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Vous y trouverez le texte de mes prédications.
Ces textes sont livrés presque "brut de décoffrage" aussi : soyez indulgents ! Ils sont souvent circonstanciels, sans grande prétention théologique.
Mon souhait est simplement qu'ils puissent alimenter, même modestement, votre méditation de la Bible et qu'ils attisent votre appétit de cette Parole vivante, inépuisable, que Dieu adresse à chacun d'entre nous.

lundi 6 juillet 2015

Prédication du dimanche 2 mai 2015


Jean 15. 1-11
« Sans moi, vous ne pouvez rien faire... 
demeurez dans mon amour ».



Il est parfois difficile de résister à la tentation du découragement, de l'amertume, de la haine.
Juste un témoignage. Ces dernières semaines, les personnes parmi nous qui cherchent un logement pour accueillir « nos » réfugiés irakiens se heurtent à des portes qui se ferment les unes après les autres, dès que les gens comprennent que c'est pour accueillir des réfugiés, des étrangers, du Moyen-Orient par dessus le marché - alors même que toutes les garanties sont données ! Mais simplement à cause d'a priori, et parce que seul l'intérêt individuel importe, au final.
Confronté à la réalité de cette peur de l'autre, de cet égoïsme, du racisme aussi, qui gangrène notre pays, il est tentant de juger à son tour, d'en vouloir à ces gens, et de se laisser abattre.
Dans un tel contexte, comment rester des disciples fidèles de Christ, sans nous laisser entraîner loin de son sillage, hors du chemin qu'il a tracé pour nous ?
Plus que jamais, nous avons alors besoin de nous accrocher à lui, et à lui-seul - parce que lui seul à la maîtrise de la situation, et parce que lui seul peut faire naître du bien dans de telles situations.
Nous accrocher à lui en tous temps : voilà d'ailleurs le principal commandement que Jésus laisse à ses disciples, à la fin de l’évangile de Jean.
Juste avant sa mort, dans ce passage bien connu des chrétiens où Jésus développe l'image du cep de vigne et des sarments, il leur adresse deux paroles qui sont deux repères, deux balises pour nous garder sur le droit chemin ;
Deux paroles : d'abord : « sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Et puis : « demeurez dans mon amour ».

Par ces quelques mots, prononcés peu avant sa mort, Jésus nous ramène à l'essentiel. Avec lui, pas une religion, mais une relation, vivante, intime avec Dieu. Et c'est dans cette relation qu'il nous appelle à demeurer.
Lecture : Jean 15.1-11

Demeurez... voilà donc le principal commandement du passage. Demeurez en moi. Demeurez dans mon amour.
Mais ce n'est pas un hasard si cet appel entre en résonance avec cette autre parole, cette déclaration sans appel, pas si évidente à entendre : « sans moi, vous ne pouvez rien faire. ». Littéralement : « hors de moi, si vous êtes coupés de moi - vous ne pouvez rien faire ».
Nous avons besoin de cela aussi pour marcher fidèlement avec Dieu.

Avant d'aller plus loin, il faut bien comprendre qu'évoquer la vigne face à des membres du peuple d'Israël, ce n'est pas innocent : dans l'AT, la vigne est précisément donnée comme symbole d'Israël - Osée et Esaïe (5) disent ainsi que « la vigne du Seigneur, c’est la maison d’Israël ». Il l'aime et en prend soin, et attend qu'elle porte de beaux fruits - mais elle ne produit que l'injustice et la révolte.
Certes, à l'époque de Jésus, le peuple cherche à produire des fruits, cependant il voudrait les faire pousser par ses propres forces, en obéissant strictement à la Loi. Mais c'est voué à l'échec ; Les juifs s'épuisent dans ces efforts, et ne parviennent à produire que de l'injustice, de l'oppression, un légalisme qui ne fait que les assécher.
Voilà pourquoi Jésus leur dit : « c'est moi qui suis la vraie vigne. » ; « hors de moi, vous ne pouvez rien faire ».
« Rien faire ». C'est dur à entendre, mais n'est-ce pas ce que nous découvrons par nous-mêmes, à travers nos épreuves ?
Combien de nos difficultés viennent de ce que nous n'avons pas encore accepté, intégré, que sans Jésus, nous sommes incapables de porter des fruits ?
Alors, par exemple, il arrive que le découragement nous rattrape, parce que notre service dans l'église n'a pas été reconnu, qu'on a été critiqué, que ce qu'on croyait une réussite s'avère un échec, etc. Dans ces moments-là, il est facile de se dire : « je suis un bon à rien, je n'y arriverai jamais ». Tentant de tout laisser tomber, de quitter la vigne - « puisque c'est comme ça... » ; « à quoi ça sert d'être chrétien ».
Mais osons le dire : de telles paroles ne sont-elles plutôt l'expression d'un orgueil blessé, et le révélateur de notre péché ? Nous avions cru y arriver par nous-mêmes, parce que nous n'avons pas encore pris toute la mesure de notre faiblesse, et nous avons sous estimé en même temps la grâce de Dieu.
De même, il arrive que nous nous sentions secs, ou fatigués d'essayer de vivre une vie chrétienne fidèle. Peut-être parce que nous croyons que Jésus a juste ouvert la voie, commencé le travail et que c'est à nous de le poursuivre avec les forces que nous avons ? Avec nos dons ? Avec pour seules armes les enseignements et les règles bonnes qu'on a reçu dans notre éducation chrétienne, par exemple ?
Et nous voilà au lycée, au travail, à la fac, et il faut pardonner, par exemple. Il faut pardonner à cet ami qui pour se moquer a posté des photos de nous sur Facebook, ou qui parle derrière notre dos. Ou bien, alors que Dieu nous demande de ne pas mentir, il se trouve qu'autour de nous tout le monde augmente ses chiffres de vente en arrangeant la vérité...
Allons nous y arriver sans Dieu ?
Non. Vouloir vivre ces valeurs - pardon, honnêteté - qui sont des facettes de l'amour, en tant que simple sarment, sans la force qui vient du tronc - ce n'est pas l'Evangile : ce n'est que de la morale, c'est voué à l'échec, cela peut nous conduire à l'épuisement, au découragement.

« Hors de moi, vous ne pouvez rien faire »  : si nous l'entendons vraiment, cette parole au contraire nous libère et nous allège ! Oui, nous pouvons désespérer de nous-mêmes et des autres... mais en Jésus, nous avons une espérance qui demeure, et ne déçoit pas !
Jésus nous montre aussi vers où orienter nos efforts : « demeurez dans mon amour ».
Demeurer ici, ça signifie vraiment : rester délibérément, choisir d'être là, de ne pas partir. De rester attaché. Adhérer. Choisissez en toutes circonstances la voie de l'amour, en puisant cet amour directement en Dieu, par Jésus-Christ.
L'image de la vigne est tellement simple, et tellement parlante pour dire la nécessité de rester attaché à Jésus pour vivre et faire le bien !
Une plante, et ses branches, dans lesquelles la sève circule, et avec elle, la force vitale, qui permet l'apparition de beaux raisins.
Personnellement, l'image du sarment lié au cep me touche parce qu'elle dit aussi l'amour inconditionnel de Dieu, Celui en qui jamais aucun rameau ne reste sec.
Ce Dieu qui nous dit : je suis la vigne, et toi, tu es un de mes sarments. Tu n'es pas n'importe quel bout de bois stérile qui traîne par terre en attendant d'être brûlé, tu as ta place dans ma présence, avec tes frères et soeurs.
Malgré vos faiblesses et vos aveuglements, vous êtes plantés dans mon amour, et vous allez porter de beaux fruits, pour la gloire de Dieu.
Arrivé à ce point de la méditation, je voudrais aborder rapidement deux questions :
D'abord, comment est-il possible que nous « demeurions en Jésus » ? Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?
Et pour finir, comment comprendre l'idée d'être « taillé pour porter plus de fruit » ?

