

Jésus est alors tenté. Alors même qu'il est « rempli de l'Esprit ».
C'est un fait que nous oublions souvent je crois, ou peut-être nous n'aimons pas nous en souvenir tant nous rêverions pour nous-mêmes d'une vie sans combats, sans luttes.
Et puis, se dit-on, comment le Fils de Dieu pouvait-il douter de son Père, ou de Lui-même ? Mais il semble pourtant que Jésus ait eu des périodes de profond questionnement - à Gethsémané par exemple ; doit-on les appeler « doutes » ? A voir.
Tentations réelles en tout cas, le combat n'est pas qu'apparent. Jésus est véritablement un homme, et la faiblesse humaine devant la tentation est devenue son lot.
L'épître aux Hébreux (4.15) l'affirme d'ailleurs ; Jésus «  a été soumis, sans péché, à des tentations en tous points semblables » aux nôtres.  C'est bien ce qui se passe dans ce désert.
Il y a trois tentations dans le récit de Luc, qui sont toutes dans le fond tentation de douter de l'amour de Dieu. De sa fiabilité. De sa parole. Voilà à quoi s'emploie le Diable ici.
Savez-vous comment on fait pour fendre une énorme bûche, très solide en apparence? On place un coin, et on tape. Et le bois finit par éclater.
C'est comme cela que Satan agit : il place des coins dans nos convictions.
Le coin, ici, ce sont ces quelques mots en apparence tellement spirituels : « si tu es le Fils de Dieu... ».
L'attaque est subtile. Satan ne remet pas directement en question le dogme « Jésus, fils de Dieu ». Il semble même confirmer cette vérité en l'évoquant.
Mais ces mots sont diaboliques car, l'air de rien, ils mettent en doute l'affirmation de Dieu : « Tu es mon Fils bien aimé ; c'est en toi que je prends plaisir » ! Le soupçon est jeté sur cette déclaration d'amour. « Si tu es... ».
C'est la vieille stratégie du serpent, ce « Dieu a t'il réellement dit... » soufflé à Eve dès les débuts de l'humanité, et qui conduit au premier péché. On la retrouve tout au long de l'histoire. Dans le livre de l'Exode par exemple : Moïse reçoit de Dieu une parole pour Pharaon: laisse partir mon peuple (Ex.5.1-23). Aussitôt la parole reçue, la voilà mise en doute par tout le monde : est-elle vraiment de Dieu ? Qui est ce Dieu qui demande cela ? Mêmes les Israélites la remettent en question, accusant Moïse : depuis que tu as dit cela, nous avons encore plus de travail, on nous maltraite...
Moïse a été alors pris dans la culpabilité - depuis que tu as dit cette parole, tes frères souffrent encore davantage. On imagine ses questions alors : est-ce que Dieu m'a vraiment dit cela ? Est-ce qu'il veut le bien de son peuple ou son malheur, alors ? Si ça venait de Dieu, le peuple ne souffrirait pas. Etc. Doute sur les intentions de Dieu, sur son amour.

De même ici : « si tu es fils de Dieu... ».
Le doute est semé sur l'identité de Jésus, en utilisant d'abord le levier de la faim : tu as faim ? Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre de devenir du pain. Sous-entendu : si tu étais ce que tu crois être, si Dieu t'avait vraiment reconnu comme son Fils, tu aurais bien droit à de petits avantages, non ? Tu ne serais pas là à te torturer l'estomac inutilement, si Dieu voulait vraiment ton bien, s'il t'aimait comme un fils ».
Sous-entendu : es-tu sûr que Dieu t'aime vraiment pour te laisser ainsi affamé ?
Même paroles, pour la troisième tentation : alors Jésus a été conduit par lui en haut du Temple, le Diable lui dit : « si tu es Fils de Dieu, jette toi d'ici en bas. Car il est écrit : il donnera des ordres à ton sujet afin qu'ils te gardent et ils te porteront sur leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre »(4.9-12).
Etrange tentation, n'est-ce pas ? Faire du pain quand on a faim, gouverner le monde … on voit tout de suite l'intérêt, le levier de la tentation. Mais ici, sauter dans le vide ?!

En réalité il s'agit là aussi de saper la confiance en Dieu, et cette fois en détournant Sa Parole. Satan utilise cette fois la foi elle-même comme angle d'attaque. Voyez comme il se fait pieux, il se déguise en ange de lumière, presque en théologien ! - ouvre la Bible, cite un psaume...
C'est lui maintenant qui dit : « il est écrit... ! ». « ils te porteront sur leurs mains... ». Promesse de protection, sans ambiguïté.
Ainsi, voilà Jésus perché sur le toit du Temple, devant tout le monde ! Le texte parle précisément de l'arête du temple - Jésus est donc en équilibre instable : d'un côté, s'il refuse de sauter, l'on peut croire qu'il est incrédule, qu'il doute que cette parole de Dieu soit vraie... De l'autre, s'il saute, cela montre qu'il a besoin d'une expérience pour prouver la validité de la parole de Dieu : la Parole sera reconnue comme vraie... si Dieu le rattrape.
La tentation ici est donc de lutter contre le doute en cherchant un appui non en Dieu, mais sur ce qu'on vit, ce qu'on expérimente.
Le piège est vraiment vicieux. Si Jésus saute, c'est comme s'il disait : d'accord Dieu l'a dit, mais je ne le croirai que quand je l'aurai vécu. La Parole de Dieu ne suffit plus.
Faire ainsi dépendre la validité des promesses de Dieu de ce que nous vivons est clairement un piège pour la foi. Pourtant, n'est-ce pas un penchant que nous connaissons bien ?
Nous avons si souvent besoin de voir pour croire ! D'expérimenter, de ressentir.
Mais les sentiments sont parfois trompeurs, les émotions sont passagères. La foi qui repose sur cela ne tient pas longtemps. C'est l'image du fou qui construit sur le sable.
De plus, quand nous sommes ainsi sur un sol mouvant, nous sommes bien plus réceptifs à la voix de l'adversaire, dont nous connaissons tous le son.
Les mêmes mots sont soufflés à nos oreilles devant les difficultés, les épreuves : « si tu es enfant de Dieu... si tu es aimé de Dieu, tu dois bien être délivré de ces difficultés, non ? Si tu étais son enfant, tu n'aurais pas cette maladie, non ? S'il t'aimait, Dieu le tout puissant aurait déjà répondu à ta prière de guérison, puisqu'il peut tout. Es-tu vraiment aimé de Dieu ? ».
Entendons nous bien : il y a des doutes qui sont constructifs, quand nous doutons de nous-mêmes, que nous remettons en question nos certitudes pour aller plus loin. S'interroger est vital.