Premièrement, donc, comment peut-on « demeurer en Jésus » ?
Cela, c'est l'oeuvre du Saint-Esprit, agissant en nous.
Ainsi, dans le chapitre qui précède, Jésus a promis aux disciples la venue prochaine de cet Esprit de vie, ce Consolateur, l'Esprit de vérité, qui nous rappelle les paroles de Jésus, nous permet de les comprendre, nous donne la force, conduit notre vie.
L'image du sarment lié au cep exprime aussi cela.
Cette union est assez mystérieuse. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut comprendre entièrement, c'est quelque chose qu'on va vivre. La présence de l'Esprit qui, comme dit Paul en Romains 5.5, « répand l'amour de Dieu dans nos coeurs ».
C'est bien lui la sève qui va circuler en nous, et faire régner peu à peu la vie de Dieu, dans notre vie entière, en rayonnant de l'intérieur.
Ses manifestations sont longuement décrites dans le Nouveau Testament :
Galates 5 : « le fruit de l'Esprit, c'est : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi »...

Donc, c'est par l'action de l'Esprit seulement que nous pouvons rester attachés à Dieu.
Bien sûr il ne s'agit pas de rester passifs en attendant que Dieu agisse : le Saint-Esprit nous est donné pour que nous fassions la volonté de Dieu, que nous mettions en pratique les commandements de Jésus, dans tous les aspects de notre vie.
Et redisons-le, cela signifie essentiellement : aimer : « ce que je vous commande, c'est que vous vous aimiez les uns les autres » (Jn 15.17).
« Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j'ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son amour » (15.9-10).
En somme, demeurer en Jésus c'est faire la volonté de Dieu, et faire la volonté de Dieu c'est aimer notre prochain, c'est « considérer les autres comme supérieurs à nous-mêmes »(Phil 2), c'est « faire preuve d'un véritable amour qui se manifeste par des actes » (1 Jn 3.18).

Voilà l'oeuvre que le Saint-Esprit travaille à nous mettre à cœur, agissant notamment à travers la parole de Dieu, en éclairant pour nous telle ou telle parole qui va nous toucher dans ce que nous vivons (dans une lecture perso, une prière, une prédication...). D'où la nécessité de fréquenter cette parole, d'en nourrir notre esprit.
Voilà l'oeuvre pour laquelle le Saint-Esprit nous équipe, en nous rendant capable d'aimer, et en nous accordant des dons à utiliser pour le bien des autres, toujours par amour.
Et c'est encore le Saint Esprit qui conduit nos cœurs dans la prière. Car il nous faut plus que jamais, en ces temps troublés, prier sans cesse- et ainsi apprendre à dépendre de Dieu dans tout ce que nous faisons.
Sur ce point, une magnifique promesse, souvent mal comprise, nous est faite au verset 7 : « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et cela vous arrivera ».
Bien sûr, jamais Jésus n'a pensé donner ici un chèque en blanc pour tous nos caprices.
C'est pour l'accomplissement de sa volonté - et donc, encore une fois, pour la croissance de l'amour - que Dieu promet cela. Celui qui demeure en Christ, dont le cœur est rempli du Saint-Esprit, ne saurait vouloir autre chose que ce que Dieu veut.
Demandant ainsi à Dieu ce qu'il veut lui même, il sera certainement exaucé ! Quand la tentation est là, quand la haine vous envahit, tournez vous vers moi, remettez moi votre cœur. Dites-moi : Seigneur, viens m'apprendre à aimer.
Et je vous exaucerai.

Dernier point : comment comprendre le verset 2 : « tout sarment qui porte du fruit, [mon Père] le purifie en le taillant pour qu'il porte encore plus de fruits » ?
Le but de Dieu est toujours l'établissement de son royaume d'amour et de justice. Et tant que le mal n'est pas vaincu, il faut que les fruits du bien poussent plus beaux.
Voilà pourquoi, si nous restons greffés sur le tronc, nous ne serons pas maintenus là où nous en sommes, mais amenés plus loin pour porter « encore plus de fruit » - plus d'amour, plus de justice, plus de vérité - pour la gloire de Dieu.
Vous vous dites peut-être : comment « demeurer, rester » tout en allant plus loin ! Mais notre vie de disciples est bien régie par deux appels : «je vous ai choisis pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure » (v.16) et « demeurez en moi ». Aller - et demeurer. En même temps.
C'est-à-dire : allez de l'avant, grandissez, avancez, progressez en sainteté – mais sans jamais vous mettre « hors » de moi.
Voilà pourquoi demeurer avec Jésus c'est prendre le risque d'être bouleversé, poussé en avant... parce que quand la vie grandit en nous, ça fait forcément éclater notre coquille !
Et dans ce processus de croissance, Dieu s'applique bien à nous montrer combien « hors de lui, nous ne pouvons rien faire » !
Il utilise les circonstances, qui nous montrent nos limites ; les relations avec nos frères et sœurs, pour apprendre à aimer chacun comme il est (!) - pour apprendre d'eux, aussi quand ils nous disent par exemple : là, mon frère, tu n'es pas dans le juste. Ou : là, tu m'as heurté, tu es allé trop loin.
Surtout, Sa parole nous rejoindra, si nous la méditons dans la prière, et nous permettra de voir où nous en sommes vraiment. Elle nous dira parfois : tu vois, là, ton intention est généreuse, tu penses être dans le juste, mais en réalité tu es en train de sortir du plan d'amour de Dieu pour toi ; tu es en train de te séparer du tronc ; tu perds de vue ton prochain, pour ne plus aimer que toi-même.
Mais quelles que soient nos expériences négatives et nos fautes, ne nous décourageons pas. Ne quittons pas la vigne mais demeurons dans son amour.
D'autant que cette invitation est pour nous, quelle que soit l'étape où nous en sommes avec Dieu. Si on est un ou une jeune qui ne sait plus trop si ce qu'il croit, c'est à lui ou c'est juste une éducation ; si on est un chrétien qui a déjà entendu ce texte 600 fois, ou bien quelqu'un qui le découvre et s'interroge à son propos...
Si nous sommes dans une phase intense avec Dieu, ou bien de ceux qui se disent : « je crois en Dieu, mais je ne sens pas sa présence. J'ai l'impression qu'il est loin, que mes prières ne dépassent pas le plafond... ».
Quelle que soit notre situation, si nous cherchons Jésus, c'est qu'il est déjà là ! Si nous désirons la présence et l'amour de Dieu, c'est précisément le signe que la sève de l'Esprit coule déjà en nous, attisant notre soif, attirant nos cœurs vers Dieu.
Alors demeurons - accrochons-nous. Continuons à chercher Dieu, dans la Bible, dans la prière, avec les autres.
Pour finir, je voudrais simplement lire ce que dit Jésus au verset 11 : « je vous ai parlé ainsi pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète ».

La joie de Dieu, en nous, complète. Magnifique cadeau que Dieu nous offre, une joie à vivre dès maintenant dans la relation avec lui, et qui sera parfaite dans l'éternité, lorsque le Christ sera revenu et qu'il nous aura pris avec lui, pour que nous demeurions dans son amour, dans sa présence, en communion avec nos frères et sœurs, et avec le Père - pour l'éternité.

Amen.


Prédication du 12 avril 2015


Luc 4.1-13
La tentation du doute



Pour vous, qu'est-ce qu'un homme ou une femme de foi ? Qu'est-ce qu'un croyant mûr et accompli ? Quelqu'un qui n'est jamais secoué et qui ne connaît pas le doute ? Qui s'adresse à Dieu sans jamais douter d'être exaucé - et qui ainsi reçoit la réponse à ses prières ?