Mais il y a aussi des idées qui, semées en nous, vont produire peu à peu de mauvais fruits. L'ombre d'un soupçon, dont on connait la force destructrice, comme dans ces histoires où un doute, soudain, fait son chemin dans un couple, jusqu'à miner peu à peu la confiance en l'autre. Et madame, ou monsieur, commence à s'imaginer que l'autre le trompe, et bien sûr tous les signes concordent, et cela peut les amener très loin... alors que souvent on va découvrir qu'il n'en était rien.
Un doute, un soupçon...
Coin placé judicieusement pour faire éclater la confiance.
« Si tu es le Fils de Dieu... »
C'est comme une fausse note diffuse qui remet en question l'harmonie de l'ensemble. On ne sait pas vraiment d'où elle vient mais cela suffit à perturber.
Le doute peut être jeté ainsi sur tant de paroles de Dieu : « tu es une créature merveilleuse » ; « tu as du prix à mes yeux » ; « je ne t'abandonnerai pas », « j'ai pour toi des projets de paix, non de malheur »... et nous désespérons de nous-mêmes. Le désert nous semble alors sans issue, et déserté par le Seigneur.
Oui, toute foi connait des déserts dans lesquels l'adversaire a beau jeu de nous souffler que Dieu nous a oubliés ou qu'il n'a pas dit que... mais ces moments peuvent être aussi des occasions de grandir si nous restons accrochés à Dieu. La foi qui reste alors est celle qui repose sur la Parole et non sur le sentiment ou l'expérience.
Oui, n'en doutons pas (!), de tels déserts se présenteront sur notre chemin de notre foi, avec la tentation de renoncer.
Nous n'en sortirons certainement pas en refusant de regarder en face nos doutes et nos interrogations.
Nous n'en sortiront certainement pas en considérant cette tentation comme anormale, en la dramatisant à l'excès. Redisons-le, la tentation n'est pas encore le péché. L'hésitation n'est pas le renoncement.
Au contraire, l'exemple de Jésus est un encouragement à affronter nos doutes et à dire nos confusions. A les regarder paisiblement en face, sous le regard de Dieu, qui est le seul gardien de notre foi.
Osons dire nos doutes, osons les accueillir et les amener à l'ombre du Tout Puissant, pour qu'il nous éclaire. Aller avec tout ça devant « le trône de la grâce ».
Que notre Eglise puisse être aussi un lieu où l'on peut partager ses combats, devant Dieu et devant nos frères et sœurs, sans être jugés, afin que l'adversaire ne trouve pas là de prise pour nous éloigner de Dieu, et qu'ensemble on puisse se soutenir au milieu des épreuves.
Dans ces moments de désert, enfin, il sera de la plus grande importance de se souvenir que notre Maître a été tenté lui aussi, et qu'il connaît nos doutes, sans nous rejeter pour autant.
Au contraire, il nous encourage à aller de l'avant malgré tout. Thomas doutait vraiment de la résurrection, mais c'est d'abord vers lui que Jésus est venu, pour lui dire son amour.
C'est cette grâce de Jésus qui est notre force. Il a vaincu pour nous le doute et la tentation en obéissant à Dieu jusqu'à la mort. Il a déjà vaincu l'adversaire.
Pourtant, jusqu'au bout le tentateur est venu le harceler : Matthieu 27.40 : « si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ». Jusqu'au bout, la tentation du doute.
Mais il n'a pas cédé.
Il est resté confiant dans la Parole du Père, qui avait promis de le délivrer de cette épreuve, de le ramener à la vie et de le conduire dans la gloire. Il avait confiance en celui qui avait promis. Parce que Dieu l'avait dit, il allait le faire.
La vraie foi repose sur cette confiance là. Il faut parfois bien des épreuves pour qu'elle s'affermisse ainsi, par la grâce de Dieu.
Demeurons dans cette grâce, revenons, sans cesse, à l'ombre du Très Haut, dans cet amour dont Jésus nous a ouvert l'accès, sans limites, par son obéissance.

« Nous n'avons pas un grand-prêtre incapable de souffrir avec nous de nos faiblesses, dit l'épître aux hébreux. Au contraire, notre grand-prêtre a été tenté en tout comme nous le sommes, mais sans commettre de péché. Approchons-nous donc avec confiance du trône de Dieu, où règne la grâce. Nous y obtiendrons le pardon et nous y trouverons la grâce, pour être secourus au bon moment » (Hé 4.15-16).

Amen.