C'est peut-être ce que nous rêvons d'être, au fond. Pourtant, ce type de personnage ne se trouve pas dans la Bible. Aussi surprenant que cela puisse paraître, même Jésus ne correspond pas à cette description - lui qui, sans jamais pécher, a pourtant été profondément secoué dans sa relation avec le Père - secoué par l'angoisse, la tentation et même par une forme de doute.

Cela a commencé dès le début de sa vie publique. Dès le début il a été tenté.
Luc raconte cet épisode au chapitre 4 de son Evangile.
Il intervient juste après le baptême de Jésus. Alors qu'il sort de l'eau, Dieu parle : « tu es mon fils bien aîmé, c'est en toi que je prends plaisir. ».

Lire la suite dans Luc 4.1-13

On retrouve dans ce récit ce que tout chrétien rencontre à un moment ou l'autre : une expérience forte avec Dieu -ici, le baptême - suivie d'une période de « re descente », assortie parfois de trouble, de remise en question - avec la tentation de douter de ce qu'on reçu.
Oui, ce baptême est une expérience forte pour Jésus. Par ce geste, il manifeste son désir de servir Dieu, de lui obéir. C'est un moment clé pour lui, qui donne son ordre de mission - Jésus est là pour accomplir la volonté du Père - et introduit son ministère. A cette occasion le Père, le Fils et le Saint-Esprit apparaissent ici ensemble, en parfaite harmonie.
Jésus est alors reconnu dans son identité de Fils, et de Fils aimé : « tu es mon fils bien aimé, c'est en toi que j'ai pris plaisir ». Parole confirmant l’annonce faite à Marie : « l’enfant qui naitra de toi sera appelé Fils de Dieu ».
Joie. Paix. Lumière de Dieu sur lui.
La place où se tient Jésus à ce moment-là, c'est précisément celle dont il va nous ouvrir l'accès, à nous aussi, par son obéissance - l'entrée dans la présence même de Dieu, sous son regard d'amour. La communion avec le Dieu trinitaire. Comme Jésus, se savoir aimé, se savoir Fils. Se tenir devant Dieu, prêt à accomplir sa volonté - car c'est cela qui le réjouit.
Les Psaumes essaient de dire cette proximité avec Dieu par toutes sortes d'images : celle de l'enfant sevré dans les bras de sa mère ; se tenir « à l'ombre du Très haut », sous ses ailes... La Bible parle aussi du « trône de la grâce » - on est dans la douce présence de Dieu, en paix dans son amour.
Pas d'ombre, pas de nuage entre Dieu et nous.

Mais pour que nous puissions goûter à cette communion, Jésus devait suivre jusqu'à la croix ce chemin d’obéissance sur lequel il s'engage lors du baptême. Il ne devait pas s'en détourner, afin de vaincre le Tentateur, et avec lui toutes les puissances de mort à l'oeuvre dans ce monde.
L'Esprit Saint va donc conduire Jésus dans le désert pour qu'il accomplisse sa mission - vaincre le tentateur. Pourquoi ?
Le passage au désert inscrit d'abord la venue de Jésus dans l’histoire d’Israël : 40 jours, 40 ans, Dieu qui guide le peuple dans le désert, qui le nourrit, le peuple qui perd ses repères, qui perd la confiance en son Dieu, et s'égare.
Après la gloire du baptême, Jésus va aussi connaître dans le désert ce que rencontre tout homme - la solitude, la souffrance, le manque. Et avec cela, la tentation de douter de la présence bienveillante de Dieu. Prier « donne nous aujourd'hui notre pain de ce jour » quand on n'a plus rien à manger, c'est un autre défi pour la foi.
Avec cela, le désert est aussi un espace sans repères, un espace d’errance, où il est facile de se perdre, de ne plus savoir où aller ou vers qui se tourner.
La question ici est : Jésus va t'il réussir là où le peuple d'Israël a échoué ? L'épreuve du désert va-t-elle renforcer sa relation de confiance et d'amour avec Dieu son Père, ou bien va-t-il se perdre ?
Point culminant de l'épreuve, après le jeûne, la rencontre avec le diable, littéralement « l'accusateur, le calomniateur ». En harmonie avec toute la Bible, Luc le considère comme une réalité spirituelle personnelle, objective (elle existe vraiment) et opposée à Dieu. Travaillant notamment à détourner les hommes de l’obéissance.
Derrière l'idée d'accusation fausse contenue dans son nom, il est dit quelque chose déjà de sa stratégie qu'on voit à l'oeuvre ici : il souffle des mensonges afin de jeter la confusion.
Il sème le doute, et avant tout le doute sur l'amour et la fiabilité de Dieu.

Jésus est alors tenté. Alors même qu'il est « rempli de l'Esprit ».
C'est un fait que nous oublions souvent je crois, ou peut-être nous n'aimons pas nous en souvenir tant nous rêverions pour nous-mêmes d'une vie sans combats, sans luttes.
Et puis, se dit-on, comment le Fils de Dieu pouvait-il douter de son Père, ou de Lui-même ? Mais il semble pourtant que Jésus ait eu des périodes de profond questionnement - à Gethsémané par exemple ; doit-on les appeler « doutes » ? A voir.
Tentations réelles en tout cas, le combat n'est pas qu'apparent. Jésus est véritablement un homme, et la faiblesse humaine devant la tentation est devenue son lot.
L'épître aux Hébreux (4.15) l'affirme d'ailleurs ; Jésus «  a été soumis, sans péché, à des tentations en tous points semblables » aux nôtres.  C'est bien ce qui se passe dans ce désert.
Il y a trois tentations dans le récit de Luc, qui sont toutes dans le fond tentation de douter de l'amour de Dieu. De sa fiabilité. De sa parole. Voilà à quoi s'emploie le Diable ici.
Savez-vous comment on fait pour fendre une énorme bûche, très solide en apparence? On place un coin, et on tape. Et le bois finit par éclater.
C'est comme cela que Satan agit : il place des coins dans nos convictions.
Le coin, ici, ce sont ces quelques mots en apparence tellement spirituels : « si tu es le Fils de Dieu... ».
L'attaque est subtile. Satan ne remet pas directement en question le dogme « Jésus, fils de Dieu ». Il semble même confirmer cette vérité en l'évoquant.
Mais ces mots sont diaboliques car, l'air de rien, ils mettent en doute l'affirmation de Dieu : « Tu es mon Fils bien aimé ; c'est en toi que je prends plaisir » ! Le soupçon est jeté sur cette déclaration d'amour. « Si tu es... ».
C'est la vieille stratégie du serpent, ce « Dieu a t'il réellement dit... » soufflé à Eve dès les débuts de l'humanité, et qui conduit au premier péché. On la retrouve tout au long de l'histoire. Dans le livre de l'Exode par exemple : Moïse reçoit de Dieu une parole pour Pharaon: laisse partir mon peuple (Ex.5.1-23). Aussitôt la parole reçue, la voilà mise en doute par tout le monde : est-elle vraiment de Dieu ? Qui est ce Dieu qui demande cela ? Mêmes les Israélites la remettent en question, accusant Moïse : depuis que tu as dit cela, nous avons encore plus de travail, on nous maltraite...
Moïse a été alors pris dans la culpabilité - depuis que tu as dit cette parole, tes frères souffrent encore davantage. On imagine ses questions alors : est-ce que Dieu m'a vraiment dit cela ? Est-ce qu'il veut le bien de son peuple ou son malheur, alors ? Si ça venait de Dieu, le peuple ne souffrirait pas. Etc. Doute sur les intentions de Dieu, sur son amour.

De même ici : « si tu es fils de Dieu... ».
Le doute est semé sur l'identité de Jésus, en utilisant d'abord le levier de la faim : tu as faim ? Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre de devenir du pain. Sous-entendu : si tu étais ce que tu crois être, si Dieu t'avait vraiment reconnu comme son Fils, tu aurais bien droit à de petits avantages, non ? Tu ne serais pas là à te torturer l'estomac inutilement, si Dieu voulait vraiment ton bien, s'il t'aimait comme un fils ».
Sous-entendu : es-tu sûr que Dieu t'aime vraiment pour te laisser ainsi affamé ?
Même paroles, pour la troisième tentation : alors Jésus a été conduit par lui en haut du Temple, le Diable lui dit : « si tu es Fils de Dieu, jette toi d'ici en bas. Car il est écrit : il donnera des ordres à ton sujet afin qu'ils te gardent et ils te porteront sur leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre »(4.9-12).
Etrange tentation, n'est-ce pas ? Faire du pain quand on a faim, gouverner le monde … on voit tout de suite l'intérêt, le levier de la tentation. Mais ici, sauter dans le vide ?!

En réalité il s'agit là aussi de saper la confiance en Dieu, et cette fois en détournant Sa Parole. Satan utilise cette fois la foi elle-même comme angle d'attaque. Voyez comme il se fait pieux, il se déguise en ange de lumière, presque en théologien ! - ouvre la Bible, cite un psaume...
C'est lui maintenant qui dit : « il est écrit... ! ». « ils te porteront sur leurs mains... ». Promesse de protection, sans ambiguïté.
Ainsi, voilà Jésus perché sur le toit du Temple, devant tout le monde ! Le texte parle précisément de l'arête du temple - Jésus est donc en équilibre instable : d'un côté, s'il refuse de sauter, l'on peut croire qu'il est incrédule, qu'il doute que cette parole de Dieu soit vraie... De l'autre, s'il saute, cela montre qu'il a besoin d'une expérience pour prouver la validité de la parole de Dieu : la Parole sera reconnue comme vraie... si Dieu le rattrape.
La tentation ici est donc de lutter contre le doute en cherchant un appui non en Dieu, mais sur ce qu'on vit, ce qu'on expérimente.
Le piège est vraiment vicieux. Si Jésus saute, c'est comme s'il disait : d'accord Dieu l'a dit, mais je ne le croirai que quand je l'aurai vécu. La Parole de Dieu ne suffit plus.
Faire ainsi dépendre la validité des promesses de Dieu de ce que nous vivons est clairement un piège pour la foi. Pourtant, n'est-ce pas un penchant que nous connaissons bien ?
Nous avons si souvent besoin de voir pour croire ! D'expérimenter, de ressentir.
Mais les sentiments sont parfois trompeurs, les émotions sont passagères. La foi qui repose sur cela ne tient pas longtemps. C'est l'image du fou qui construit sur le sable.
De plus, quand nous sommes ainsi sur un sol mouvant, nous sommes bien plus réceptifs à la voix de l'adversaire, dont nous connaissons tous le son.
Les mêmes mots sont soufflés à nos oreilles devant les difficultés, les épreuves : « si tu es enfant de Dieu... si tu es aimé de Dieu, tu dois bien être délivré de ces difficultés, non ? Si tu étais son enfant, tu n'aurais pas cette maladie, non ? S'il t'aimait, Dieu le tout puissant aurait déjà répondu à ta prière de guérison, puisqu'il peut tout. Es-tu vraiment aimé de Dieu ? ».
Entendons nous bien : il y a des doutes qui sont constructifs, quand nous doutons de nous-mêmes, que nous remettons en question nos certitudes pour aller plus loin. S'interroger est vital.

Mais il y a aussi des idées qui, semées en nous, vont produire peu à peu de mauvais fruits. L'ombre d'un soupçon, dont on connait la force destructrice, comme dans ces histoires où un doute, soudain, fait son chemin dans un couple, jusqu'à miner peu à peu la confiance en l'autre. Et madame, ou monsieur, commence à s'imaginer que l'autre le trompe, et bien sûr tous les signes concordent, et cela peut les amener très loin... alors que souvent on va découvrir qu'il n'en était rien.
Un doute, un soupçon...
Coin placé judicieusement pour faire éclater la confiance.
« Si tu es le Fils de Dieu... »
C'est comme une fausse note diffuse qui remet en question l'harmonie de l'ensemble. On ne sait pas vraiment d'où elle vient mais cela suffit à perturber.
Le doute peut être jeté ainsi sur tant de paroles de Dieu : « tu es une créature merveilleuse » ; « tu as du prix à mes yeux » ; « je ne t'abandonnerai pas », « j'ai pour toi des projets de paix, non de malheur »... et nous désespérons de nous-mêmes. Le désert nous semble alors sans issue, et déserté par le Seigneur.
Oui, toute foi connait des déserts dans lesquels l'adversaire a beau jeu de nous souffler que Dieu nous a oubliés ou qu'il n'a pas dit que... mais ces moments peuvent être aussi des occasions de grandir si nous restons accrochés à Dieu. La foi qui reste alors est celle qui repose sur la Parole et non sur le sentiment ou l'expérience.
Oui, n'en doutons pas (!), de tels déserts se présenteront sur notre chemin de notre foi, avec la tentation de renoncer.
Nous n'en sortirons certainement pas en refusant de regarder en face nos doutes et nos interrogations.
Nous n'en sortiront certainement pas en considérant cette tentation comme anormale, en la dramatisant à l'excès. Redisons-le, la tentation n'est pas encore le péché. L'hésitation n'est pas le renoncement.
Au contraire, l'exemple de Jésus est un encouragement à affronter nos doutes et à dire nos confusions. A les regarder paisiblement en face, sous le regard de Dieu, qui est le seul gardien de notre foi.
Osons dire nos doutes, osons les accueillir et les amener à l'ombre du Tout Puissant, pour qu'il nous éclaire. Aller avec tout ça devant « le trône de la grâce ».
Que notre Eglise puisse être aussi un lieu où l'on peut partager ses combats, devant Dieu et devant nos frères et sœurs, sans être jugés, afin que l'adversaire ne trouve pas là de prise pour nous éloigner de Dieu, et qu'ensemble on puisse se soutenir au milieu des épreuves.
Dans ces moments de désert, enfin, il sera de la plus grande importance de se souvenir que notre Maître a été tenté lui aussi, et qu'il connaît nos doutes, sans nous rejeter pour autant.
Au contraire, il nous encourage à aller de l'avant malgré tout. Thomas doutait vraiment de la résurrection, mais c'est d'abord vers lui que Jésus est venu, pour lui dire son amour.
C'est cette grâce de Jésus qui est notre force. Il a vaincu pour nous le doute et la tentation en obéissant à Dieu jusqu'à la mort. Il a déjà vaincu l'adversaire.
Pourtant, jusqu'au bout le tentateur est venu le harceler : Matthieu 27.40 : « si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ». Jusqu'au bout, la tentation du doute.
Mais il n'a pas cédé.
Il est resté confiant dans la Parole du Père, qui avait promis de le délivrer de cette épreuve, de le ramener à la vie et de le conduire dans la gloire. Il avait confiance en celui qui avait promis. Parce que Dieu l'avait dit, il allait le faire.
La vraie foi repose sur cette confiance là. Il faut parfois bien des épreuves pour qu'elle s'affermisse ainsi, par la grâce de Dieu.
Demeurons dans cette grâce, revenons, sans cesse, à l'ombre du Très Haut, dans cet amour dont Jésus nous a ouvert l'accès, sans limites, par son obéissance.

« Nous n'avons pas un grand-prêtre incapable de souffrir avec nous de nos faiblesses, dit l'épître aux hébreux. Au contraire, notre grand-prêtre a été tenté en tout comme nous le sommes, mais sans commettre de péché. Approchons-nous donc avec confiance du trône de Dieu, où règne la grâce. Nous y obtiendrons le pardon et nous y trouverons la grâce, pour être secourus au bon moment » (Hé 4.15-16).

Amen.


Prédication du 29 03 15


Dimanche des rameaux
Marc 11.1-10
Le grand malentendu



Aujourd'hui, c'est le dimanche des rameaux. Ceux qui ont fait le parcours de prière ont eu l'occasion de méditer le passage que nous allons lire ensemble aujourd'hui.

Dans les Bibles, le récit des Rameaux est souvent intitulé : « l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem ». Mais quelqu'un l'a appelé aussi « le grand malentendu » - et cela paraît plus conforme à ce qui se passe ce jour-là. Car il y a un malentendu entre la foule et Jésus... c'est ce que nous allons voir.
Cet épisode inaugure la dernière partie de la vie de Jésus, les derniers jours avant la crucifixion, à Jérusalem.
Avant de lire le récit qu'en fait Marc, représentons-nous le cadre.
Jésus marche vers Jérusalem précédé par sa réputation, à cause des nombreux miracles qu'il a accomplis - il vient de guérir l'aveugle Bartimée, de rendre la vie à Lazare !
Or la ville est bondée car c'est bientôt Pâques : des milliers de pèlerins juifs sont venus de partout pour célébrer la fête dans le Temple. Jésus et ses disciples viennent aussi pour cela. Ambiance de haute tension, propre aux mouvements de foule.
Ce n'est pas la première fois que Jésus vient à Jérusalem, mais il choisit de mettre en scène, en quelque sorte, cette dernière venue, car il est temps de révéler davantage sa véritable identité.

Lecture : Marc 11.1-10

Le récit montre clairement que Jésus sait très bien ce qu'il fait, où il va.
Déjà au chapitre précédent il a annoncé à ses disciples ce qui allait se passer : «  33 Nous montons à Jérusalem ; le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes. Ils le condamneront à mort, le livreront aux non-Juifs, 34se moqueront de lui, lui cracheront dessus, le fouetteront et le tueront ; et trois jours après il se relèvera ».
Tout est donc sous son contrôle. Jésus annonce déjà que sa fin sera tragique, mais que ce ne sera pas un accident, ce sera le plan de Dieu, si surprenant soit-il.
Surprenante aussi, la mise en scène de l'entrée de Jésus à Jérusalem.
Mise en scène, car l'ânon n'est pas là par hasard. Si Jésus envoie des disciples le chercher - et tout était déjà prêt pour cela - c'est qu'il veut poser un signe fort, et en montant dessus, accomplir explicitement une prophétie du prophète Zacharie, en 9.9 :

9Sois transportée d'allégresse, Sion la belle !
Lance des acclamations, Jérusalem la belle !
Il est là, ton roi, il vient à toi ;
il est juste et victorieux,
il est pauvre et monté sur un âne,
sur un ânon, le petit d'une ânesse.
C'est clair : arriver sur un âne, c'est affirmer que l'on est ce Messie, ce roi attendu par le peuple de Dieu.
De la même façon, Jésus se rend volontairement à Jérusalem en passant par le Mont des Oliviers, car dans les prophéties ce lieu est le siège des événements messianiques attendus ; Zacharie, toujours, annonce ainsi un jour glorieux où le Messie descendra sur Jérusalem, et où « 4ses pieds se placeront en ce jour-là sur le mont des Oliviers ».

L'ambiguïté de la foule

Pas étonnant alors qu'en le voyant arriver sur sa modeste monture, la foule soit prise d'un frisson, saisie par une certitude communicative. C'est bien lui, le fils de David ! Le Messie tant attendu !
On sait comment fonctionnent les foules : même sur les réseaux sociaux, ça n'a pas changé. Dans un premier temps, la nouvelle est chuchotée, puis reprise de plus en plus fort : « Hosanna au Fils de David ! ». On la twitte et retwitte ! Alors tout le monde accourt. C'est la montée des marches à Cannes. On se bouscule pour faire des selfies avec Jésus... !
Et puis quelqu'un commence à étendre ses vêtements sur le chemin, comme on l'a fait dans l'AT pour le roi Jéhu, avant qu'il n'aille massacrer les rois de Juda et d'Israël, venger les prophètes assassinés...

Les paroles sont donc justes : Jésus est bien Fils de David, Messie... mais les gestes révèlent une grande ambiguïté : à quoi pensent les gens quand ils évoquent le Fils de David ? Quand ils crient « Hosanna » c'est-à-dire « Sauve maintenant ? ».
N'allons pas croire que tous ceux qui l'acclament croient en lui !
D'abord il était de coutume d'accueillir les groupes de pèlerins qui entraient à Jérusalem en criant ainsi « Hosanna ! », ce qui signifie « sauve ». On leur chantait aussi le psaume 118, « attachez des branchages au cortège de fête ! » - d'où les palmes et les branches. On criait aussi « Hosanna » comme on crierait « vive les pèlerins ! », sans grand chose derrière.
Parmi ceux qui acclament Jésus, il y a bien sûr tous ceux qui l'accompagnent et qui ont assisté à ses miracles ; ceux qui étaient là quand il a ressuscité Lazare, juste avant. Il y a peut-être Bartimée, les yeux grands ouverts, qui crie « Fils de David » !
Tant de gens différents autour de Jésus, tant d'espoirs, de compréhensions différentes.
Et ceux qui crient « Hosanna », « Sauve »... de quoi attendent-ils d'être sauvés ?
Là est le fameux malentendu : chacun se fait son idée de Jésus, de ce qu'il va vaincre : les romains ? La maladie ? La pauvreté peut-être ?
Le malentendu est aussi dans cette attente d'un Messie victorieux, guerrier, puissant - on attend de lui une sorte de « prise de Jérusalem », pour qu'il établisse son royaume et chasse les Romains.
En somme, derrière cette image du Messie, portée par les prophéties de Zacharie il est vrai, il y a l'idée d'un Dieu qui n'est pas le Père de Jésus-Christ.
C'est le Dieu qui nous fait gagner, qui répond exactement à toutes nos prières, qui comble nos désirs, qui accorde la prospérité matérielle et la supériorité sur les autres.
On connaît ce genre de Dieu, n'est-ce pas ? C'est un Dieu séduisant qui attire les foules, parce que les foules aiment les vainqueurs, pas les vaincus.
Un Dieu qui nous parle tant que nous sommes du côté des vainqueurs, tant que les succès sont dominants dans notre histoire.

Mais qu'est-ce que Dieu a à nous dire le jour où nous rencontrons l'échec, la prière non exaucée, la maladie, la persécution... ? La foi qui repose sur un tel « Dieu de la réussite » dure aussi longtemps que nos succès. Pour la foule de Jérusalem, elle n'a pas duré plus que quelques jours.
Car derrière ce malentendu, au moment où Jésus monte vers Jérusalem sur son âne, se profile déjà la foule de Golgotha, qui criera sa haine sur lui dans quelques jours, quand il ne sera plus à ses yeux un vainqueur mais un vaincu.
Quand l'humilité aura fait place à l'humiliation.

Non, ce Dieu des puissants n'est pas le Dieu de Jésus-Christ. Notre Dieu est tel qu'il apparaît en Jésus, ici, sur cet âne, pour qui veut bien regarder vraiment : un roi humble et pacifique.
« Doux et humble de coeur », « plein de douceur », dit même Zacharie.
Un roi venu pour établir un règne différent de ce que le peuple attend, et dont Jésus a donné l'esprit juste avant, en 10.45 : « le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour beaucoup ».
De même, tout est déjà dit dans la prophétie de Zacharie 9.9 : le roi « pauvre et monté sur un âne », dit aussi « je retrancherai d'Ephraïm les chars et de Jérusalem les chevaux ; les arcs de guerre seront retranchés.
Il parlera pour la paix des nations, et sa domination s'étendra d'une mer à l'autre, depuis le Fleuve jusqu'aux extrémités de la terre ». Voilà le prince de Paix, le Seigneur des Seigneur.
Règne d'amour, règne de paix.
Pas d'erreur, Zacharie annonce bien un roi « briseur d'arcs », venu « pour servir et non pour être servi ». Le prophète parle aussi de libération des prisonniers, de victoire sur l'oppression et le mal.
Tout est dit dans ces textes mais le peuple a-t'il vraiment écouté ? Est-ce qu'il n'écoute pas plutôt ses propres désirs ?
Cela doit nous inciter nous aussi à la prudence. Si la foule, malgré sa foi et sa sincérité, se trompe à ce point sur ce que Dieu est en train de faire, cela doit nous interpeler nous aussi : sommes-nous plus sages que ces gens ?
Est-ce qu'il ne nous arrive pas à nous aussi de projeter sur Dieu nos propres attentes ? Ou de ne garder de la Bible que ce qui nous arrange ?
Restons modestes également dans nos interprétations « spirituelles » des événements : « s'il t'arrive ça, c'est que Dieu... ».

Si nous voulons vraiment connaître Dieu, il nous faut commencer par écouter vraiment ce qu'il nous dit. « Ecoute, Israël ». C'est la première parole.
D'abord, nous placer humblement, dans la prière, devant le Dieu souverain, pour nous soumettre à sa volonté - sans lui demander sans cesse d'accomplir la nôtre !
Prier, et écouter dans la Bible ce que dit vraiment Jésus, observer ce qu'il fait sans projeter sur lui nos représentations, nos idées préconçues. Sans le faire rentrer dans nos boîtes.
Notons que les disciples non plus ne comprennent pas vraiment ce que fait Jésus sur son âne. Jean dit que ce n'est qu'après qu'ils ont compris : « quand Jésus fut glorifié alors ils se souvinrent que cela fut écrit à son sujet » (Jean 12).
C'est souvent comme ça avec Dieu, dans le meilleur des cas on comprend après coup.
Souvent même nous n'avons pas la maturité suffisante pour comprendre ce qu'il fait dans notre vie.
Ainsi, Jésus n'a rien caché de ce qui allait lui arriver à ses disciples mais ils n'ont pas entendu, car ils n'étaient pas prêts. Ils étaient bloqués sur leur idée d'un Dieu victorieux, qui détruirait les païens et ferait d'eux les puissants de ce monde.
Et voilà Jésus le Messie qui va vers les Samaritains, peuple détesté, qui loue la foi d'un romain, qui discute avec les prostituées et les collaborateurs de l'occupant, comme Zachée. Qui s'entoure de pécheurs illettrés...
Le voilà aussi qui commence à laver les pieds de ses disciples. Alors Pierre résiste : « Toi, Seigneur, tu me laves les pieds ! ». Et Jésus lui répond simplement : « Ce que, moi, je suis en train de faire, toi, tu ne le sais pas maintenant ; tu le sauras après » (Jn 13.6).
Ca veut dire : fais moi confiance, laisse-toi faire. Abandonne toi à mon amour sans résister sans arrêt.
Sans chercher à maîtriser tous les tenants et les aboutissants de la situation - obéir et prendre part au projet de Dieu même si nous ne savons pas où il nous amène. Et accepter de ne pas avoir toutes les réponses.
Et obéir à Jésus, cela veut dire aimer !
« Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, vous aussi, faites-le de même pour eux : c'est là la Loi et les Prophètes » (Mt 7.12).
Mais nous résistons si souvent. Quand nous voulons le suivre, Jésus nous déroute souvent, il nous fait sortir de notre route, de nos petits schémas bien sécurisants - pour nous faire grandir dans son amour, nous rapprocher de lui, nous rendre libres ! Nous apprendre à aimer aussi les gens les moins aimables...
Le jour des rameaux, juché sur son bourricot, Jésus renverse les valeurs et révèle la véritable nature du règne de Dieu, ce règne que les gens au bord du chemin proclament : « béni soit le règne qui vient ! ».
Contre toutes apparences, le règne inauguré par Jésus est bien plus grand car c'est le mal et la mort eux-mêmes qu'il est venu vaincre.
Mais par une voie déroutante que seul le vrai Dieu, le Dieu d'amour et de paix, pouvait imaginer.
C'est en perdant qu'il va gagner. C'est en se laissant exécuter, clouer sur une croix, que Jésus va devenir ce Roi victorieux !
C'est par son humilité, son abaissement qu'il va être élevé. Quel renversement de valeur !
Un renversement magnifiquement exprimé par Paul, en Philippiens 2 : « 6 lui qui était vraiment divin, il ne s'est pas prévalu d'un rang d'égalité avec Dieu,7 mais il s'est vidé de lui-même en se faisant vraiment esclave, en devenant semblable aux humains ; reconnu à son aspect comme humain, 8 il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à la mort — la mort sur la croix. ».


Alors, en voyant Christ, le Roi des rois, passant humblement sur un âne, « sans beauté ni éclat », en voyant aussi les difficultés qu'il y a à le suivre parfois, nous sommes peut-être tentés de nous mettre au bord du sentier, de le laisser passer et d'attendre que vienne un autre Messie, puissant, éclatant, qui nous offre une vie facile faite seulement de réussites.
Mais il ne viendra pas d'autre Messie.

Sommes-nous prêts alors à sortir de la foule pour marcher derrière Jésus ?
Sommes-nous prêts à rester des disciples de ce roi pauvre et à le suivre sur ce chemin d'humilité, de service et d'amour ?
Il ne faut pas se leurrer, c'est un chemin difficile car le monde résiste, ne comprend pas, ne reçoit pas ce qui vient de Dieu - et cette résistance nous allons la rencontrer aussi, comme le Maître - si ce n'est pas déjà fait. La foule qui acclame un jour crucifie le lendemain.
Mais Jésus est notre force et il nous encourage : lui, le Ressuscité en personne, il nous accompagne sur ce chemin, par la puissance de son Esprit - de victoire en victoire - des victoires à sa façon, des victoires douces, mais des victoires certaines !
Victoires discrètes de l'amour qui brise des résistances, gagne des coeurs, qui à force de patience permet que des portes s'ouvrent, que notre foi s'affermisse, que nos yeux s'ouvrent...
Oui, présence fidèle de Jésus, par son Esprit, à nos côtés, quelles que soient les tempêtes que nous traverseront. Son regard d'amour, toujours posé sur nous, espérant en nous quelques que soient nos chutes.
« Le Seigneur est fidèle, dit Paul aux Thessaloniciens, il vous affermira et vous protégera du mal. Nous avons confiance dans le Seigneur à votre sujet (...) Que le Seigneur dirige votre cœur vers l'amour de Dieu et vers la patience de Christ ». (2 Thes.3.3-4)

Amen.

Temps de prière silencieuse.

Père Eternel,
Nous voulons dire nous aussi :
« Béni soit le règne qui vient ».
Règne de douceur et de paix.
Par ton Esprit, rend nous semblables à toi.
Augmente notre foi.
Pardon de monter sur nos grands chevaux quand tu nous demandes d'avancer dans cette vie assis sur des ânes !
Pardon de freiner des quatre fers quand tu nous invites à considérer les autres comme supérieurs à nous mêmes, à les aimer comme ils sont, à les servir au lieu d'être servis, à leur laver les pieds... !
Rassure-nous.
Eclaire-nous.
Renouvelle nos forces, notre joie et notre espérance.
Reste avec nous, Seigneur, car la nuit approche, et nous sommes faibles.

Que ton règne d'amour vienne en nous et par nous.

 Amen

Prédication du 15 mars 2015

Actes 2.37-47 - 8.1-4

Qu'est-ce qui fait vivre et grandir l'Eglise ?



Il y a quelques semaines, j'ai fait une découverte étonnante, qui est à l'origine de la méditation de ce matin.
J'écoutais une conférence passionnante trouvée sur le Net : « la croissance de l'Eglise ». La question traitée par l'orateur était : qu'est-ce qui fait vivre et grandir l'Eglise de Jésus-Christ ? Qu'est-ce que la Bible nous dit là dessus ?
La question nous concerne, nous qui faisons deux cultes pour pouvoir accueillir de nouvelles personnes. Mais ce qui est étonnant et que je n'ai pas remarqué tout de suite, c'est que l'orateur de cette conférence n'était autre que Marc Atger, qui fut pasteur de cette église dans les années 70 - c'était une conférence enregistrée au 38, rue Louis !
Imaginez mon émotion. Marc a quitté ce monde dans des conditions difficiles et sa disparition fut un choc pour l'Eglise. C'était émouvant aussi de découvrir que ce frère dont le ministère fut une grande bénédiction pour cette Eglise... se posait déjà les mêmes questions que nous.
Quelques explications : à l'époque de M. Atger, que certains ici ont connue, l'Eglise était plus petite, mais elle était en train de grandir, de croître. Elle voulait vivre, servir Dieu, faire sa volonté. Et certainement on s'interrogeait sur l'avenir : allons-nous grandir encore ? Est-ce que c'est souhaitable ? Et si oui, est-ce qu'il y a des choses particulières à faire pour cela - des techniques à appliquer, des plans, voire des recettes ?
Vous savez, on entend tellement parler de croissance, de stratégies de croissance. C'est presque une obsession dans notre monde occidental - tant d'espoirs reposent sur la reprise de la croissance - 1% ? 0,5 % ? Idem dans l'Eglise. Si un « manque de croissance » est constaté, on se penche sur l'Eglise locale pour examiner à la loupe son fonctionnement, et voir où ce qui ne va pas.
De quoi dépend la croissance de l'Eglise ? De ses plans, ses efforts, de son organisation ? Qu'est-ce qui est essentiel dans une Eglise et qui va la faire vivre et grandir ?
Ces questions étaient présentes à l'époque de Marc Atger, elles le sont encore aujourd'hui. Je voudrais donc reprendre un peu avec vous le fil de cette réflexion d'il y a plus de 40 ans, en m'appuyant sur le solide travail que M. Atger avait mené.
Sa réflexion se basait sur le livre des Actes, qui raconte comment l'Eglise chrétienne est née et a grandi. Nous ferons un survol de quelques passages de ce livre.

Premier passage : retour à l'origine, au tout début de l'Eglise. Comment l'aventure a-t'elle commencé ?
Eh bien il y a eu une grande réunion des responsables à Jérusalem, durant laquelle ces gens intelligents ont défini les contours du projet, puis ils ont fixé des objectifs numériques sur 2 ans, et une stratégie marketing...
Bien entendu, ça ne s'est pas passé comme cela ! Après son ascension, Jésus a répandu son Esprit sur ses disciples pour faire d'eux ses témoins.
Voilà le point de départ.
Et à ce moment-là, Pierre, rempli de l'Esprit, a annoncé la Bonne Nouvelle du salut par la foi en Jésus-Christ ressuscité.

La suite en Actes 2.37-47

On le voit, au début de l'Eglise, il est question de « cœurs transpercés ». Le Saint-Esprit travaille les cœurs. Et voilà la première Eglise qui démarre.
Rien n'a été prémédité par les apôtres : ils annoncent simplement l'Evangile, le Saint-Esprit touche le cœur des gens qui se repentent et se font baptiser. Et le Saint-Esprit les ajoute à l'Eglise, au corps de Christ.
Où est le plan ? Il est en Dieu, seulement en Dieu. Lui seul dirige les choses.
Et on s'aperçoit tout de suite que s'interroger sur l'Eglise nous amène forcément à nous interroger sur le Dieu qui l'a pensée, voulue, et crée. Et à nous poser cette question : qu'est-ce que Dieu est en train de faire, en ce moment, dans ce monde ? Et quelle est la place de l'Eglise dans son plan ?
[Laisser résonner un instant]
Qu'est-ce que Dieu est en train de faire, en ce moment, dans ce monde ?
La réponse est donnée au verset 3.47 : « Le Seigneur ajoutait chaque jour à la communauté ceux qu'il sauvait ».
Dieu sauve. C'est d'ailleurs la signification du nom : « Jésus ».
« Voilà le programme de Dieu, noté sur son agenda chaque jour. C'est sa priorité, le projet sur lequel il porte toute son attention »1.

Quelle est la stratégie élaborée par les apôtres pour que cela s'accomplisse ?
Ils n'en ont pas. Ils prient. Ils annoncent l'Evangile. « Changez radicalement. Que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés et vous recevrez le don de l'Esprit saint ».
Et Dieu ajoute des personnes au Corps de Christ. C'est lui qui appelle. « En aussi grand nombre que le Seigneur, notre Dieu, les appellera ». Et des personnes répondent, et elles sont ajoutées à son corps.
« Ceux qui accueillirent sa parole reçurent le baptême ; en ce jour-là, environ trois mille personnes furent ajoutées ».
Voilà ce que Dieu est en train de faire, voilà ce qui est essentiel pour lui : à travers l'annonce de l'Evangile, et par l'action du Saint Esprit, il est en train de rassembler un nouveau peuple centré sur Christ, qui lui appartient à lui seul - et qui s'appelle l'Eglise.

On comprend alors pourquoi la croissance de l'Eglise locale - avec tant de membres, tant de mètres carrés de locaux, etc. - n'est jamais abordée dans la Bible. Le but premier de Dieu n'est pas de faire prospérer une institution mais de sauver ses créatures. Il n'est pas occupé à de la maintenance mais l'établissement de son royaume sur la terre, ce qui se produit quand des personnes entendent l'appel de Christ, y répondent, et que le Seigneur vient habiter dans leur cœur par le Saint-Esprit.
Certes, ces personnes sont appelées à vivre leur foi dans une Eglise locale, où elles vont témoigner de leur conversion en se faisant baptiser comme Jésus le commande, où elles vont grandir dans la foi, apprendre l'amour, aider les autres à grandir, etc. Une Eglise locale avec son organisation et ses structures, et tous ses aspects matériels.
Mais ce que le Saint Esprit fait grandir en réalité, c'est le Corps de Christ.

Dans les Actes, il y a un refrain qui revient régulièrement et qui exprime cela : « la Parole de Dieu se répandait, le nombre de disciples se multipliait rapidement à Jérusalem » (Ac 6.7).
Se répandait/se multipliait : les deux mots grecs utilisés ici indiquent à la fois la croissance en qualité et en quantité. Ils renvoient au commandement de la Genèse : croissez et multipliez. Et ils sont l'accomplissement, par l'Eglise, de la promesse faite à Abraham : « je ferai de toi une grande nation ».
Voilà ce que Dieu fait dans ce monde.
Nous n'avons donc pas à nous inquiéter pour savoir ce que notre Eglise va devenir, mais plutôt à nous reposer sur Dieu qui fait croître (1 Co 3.6). A chercher sa face et à lui faire confiance dans sa conduite des choses.
La suite des Actes montre que les plans de Dieu pour la croissance de l'Eglise sont parfois surprenants.

Lisons la suite en Actes 2 puis un deuxième extrait en Actes 8.1-4

Quel est le plan de l'Eglise pour l'évangélisation du monde ? Aucun.

La communauté de Jérusalem vit des jours heureux. Quelle expérience exaltante ! Voilà une Eglise qui, tout de suite, atteint un idéal de vie communautaire : amour, partage, unité ! Une magnifique vie communautaire, dans la présence manifeste de Dieu... Quel sentiment de victoire, de bénédiction : on voit des gens venir à Jésus-Christ en nombre, une nouvelle ère commence, tout est ouvert !
Mais d'une manière tout à fait inattendue, Dieu vient rompre cette harmonie. Il permet une persécution, et cette persécution entraîne une dispersion de l'Eglise. Et voilà les chrétiens obligés de fuir - et en fuyant, ils apportent la Bonne Nouvelle ailleurs.
« Là où ils passaient, ceux qui avaient été dispersés annonçaient la Parole, comme une bonne nouvelle ».
Où est le plan ? En Dieu seul. Qu'est-ce qui fait grandir l'Eglise ? Des chrétiens partagent l'Evangile et le Saint-Esprit « transperce », touche des cœurs.

Nos institutions locales ne sont donc pas la priorité du Seigneur. Et comme il l'a fait à Jérusalem, il peut faire décroître une Eglise pour que le Corps de Christ grandisse.
De même, il arrive souvent que dans une Eglise, on forme des gens précieux, engagés, solides. Et ensuite Dieu les envoie ailleurs. C'est comme ça que la petite Eglise de Lystres a laissé partir Timothée avec Paul - Timothée qui était tellement utile à Lystres, mais que Dieu le voulait pour apporter la Parole aussi à d'autres personnes.
Dieu enlève des personnes, mais il en donne d'autres. Le St Esprit dirige pour que des gens viennent, se convertissent... et partent pour témoigner là où ils sont.

Où est le plan ? En Dieu seul. Qu'est-ce qui fait grandir l'Eglise ? Des chrétiens partagent l'Evangile et le Saint-Esprit touche des cœurs.

Tout cela nous invite à garder une vision ouverte du corps de Christ, et à résister à la tentation de penser « boutique » - comme si notre Eglise locale était une fin en soi. Et en même temps c'est une exhortation à travailler fidèlement là où Dieu nous a placés, même si on ne voit pas beaucoup de résultat. Il faut beaucoup de sagesse.

Juste une histoire, vraie. Un chrétien de la région parisienne, qui fréquentait une Eglise en banlieue, avait un ami qui habitait près d'une autre Eglise.
Un dimanche il a invité cet ami, et l'a amené dans cette Eglise qui n'était pas la sienne. Le chrétien a recommencé le dimanche suivant. Et le suivant. Et après il a dit à son ami : maintenant tu connais le chemin, tu peux venir tout seul. Le chrétien est retourné dans son Eglise d'origine. Et l'ami s'est converti, et il est resté dans l'autre Eglise, là où on l'avait amené.
Et c'est le Corps de Christ qui en a profité.

Qu'est-ce qui fait grandir l'Eglise ? Prenons un autre exemple en Actes 13.
C'est à Antioche que l'envoi de missionnaires et l'implantation de nouvelles Eglises a été décidé.
Comment cela s'est-il passé ? Les responsables de l'Eglise ont pris une carte du bassin méditerranéen, ils ont consulté des statistiques et ont établi un programme d'implantation sur 10 ans.
Pas du tout. Pendant que les frères d'Antioche célèbrent le culte du Seigneur et jeûnent, l'Esprit saint leur parle. Et il leur dit : « mettez moi à part Barnabas et Saul pour l'oeuvre à laquelle je les ai appelés». Alors, « après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent partir » (Ac 13.3).
Où est le plan ? Il est en Dieu seul, là encore.

En somme, l'Eglise vit, et elle prie, et Dieu dirige. Et l'Eglise sait que Dieu dirige les circonstances, ouvre et ferme les portes...

Dernier exemple : nous continuons l'histoire commencée dans les Actes, et nous arrivons à Lyon, dans les années 70.
Marc Atger a quitté Paris pour venir soutenir une petite église implantée dans la rue Louis. Peu de temps après, Dieu le reprend. Le pasteur Clive Charlton lui succède. Un jour en se promenant il voit dans la même rue une usine abandonnée, qui devient l'église actuelle. Des personnes y ont entendu l'Evangile.
Où est le plan ? Il est en Dieu seul.
On pourrait continuer la liste de ces faits presque insignifiants par lesquels Dieu accomplit aujourd'hui son plan de salut dans ce monde, à travers notre faiblesse, nos petits moyens.
Arrivé à ce point, on comprend déjà qu'il est vain de débattre pour savoir si l'Eglise doit grandir ou pas : discute-t'on pour savoir si les plantes doivent pousser ? Il est naturel que l'Eglise grandisse parce que le Corps de Christ est en cours de construction. Il reste des personnes à sauver. Toutes les pierres vivantes - toutes les personnes - que Dieu a prévu d'y intégrer ne l'ont pas encore été. Et donc l'Eglise grandit. Qu'on le veuille ou non, la vie du Saint Esprit se manifeste et fait que des membres sont ajoutés au corps, et cela quoi que l'on dise sur le déclin de l'Eglise.
C'est vrai que l'on construit autour de Lyon des mosquées de plusieurs milliers de place, alors que nous sommes... si peu. C'est vrai qu'il y a peu de personnes qui, passant devant notre église, se disent ; des chrétiens ? Excellent ! Alors vite voir à l'intérieur !

Ces faits n'empêchent pas Dieu d'accomplir son plan de salut, et d'attirer à lui des personnes pour les ajouter à son peuple.

Mais nous l'avons compris, pour cela il n'a pas besoin de nos stratégies, mais de notre fidélité, de notre consécration. Il a besoin que nos cœurs se laissent remplir de son Esprit, pour qu'il en fasse des cœurs de disciples, brûlants d'amour pour lui et pour les personnes autour de nous.

Il n'a pas besoin non plus de notre activisme. Et même s'il y a dans la vie d'une communauté des points techniques à améliorer, des décisions pratiques à prendre, comme les questions de finances et de bâtiments - et que tout cela est légitime - ces choses ne doivent pas nous distraire et nous détourner de l'essentiel, qui est notre fidélité de disciples, au quotidien. Notre service du Seigneur.
On témoigne là où on est, aux amis qu'on connaît, on prie pour eux.
On n'ose pas franchir le pas, et puis un jour une discussion s'engage, on s'aperçoit que le Seigneur avait déjà tout préparé.
Et le Seigneur ajoute.

Alors soyons ces chrétiens qui prient, qui cherchent la face de Dieu et partagent joyeusement l'Evangile avec les gens qu'ils connaissent - sans prosélytisme, mais dans le respect et l'amour.
Disons-le honnêtement : c'est au dessus de nos forces ! Mais Jésus-Christ est vivant, et dans sa grâce il nous a choisis, précisément nous - êtres timorés, peu sûrs de nous, bien installés dans notre église comme les premiers chrétiens à Jérusalem - pour appeler à lui d'autres personnes, pour qu'à travers notre témoignage de vie et nos discussions, par l'action du Saint Esprit, « sa parole se répande et progresse » ici à Lyon, et partout où Dieu nous conduira.
Voilà ce qui fera vivre et grandir notre Eglise.
Et si nous savons pas par où commencer, commençons par prier !
Prions Dieu de nous éclairer personnellement. Prions Dieu de nous fortifier, d'ouvrir les portes - comme le demande Paul en Colossiens 4. 3-4 :
« Persévérez dans la prière, veillez-y dans une attitude de reconnaissance. Priez en même temps pour nous : que Dieu nous ouvre une porte pour la parole afin que je puisse annoncer le mystère de Christ, à cause duquel je suis emprisonné, et que je le fasse connaître de la façon dont je dois en parler » (Colossiens 4.3-4).
Que pour nous aussi Dieu ouvre des portes pour que nous puissions faire connaître Christ, et qu'il nous donne les mots pour le faire.


1 Marshall et Payne, L'essentiel dans l'Eglise, p.40